Boko Haram, charia, corruption : difficile « vivre-ensemble » au Nigéria

Posté le 12 mars , 2015, 11:33
8 mins

140714-boko-haram-shekau-5a_7f2bcf50180bbeb700135f7e1e313a3c-448x293
Article paru sur Les Observateurs.CH

Tout le Nord du Nigéria est sous la coupe de Boko Haram. On estime qu’un million de personnes ont été déplacées, que les exactions ont fait au moins 13 000 morts depuis 2009 et que dans certaines régions, plus de 98% de la population locale a été exterminée ou déplacée. Dans un pays surpeuplé (173 millions d’habitants en 2013), où la population est extrêmement jeune et, surtout, extrêmement pauvre, Boko Haram fait office d’ANPE locale, en recrutant des djihadistes pour une poignée de dollars. Avec plus de 400 véhicules blindés pris à l’armée locale, et une surface de contrebande d’armes qui s’étend jusqu’en Libye et au Soudan, les islamistes tiennent en respect les armées de la coalition (Tchad, Nigéria, Cameroun, Niger).

Boko Haram face à l’ « occidentalisation » de l’Afrique

Une « secte », Boko Haram ? Pas si sûr… Tout du moins, malgré son évident caractère sectaire, c’est surtout au sectarisme de la charia intégrale et littérale que se rapportent ces islamistes-là. Ne nous cachons pas non pas le fait que pour nos médias, qualifier Boko Haram de « secte », c’est interdire tout amalgame avec l’islam. Pourtant, Boko Haram est la continuité directe des califats islamiques africains, ceux-là mêmes qui appliquaient une charia stricte pour contrôler les âmes (et les corps) et qui versaient dans le commerce des esclaves africains sans aucun scrupule, soit avec les européens, soit avec les califats du Nord de l’Afrique.

Au XIXe siècle, Usman dan Fodio (1754 – 1817), calife de Sokoto – c’est à dire commandeur des croyants et chef politique – décrète plusieurs Djihad contre les peuples animistes et les mauvais croyants. Sa prédication et ses ouvrages comme l’ihya us sunna wa ikhmadul bid’a sont particulièrement rigoristes. Il met en garde les musulmans contre les « innovations » et prêche l’établissement de la Charia intégrale sur les populations qui tombent sous son sabre. Les « innovations » qu’il dénonce font référence aux interprétations qui s’éloignent de la lettre du coran, mais aussi à la pénétration des idées occidentales via les comptoirs de la côte atlantique. « Boko Haram » veut dire : culture mauvaise. La charia intégrale d’Usman dan Fodio coexistait parfaitement avec l’esclavagisme et la conquête violente. Ses alliés haoussas versaient allègrement la traite des esclaves avec les européens et les Arabes.

Alors, faire passer le chef de Boko Haram (et nouveau Calife autoproclamé du Sokoto) Abubakar Shekau pour un fou furieux sans aucune nuance, c’est méconnaitre le terrain sociologique, ethnique et historique où s’enracine Boko Haram. Le basculement du pouvoir vers le sud par l’apport de la science et de la technique occidentale avait bouleversé les flux commerciaux traditionnels (esclaves et marchandises par le Sahara vers le sinistre port de Jeddah, le Caire et les Harem d’istanbul). Les riches califats islamiques du Nord futur Nigéria se sont retrouvés appauvris puis assujettis à leurs anciens vassaux et esclaves du sud. Des musulmans sous l’empire d’infidèles animistes et chrétiens, intolérable !

Un ami congolais a écrit que « Boko Haram doit être pris au sérieux par toute l’Afrique », car « il est l’expression d’un islam qui, du fait du reflux des valeurs et des technologies d’occident, veut reprendre par tous les moyens sa place de puissance esclavagiste sur les populations animistes et christianisées ».

Des jeux politiques dangereux…

Les attentats suicides d’une violence inouïe, les enlèvements massifs de chrétiens, les massacres de masse sur considération raciale et religieuse s’enchainent depuis des années, et on s’étonne du peu de réactivité des autorités nigérianes. Dans le Figaro magazine, un haut gradé français pointait « le manque évident d’engagement des forces nigérianes dans les zones contrôlées par la secte » ; Amnesty international s’est étonné du fait que l’armée nigériane n’avait rien entreprise pour défendre la ville de Baga, pourtant clairement menacée.

Certains en viennent à penser qu’à l’approche des élections, le président chrétien Goodluck Jonathanlaisserait volontairement le chaos s’installer dans le nord du pays afin que les millions de réfugiés ne puissent pas voter pour son opposant musulman, Muhammadu Buhari. En effet, tout le Nord-Est du pays n’est absolument pas en mesure d’organiser le scrutin, laissant donc une chance à GoodLuck pour sa réélection.

Car le vivre-ensemble est bien difficile au Nigéria, pays coupé en deux sur des considérations religieuses. La guerre entre le sud, chrétien, animiste, développé et le nord, musulman et très pauvre, fait rage aujourd’hui dans tous les domaines. Il faut noter que tout les états du nord du nigéria appliquent déjà la charia. Tout la question est de savoir à quel degré de fidélité cela s’applique. Le diable, ici, est dans la nuance.

***

Aujourd’hui, une coalition entre les armées du Nigéria, du Niger, du Tchad, du Bénin et du Cameroun tente de stopper l’hémorragie islamiste dans la région. Plus de 10 000 hommes sont mobilisés, mais la tâche stratégique sera extrêmement rude. Cependant le problème n’est pas que militaire, on le voit : c’est un mouvement djihadiste généralisé, pandémique et monstrueux qui s’abat sur l’Afrique, en connivence avec les grands groupes djihadistes mondiaux, comme l’État islamique (Daech). C’est aussi une pauvreté, des états corrompus et dictatoriaux qui poussent certaines populations dans les bras des islamistes. C’est enfin un ressentiment entretenu et travaillé envers la modernité européenne, ses qualités mais aussi ses perversions, qui est à prendre en compte dans la lecture qu’il faut faire des conflits dans cette région du monde.

Vivien Hoch, mars 2015 

Vivien Hoch est doctorant en philosophie, directeur d'un pôle de recherche et communiquant politique.

7 Commentaires sur : Boko Haram, charia, corruption : difficile « vivre-ensemble » au Nigéria

  1. BRENUS

    15 mars 2015

    Soyez très politiquement corrects avec ce bokoharam car nombre de bien pensants en France considèrent sa menace comme bien moins dangereuse que l’expansion du FN. Pas vrai « faux derche » ?

    Répondre
  2. druesnes

    13 mars 2015

    bien sur que toutes ces factions islamistes nous menaceront tot ou tard mais notre gouvernement (à la solde de qui ) se contentent eux de nous indiquer ce qui ns menacerait le plus ce qu ils appellent populisme avec tt le dédain dont ils font preuve pour les français pas dupes de cette mascarade peut etre ns faut il prier sainte rita patronne comme certains le croient encore des causes désespérées

    Répondre
    • Philippe Mangé

      13 mars 2015

      Bien évidemment qu’en fermant les yeux sur le coran et sur l’islam, les dirigeants occidentaux nous mènent à la mort ! Nous connaîtrons le sort des Etats et des Chrétiens d’Orient. Pour nous en sortir, les éditorialistes auto-proclamés doivent lire, connaitre, nous faire lire et nous faire connaitre ce coran qui est une arme de guerre contre les mécréants, les infidèles et les femmes. PinardSauciflard Akbar !

      Répondre
  3. druant philippe

    13 mars 2015

    Il m’ a semblé lire que ces barbares de Boko Haram se sont fait tailler en pièces par les guerriers (Toubous ?) du Tchad qui n’ ont pas la réputation d’ être des rigolos .
    Taillez dans le vif , guerriers tchadiens, hachez, tranchez, étêtez sans modération .

    Répondre
  4. euréka

    13 mars 2015

    « Le basculement du pouvoir vers le sud par l’apport de la science et de la technique occidentale avait bouleversé les flux commerciaux traditionnels (esclaves et marchandises par le Sahara vers le sinistre port de Jeddah, le Caire et les Harem d’istanbul). Les riches califats islamiques du Nord futur Nigéria se sont retrouvés appauvris puis assujettis à leurs anciens vassaux et esclaves du sud. Des musulmans sous l’empire d’infidèles animistes et chrétiens, intolérable ! »

    Vous avez bien cerné l’origine des troubles Mr Hoch.
    Autre exemple , les touareghs de la noblesse saharienne n’obéiront jamais à des gouvernements noirs,( leurs anciens esclaves.)
    Toutes les sortes de trafics humains et commerces transahariens qui constituaient l’essentiel de l’économie bédouine de Djeddah à Alger avec leur cortège de barbarie, ne demandent qu’à s’affranchir des nouveaux pouvoirs locaux àlignés sur les valeurs occidentales (démocratie et respect des droits humains.)

    La France a encouragé l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest. Dans quels desseins ? .

    Répondre
  5. Boutté

    13 mars 2015

    Est-ce volontaire ? Ce papier est si mal écrit que l’on a du mal à comprendre ce qui est pourtant simple !

    Répondre
  6. Claude Roland

    12 mars 2015

    Je discutait hier avec un Français qui vit en Afrique depuis 40 ans et à Niamey. Boko haram attire les miséreux avides de revanche comme Hitler attirait les Allemands dans la même situation. Goodluck a tort car beaucoup de Nigérians pourraient voter pour un musulman afin de calmer le jeu et se mettre à l’abri sous l’islam car manifestement, un gouvernement mené par un chrétien ne les défend pas.
    Cela dit, boko haram est allé ravager le Tchad. Il a tapé dans un nid de frelon car les Tchadiens ne sont pas des enfants de choeur. Pour autant, Vivien Hoch a vu juste dans le mouvement qui se dessine en Afrique, mais dans une Afrique surpeuplée qui voit sa population ainsi « allégée »…

    Répondre

Répondre

  • (pas publié)