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Vingt-cinq ans de pontificat


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Lassieur Pierre - dimanche 16 novembre 2003


J ean-Paul II est surtout connu de la plupart d’entre nous par les images des cérémonies du Vatican et celles de ses voyages. Ceux-ci auront eu au moins ce mérite : une présence chrétienne à la télévision qui, sans eux, se réduirait aux offices religieux du dimanche. En effet, malgré la popularité constante du Pape depuis vingt-cinq ans, l’Europe demeure épouvantablement déchristianisée. Les statistiques ne le montrent pas de façon évidente puisque, de 1978 à 2000, le nombre des catholiques y serait passé de 266 à 280 millions. Il s’agit toutefois des baptisés, dont beaucoup ont abandonné la pratique et même la foi. Selon le même genre d’évaluation, peu fiable, dans le monde entier il y en aurait plus d’un milliard au lieu de 750 millions, les autres continents ayant connu un important accroissement. Le recensement des prêtres est, lui, un excellent témoin. 420 000 dans le monde vers 1970, ils seraient aujourd’hui 405 000. Il y a donc stagnation et même, en Europe, sensible recul.

Que peut un homme, même remarquable, même inspiré par Dieu, même un pape, contre la frénésie de biens matériels qui s’offrent à nos contemporains ? On entend la voix de Dieu dans le silence et l’austérité. Or, nous ne sommes que vacarme et victuailles. Le discours public de Jean-Paul II a surtout été d’ordre moral. Comme le clergé de notre époque est, lui, d’abord préoccupé de « social » et d’autre part assez laxiste quant à la morale, cela a créé un certain hiatus entre le chef et ses troupes. La sexualité a tenu une grande place dans ce discours moral. Le risque est de donner l’impression que le catholicisme vole à ras de terre, alors que, quand on entre en relation avec un représentant de l’Église, on lui demande plutôt de vous élever vers Dieu.

Jean-Paul II a aussi exercé une grande influence politique, ne serait-ce qu’à cause de sa nationalité, qui a tout de suite fait bouillonner la Pologne. On le tient, à juste titre, pour l’une des personnalités ayant le plus contribué à la fin de l’URSS. Son combat pour la paix a ensuite été inlassable et c’est sans doute ce qui lui a valu l’estime des incroyants.

L’hostilité suscitée par sa rigueur morale a été en grande partie oubliée à cause de ses exhortations en faveur de la paix, en quelque lieu que se soit déroulé un conflit.

Cette paix, il a voulu l’obtenir aussi pour l’Église, si bien que son comportement a été exactement l’inverse de celui de ses prédécesseurs, empêtrés jusqu’à Pie IX (1846-1878) dans la défense des États pontificaux et, depuis des siècles, soucieux d’endiguer la puissance ottomane. Il s’est repenti, au nom de l’Église, des crimes qu’elle avait pu commettre jadis (Les Croisades, l’Inquisition,…) au mépris des principes du christianisme. De façon générale, cette repentance a été assez mal admise par les catholiques. La responsabilité collective, maintes fois citée dans l’Ancien Testament, n’a-t-elle pas été rayée du Nouveau, qui considère la personne, non la tribu ?

Sa campagne pour la paix n’a pas négligé les autres religions. En 1986, il avait invité à Assise orthodoxes et protestants, ce qui allait de soi, mais aussi bouddhistes et musulmans. Était écrit le mot Paix en quatorze langues sur une pancarte dominant le groupe au milieu duquel il avait été photographié. Hélas, les musulmans sont restés de marbre ! Ils n’avaient pas l’intention de prendre la main qui leur était tendue. L’islam ne se trouvait-il pas dans une phase d’expansion et le catholicisme dans les difficultés ?

D’autre part, si les admirateurs de l’islam affirment que leur religion est celle de la miséricorde, la lecture du Coran nous informe de ce que cette miséricorde ne s’adresse qu’aux musulmans ou à ceux qui se convertissent. Cela n’a pas découragé l’apôtre de la paix. En 2001, quelques jours après l’attentat du 11 septembre, il a effectué un voyage au Kazakhstan, pays musulman où la minorité catholique est infime et il y a déclaré que « l’Église catholique respecte l’islam, l’authentique islam », ajoutant d’ailleurs que « la haine, le fanatisme et le terrorisme profanent le nom de Dieu ».

Certains ont alors pensé que les musulmans sont respectables à titre individuel, en tant qu’êtres humains, mais que l’islam, lui, n’a pas droit à notre respect. En effet, ou cette religion est vraie, et alors le christianisme est faux et nous devons nous faire musulmans. Ou l’islam est une religion dans l’erreur, ce que je crois personnellement, et nous n’avons aucune raison de respecter l’erreur. La façon dont Mahomet a livré à son public les révélations que, soi-disant, Dieu lui communiquait par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, laisse sceptique quant à leur authenticité. Aucun fait objectif ne les corroborait.

Maintenant, Jean-Paul II, très malade, se présente au monde comme crucifié. C’est la vocation du chrétien. Puisse-t-il avoir un successeur qui possède, lui aussi, cette vocation !


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