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Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com 08/09/2001

Chirac-Jospin, c’est Pompidou-Poher, mais en pire !

 Alain Dumait

 Selon le dernier sondage réalisé par BVA, pour Paris-Match (numéro du 6 septembre), et si le deuxième tour de l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, Jacques Chirac l’emporterait avec 51 % des suffrages contre 49 % à Lionel Jospin. Mais la même étude donnait le résultat exactement inverse au mois de juillet… Dès le premier tour, le candidat Jacques Chirac l’emporterait sur son rival, mais à un poil près seulement (26 et 25 % respectivement).

Le même sondage confirme que, dans l’opinion des Français, le troisième homme s’appelle Jean-Marie le Pen, qui, avec 7 % des intentions de vote, arrive devant quatre autres candidats potentiels, Arlette Laguiller, Jean-Pierre Chevènement, François Bayrou et Charles Pasqua, qui obtiennent chacun 6 % des suffrages. Alain Madelin (5 %) devance Robert Hue (4 % tout comme Alain Lipietz). Viennent ensuite Bruno Mégret, Olivier Besanconnet, Brice Lalonde et Christine Boutin. 15 % des personnes interrogées, ce qui est peu, n’expriment encore aucune intention de vote.

Ces chiffres permettent tout d’abord de remettre à leur juste place les couvertures médiatiques tapageuses dont ont bénéficié cet été, tour à tour, les Verts querelleurs puis les nouveaux prétendants au rôle de troisième homme, François Bayrou et Jean-Pierre Chevènement…

 Rien n’est joué pour l’instant, mais la course à l’élection présidentielle est lancée. Ceux qui, à ce jour, ne se sont pas déclarés, pourront difficilement y participer. D’autre part, l’écart est tel entre les deux premiers concurrents et le peloton des suivants qu’il est peu probable que l’un de ceux qui le composent puisse rattraper les deux chevaux de tête.

Je sais bien qu’un tel constat a, pour les abonnés de cette publication en tous cas, quelque chose de très décourageant. Car, sur ce point, François Bayrou a raison ; il est manifeste que Chirac et Jospin sont d’accord sur un point : le pouvoir ne doit pas échapper à l’un ou à l’autre. C’est la situation dans laquelle la France est engluée, depuis vingt ans, avec, à la tête de la majorité comme de l’opposition, des politiciens qui, en vérité, sont des frères siamois. (Mais est-ce une façon de sortir de cette fausse opposition que d’appeler conformément à la tradition centriste la droite et la gauche à se tendre la main ?… Quant à la capacité de François Bayrou à mener avec vigueur les réformes nécessaires pour notre pays, on a vu, hélas, l’intéressé à l’œuvre, quand il était le ministre de

l’Éducation nationale d’Édouard Balladur puis d’Alain Juppé.)

Pour être triste, la situation où se trouve notre droite orpheline est néanmoins banale. Il est plus fréquent que rare qu’à l’occasion d’une élection générale, des sensibilités importantes, des courants de pensée majeurs soient tout simplement laissés hors jeu. Il suffirait de reprendre toutes les consultations majeures qui ont eu lieu dans notre pays depuis cinquante ans, et même plus. Le summum était évidemment atteint en 1969 quand, au deuxième tour, les Français eurent le choix entre Poher et Pompidou.

 Comme nous l’avons, à plusieurs reprises, déjà indiqué, et quand le moment sera venu, nous indiquerons clairement dans ces colonnes, nos choix personnels. Le fait que nous ayons écrit (Les Quatre Vérités, n° 312, du 30 juin) que, si nous étions en mesure de le faire, nous apporterions notre signature de patronage au candidat Jean-Marie le Pen, ne présume en rien de notre choix électoral. Pour répondre à plusieurs de nos correspondants, et fort du sondage BVA rappelé en tête de cette chronique, il nous paraîtrait à la fois injuste et grave pour la démocratie que Jean-Marie le Pen ne puisse être candidat. Nous en dirions autant de Bruno Mégret si celui-ci était mieux placé dans les sondages pré-présidentiels. Mais cela n’anticipe en rien le choix de nos bulletins de vote.

Et nous continuerons à défendre le concept de l’entente à droite, de toute la droite. En nous efforçant de suivre les conseils d’un de nos correspondants (J.-M. Capdevielle, La Celle-Saint-Cloud, 78), qui voit une contradiction à souhaiter d’une part un rassemblement de toute la droite et à qualifier systématiquement de « fausse droite » une partie importante de l’électorat et de la classe politique. Car si ceux-ci méritent ce qualificatif, il n’y a plus lieu de chercher leur appui et alors les chances d’un changement de majorité dans notre pays se trouvent réduites. De même si l’on persiste à rejeter la partie de la droite qualifiée d’extrême. « Je vous suggère donc, nous dit-il, d’abandonner l’adjectif « fausse » pour une qualification moins catégorique et moins excluante ».

Vous avez raison. Pendant que les concurrents s’invectivent, il nous faut ici donner l’exemple de l’œcuménisme. En conséquence, nous considérerons comme étant de « droite » tout homme politique voulant bien lui-même s’en réclamer. Mais je vous signale qu’une telle conception oblige à admettre Nicolas Sarkozy, et à exclure aussi bien François Bayrou que Jean-Pierre Chevènement… 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com