Vautrin Pierre - lundi 21 mars 2011
algerie, livres
Avec Vivre à Alger, Jean Monneret nous donne un livre qui s’ouvre sur un mariage et se clôt sur un divorce.
Le mariage, c’est, à l’automne 1958, celui de Claire et de Marc Mérieux, un futur officier. S’y retrouvent Michel, frère de Claire, Laurence, qu’il aime, et ses amis Pierre, officier d’active, et Benoît, appelé sous les drapeaux. L’Algérie française est encore pleine d’espoir après les événements du mois de mai et le retour au pouvoir du général De Gaulle.
Le divorce, c’est, quatre ans plus tard, celui de l’Algérie et de la France.
Entre ces deux événements, Jean Monneret brosse les destins tragiques et parfois sanglants de ces personnages attachants et héroïques, que traversent d’autres protagonistes : Si Lakhdar, le rebelle ; la troublante Polina et son père, ancien légionnaire d’origine russe dont le soleil d’Alger ne parvient pas à guérir le mal du pays natal. A travers leurs histoires croisées, l’auteur raconte celle de la fin d’un monde, brutale et rapide comme le sont les révolutions et les cataclysmes.
Le mouvement du livre aussi est enlevé, Jean Monneret ne s’attarde pas, ne fouille pas en profondeur la psychologie de ses personnages : les événements commandent. Pourtant, toute la nostalgie de l’écrivain transparaît dans ces pages et l’on sent bien qu’il pourrait écrire, comme Claire aux dernières pages du livre, « Bien loin d’ici. Dans la ville blanche aux senteurs de jasmin où furent captifs Cervantès, Regnard et Lippi. Dans la ville pleine de fontaines secrètes, de marches, de palais mauresques aux cours fraîches et ombragées, de jardins à la végétation lourde (…). Dans la ville basse et blanche où je suis née, où hélas rien ne sera plus jamais identique à mes souvenirs. »
Je ne ferme jamais un livre sur la fin de l’Algérie française sans tirer une leçon qui nourrit une inquiétude. « Un pan de l’histoire s’écroule, réduit en poussière. (…) Qui eût imaginé qu’en trois petites décennies, nous serions contraints d’embarquer vers l’Europe, sans armes, presque sans bagages dans un exode proche de la débandade ! Le terme de bouleversement est faible pour décrire ce qui s’est passé. C’est une fantastique accélération de l’Histoire. »
Les Français d’Algérie ne sont pas le seul peuple à avoir fait les frais de telles accélérations. Il suffit parfois de trois générations pour faire, d’une civilisation, une Atlantide.
Jean Monneret, Vivre à Alger (La guerre et la paix dans l’Algérie des Français 1958-1962), L’Harmattan, 148 pages,
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