les 4 vérités


Inflation et dévaluation

9 mars 2016 par Delmau Jean-Pierre dans Economie avec 0 commentaire

L’inquiétude sur l’aggravation continue de la situation monétaire ne laisse plus de place au silence et, un peu partout, fleurissent articles et éditoriaux sur le sujet.

Certains dénoncent la peur injustifiée d’un krach monétaire, et comptent sur la BCE pour éviter le cataclysme attendu d’une disparition de l’euro. D’autres présentent sa chute comme iné­luctable et bénéfique.

Les premiers soutiennent que la dévaluation consécutive à la disparition de l’euro ruinerait l’État et les épargnants et relancera l’inflation, après une transition houleuse et problématique.

Ces arguments sont pour le moins discutables.

L’incertitude de la transition est le plus étonnant : le 1er janvier 2002, on a sauté à pieds joints dans la monnaie nouvelle sans inquiétude, alors que nous abandonnions un système pluriséculaire pour un monde inconnu.

En quoi le retour au système connu et éprouvé serait-il si dangereux ?
Le retour de l’inflation, quant à lui, est une erreur d’optique.

Beaucoup sont persuadés qu’interdire la dévaluation a supprimé l’inflation. Or, il suffit de voir l’augmentation des prix depuis 15 ans pour vérifier que l’inflation est toujours là.

L’indice INSEE est passé de 104 à 128, soit + 23 % (sachant qu’il y a lieu de douter des chiffres de l’INSEE). La source de l’inflation est dans la structure de l’économie, ainsi que dans le poids de l’État et des dépenses sociales. Comme les premières ne se sont pas améliorées, et que les secondes ont explosé avec le chômage et le déficit de la balance commerciale, l’inflation n’a bien sûr pas diminué, encore moins disparu. Il y a d’ailleurs de l’inflation partout et toujours, même en Suisse. Le propre de l’euro est seulement de la cacher.

Quant à la ruine des épargnants et de l’État, elle ne reviendrait qu’à dévoiler ce qu’on s’appli­que à cacher depuis 15 ans. De­puis quand la dissimulation change-t-elle la réalité, et s’agirait-il d’une ruine ?

Sur le plan patrimonial, le seul changement sera le nom de la monnaie, sans variation de valeur. Seuls les investissements en monnaies étrangères subiront les nouveaux changes après la dévaluation, estimée à environ 30 %, la plupart du temps en hausse. Qui s’en plaindra ?

En revanche, les prix des produits importés augmenteront du même taux. On parle souvent de l’essence, en oubliant que son prix au détail est formé de 60 % de taxes. On pourrait revenir à un taux plus raisonnable.
Mais il faut surtout voir qu’une hausse des prix à l’importation est une baisse à l’exportation.

De nombreux producteurs français, dans l’agriculture comme dans l’industrie, redeviendront compétitifs contre les pays à bas salaires dont les prix augmenteront. Cela fera bondir leurs volumes de vente, donc de production, et résorbera progressivement le chômage.

L’inconvénient temporaire de la hausse des prix des produits im­portés, pas toujours de première nécessité, sera le prix de la réindustrialisation de notre pays et de la réinsertion corrélative des chômeurs.

Même si ce prix peut paraître élevé, ne faut-il pas considérer que le jeu en vaut la chandelle, d’autant que les indemnités de chômage baisseront ?

Avec un peu de sens du bien commun, c’est un effort supportable et justifié. En tout cas, on n’a que le choix entre la poursuite de l’effondrement actuel, et cet effort de redressement.

Reste la ruine de l’État, car, dit-on, le poids de la dette extérieure, de loin majoritaire, augmentera de 30 %.

C’est un mensonge. Les em­prunts internationaux sont régis par un usage séculaire, dit lex monetæ, qui veut que la variation des taux de change soit neutre : les emprunts sont remboursés dans la monnaie nationale, qu’elle se soit entre-temps dévaluée ou revalorisée.

Les emprunts en monnaies étrangères, s’ils sont de droit français, ce qui est le cas de la majorité, bénéficient de la mê­me clause.

Mais, en fait, il est bien tard pour hésiter entre les deux solutions : garder ou non la monnaie unique.

Comme l’explique fort bien l’économiste Vincent Brousseau, les montants faramineux d’euros que la Bundesbank détient déjà en provenance d’autres pays de la zone (soldes Target 2), et que, en cas de démantèlement, elle devra restituer aux nouveaux taux de change, ne vont plus lui laisser le choix encore bien longtemps.

Mais l’indécision se paie toujours, et on se sait ni le jour ni l’heure…

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