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Volontaire pour la directive Bolkenstein !


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Dumait Alain - dimanche 27 mars 2005


Quand Michel Édouard Leclerc lança, au début de l’année, sa campagne publicitaire sur le thème du pouvoir d’achat, affirmant que le pouvoir d’achat réel des ménages avait baissé en 2003 et stagné en 2004, il s’attira les moqueries hautaines des politiciens. Il fut même convoqué dans les services du ministère des Finances puis à l’Insee, saint des saints de la statistique publique en France et siège du monopole des études économiques. Toute honte bue, après plusieurs réunions de travail, les super-technocrates ont dû reconnaître qu’ils mentaient, et depuis de longues années : compte tenu de l’augmentation constante des dépenses publiques, des charges sociales et des prélèvements obligatoires, tandis que les augmentations de salaires se font rares, le pouvoir d’achat diminue. En tout cas, au début de ce mois, deux économistes de la maison Insee ont publié une note indiquant que, « en 2003, dans les entreprises publiques et semi-publiques, compte tenu de la hausse des prix à la consommation de 2,1 % en moyenne, le salaire net moyen, en euros constants, a diminué de 0,3 % par rapport à l’année précédente ». (Le salaire brut moyen mensuel pour un temps complet s’élevait à 2 317 euros, 1 811 euros net de tous les prélèvements à la source, soit 24 % à la charge des salariés).

Dans le même temps, le pouvoir d’achat des fonctionnaires et autres salariés du secteur public n’a jamais cessé d’augmenter. Sans doute de l’ordre de 2 à 3 % annuellement depuis dix ans. Si l’on ajoute à cela que le nombre des salariés du privé diminue, tandis que le nombre des salariés du secteur public augmente sans cesse (dans sa dernière étude sur les effectifs de la fonction publique en France, Contribuables Associés dénombre 6,2 millions d’actifs auxquels s’ajoutent 2,4 millions de retraités et plus de 400 000 « invalides »…) ; si l’on tient compte du fait que le chômage ne touche pratiquement que les salariés du secteur privé, on est obligé de conclure non seulement qu’il y a une France exposée et une France protégée, mais encore que celle-ci continue à accroître ses privilèges car elle est en prise directe sur la classe dirigeante qui finalement lui obéit…

On vient de le constater une nouvelle fois avec les manifestations du 17 mars : les employés du secteur public obtiennent immédiatement, sans contrepartie, la promesse d’une augmentation de salaire, tandis que les salariés du secteur privé, dont les rémunérations ne sont pas de l’ordre des décisions publiques, se voient promettre un simple rendez-vous en juin, où se retrouveront politiciens hauts fonctionnaires et syndicalistes, tous également déconnectés de la vie économique réelle.

Je sais bien que le référendum du 29 mai, et la victoire du « non » qui se profile à l’horizon, explique désormais la quasi-totalité des décisions prises par ce gouvernement. C’est cette perspective à très court terme qui a suscité la feinte colère de Jacques Chirac à l’encontre de la Commission de Bruxelles et sa directive dite Bolkenstein sur la libéralisation du marché des services. En effet, le principe de cette libéralisation a été adopté en 2000 à Lisbonne à une conférence où la France était représentée à la fois par son Président de la République et par son Premier ministre nommé Lionel Jospin. Et, pendant quatre ans, aucune voix ne s’est élevée contre cette ouverture tout simplement parce qu’elle est dans la nature de la construction européenne. Comment nos banques et nos hypermarchés ont envahi les villes de Prague, de Budapest et de Varsovie, et les plombiers de ces pays ne pourraient pas venir concurrencer les nôtres, chez nous ?

Nos politiciens s’aperçoivent, un peu tard, qu’il y a une parfaite contradiction entre la défense d’un soi-disant modèle social européen, et un marché unique, soumis en premier lieu aux lois élémentaires de la concurrence. L’Europe est loin d’être l’ensemble ultra-libéral que décrivent ses adversaires de droite ou de gauche. Elle comporte, c’est vrai, beaucoup trop de réglementations et de restrictions aux échanges. Mais, en matière de concurrence, entre les entreprises et les systèmes publics, elle a à son actif beaucoup plus de résultats positifs que nos États dinosauriens.

Pour moi, qui ne suis pas un admirateur du pseudo système social français mais au contraire un de ses contempteurs, l’agitation de l’épouvantail de la directive Bolkenstein serait plutôt un argument pour le « oui » au référendum car elle illustre le meilleur côté de la construction européenne. Cet argument est-il déterminant ? C’est ce que nous examinerons à l’occasion de nos prochaines chroniques …


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