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à propos de la traite des noirs


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Choisel Francis - mercredi 29 septembre 2010

education
La traite des noirs et l’esclavage se sont vus attribuer, dans les nouveaux programmes scolaires, une place à la mesure du sentiment de culpabilité et du désir de repentance qui animent ceux qui les ont inspirés. De même, on a voulu, pour honorer nos banlieues et tenir compte de la diversité d’origine des petits Français d’aujourd’hui, consacrer un chapitre au moins à l’histoire de l’Afrique avant la colonisation.

La pensée unique a encore frappé
, direz-vous. Et vous aurez raison. Mais ne vous en lamentez pas trop. Ne faites pas comme cet éditorialiste ou ce lecteur d’un journal dont j’ai oublié le nom, qui se plaignait que Louis XIV fût de ce fait réduit en classe de cinquième à la portion congrue au profit du royaume du Congo et de l’empire de Monomapata.

Allez plutôt voir dans un manuel scolaire comment les historiens – corporation intellectuellement honnête et difficilement manipulable dont je fais partie – ont traité ce chapitre.

J’ouvre au hasard celui que vient de recevoir mon fils. Sur les quatorze pages du « Regard sur l’Afrique – VIIIe-XVIe siècles », on trouve une page sur l’art africain, deux sur l’empire du Mali, plusieurs cartes, une frise chronologique, etc., mais aussi quatre pleines pages sur la traite des noirs, sujet repris dans deux des trois exercices proposés en conclusion.

Qu’y apprend-on ? Que « l’esclavage existait avant le VIIe siècle dans de nombreuses sociétés africaines et le commerce des esclaves aussi ». Également que ce commerce « s’intensifie » à partir du VIIIe siècle parce que « des marchands d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, qui ne peuvent pas réduire d’autres musulmans en esclavage, viennent se procurer ces esclaves en Afrique sub-saharienne ». Cartes, diagrammes quantitatifs et document divers complètent le propos dont on vient de donner les quelques premières lignes.

Dans le cahier des « fiches d’activité », on découvre en outre que l’exercice correspondant consiste, à partir d’une carte, à répondre à des questions telles que « Soulignez le nom des régions qui importent des esclaves. » ou « Quel désert certains esclaves doivent-ils traverser au péril de leur vie ? ». Et qu’il demande de commenter un texte sur « le marché aux esclaves du Caire (1581) » et une miniature locale du XIIIe siècle présentant « un marché aux esclaves au Yémen ».

Inutile de préciser qu’à l’époque étudiée, aucune traite n’est faite ni par les Européens, ni en direction de l’Europe ou de l’Améri­que…

Cela, vous le saviez et moi aussi. Mais, jusqu’ici, il nous était interdit de le dire, sous peine d’avoir à en découdre avec les ligues de vertu antiraciste ou de se faire traiter d’affreux nostalgique du colonialisme. Désor­mais, cela sera permis, je suppose, puisque nos professeurs de collège devront en faire état dans leurs cours et que, si un de leurs élèves oublie dans sa leçon que les Arabes ont pratiqué la traite des noirs, il aura un zéro pointé.
Je ne suis pas sûr que ce nouveau programme améliore le climat de nos banlieues où les conflits entre bandes ethniques ne sont déjà que trop nom­breux. Comme tant d’autres, ce point de la réforme n’était peut-être pas très opportun.

Quoi qu’il en soit, l’exemple montre que, lorsqu’on veut instrumentaliser l’histoire à des fins politiques, même avec les meilleures intentions – souvenez-vous des effets positifs de la colonisation… –, il faut y réfléchir à deux fois. Sinon on risque fort de se prendre les pieds dans le tapis. Tapis persan en l’occurrence, ou peu s’en faut…

http://choisel.info/

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