Lambert Christian - jeudi 17 décembre 2009
dette
Un ami m’a confié que, candidat à l’élection présidentielle de 2012, son programme tiendrait en une seule ligne : Déficit et emprunt interdits. Remboursement de la dette. Bravo. L’ennui est que, si l’emprunt était interdit, la France s’arrêterait le 1er octobre, car, géré comme il l’est, notre pays n’a plus un soSans emprunt, les fonctionnaires de toutes catégories, les militaires, les magistrats, etc. ne seraient plus payés.u pour payer ce qu’il doit payer pendant les trois derniers mois de l’année. Les entreprises publiques toutes en déficit ne recevraient plus d’allocations. Il n’y aurait plus de train, plus de RER, plus de métro, plus de poste, plus d’indemnités pour les 3 millions de chômeurs, plus de sécurité sociale, plus de sécurité tout court, plus rien. Ce serait dans les quinze jours la guerre civile et le grand soir du pillage général qu’attendent les immigrés depuis tant d’années.
Si j’évoque ce scénario jusqu’ici théorique, c’est pour souligner l’extrême précarité de la situation financière et donc politique de la France, malgré l’énorme racket fiscal qui assomme les Français. Comment a-t-on pu en arriver là ? Sommes-nous donc victimes d’une fatalité inexorable ?
Eh bien pas du tout. En 1974, le budget était en équilibre. Ce fut la dernière année. La dette publique était inexistante, impérativement proscrite par le général De Gaulle qui rejetait l’idée d’être le chef d’un État débiteur et mendiant. C’est dire qu’une saine gestion est tout à fait possible à la condition que l’on n’utilise pas les deniers de l’État qui viennent de l’impôt versé par les particuliers et les entreprises pour alimenter une démagogie électoraliste tous azimuts.
Le « lâchez tout » pour être élu a commencé en 1981. Depuis, par surenchère, cette politique n’a plus cessé, la gauche et la droite agissant de la même façon. On a aujourd’hui le résultat que chacun connaît : un pays en faillite, pas très éloigné de la cessation de paiement. « Mais non, m’a-t-on dit à Bercy. Vous n’y êtes pas du tout. Vous ne comprenez rien. La signature de la France est recherchée dans le monde entier. On se bouscule pour nous prêter. Comme emprunteurs, nous sommes classés AAA. » Comme les andouillettes ! C’est ce que racontent les fonctionnaires de l’Agence France Trésor (AFT), le très vital service du ministère des Finances, chargé chaque semaine d’emprunter à travers le monde auprès des fonds de pensions anglo-saxons, des Arabes, des Chinois… Un service qui est à Bercy un État dans l’État, hautement sécurisé.
On peut ainsi rembourser les emprunts précédents pour en solliciter d’autres. C’est ce qu’on appelle de la cavalerie, c’est-à-dire un procédé délictuel me semble-t-il, présentant de grands risques, aliénant l’indépendance de l’emprunteur et qui – c’est le pire – a un coût considérable. Nul n’ignore que les intérêts payés pour emprunter à longueur d’années représentent désormais la totalité de l’impôt sur le revenu, et même maintenant un peu plus ! En d’autres termes, si les gouvernements qui se sont succédé en France depuis 35 ans avaient été compétents, sérieux et honnêtes, on aurait pu supprimer l’impôt sur le revenu !
D’autres pays, m’a-t-on rétorqué, sont dans une situation encore plus mauvaise que la France : la Lituanie, l’Estonie, la Bulgarie, la Roumanie ont une dette supérieure à 100 % de leur PIB, sans parler de la Grèce, tous membres de l’Union européenne qu’avec raison et bon sens, on aurait dû faire attendre à la porte de l’UE. Pour autant, est-ce là un remède ? Faut-il se comparer uniquement aux plus incompétents en oubliant les bons sur lesquels on devrait prendre modèle ?
Conclusion de cette incurie démagogique : si l’on voulait rembourser la dette nationale (2 500 milliards d’euros, y compris les engagements de l’État), il faudrait prélever quelque 25 000 euros sur chaque Français du nourrisson au vieillard. Soit, pour une famille de 5 personnes, 125 000 euros. C’est évidemment irréalisable.
Alors que faire pour rembourser la dette et être enfin crédibles ? Vendre la tour Eiffel, le musée du Louvre, l’Alsace-Lorraine, l’Aquitaine, se mettre sous la protection de l’Armée du salut et chanter le De profundis ?
Mesdames, et Messieurs les politiciens, vous qui êtes très confortablement indemnisés avec l’argent du contribuable, peut-on vous demander ce que vous comptez faire devant ce bilan désastreux : créer une taxe après tant d’autres pour faire taire ceux qui voient clair ?
Ancien Ambassadeur de France
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