Retour

 

 

 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com 22/09/2001

 Premières conséquences économiques de la guerre 

Alain Dumait

 «Une autre fois, c’est la planète entière qui y passera ». Depuis le 11 septembre, l’ombre de la mort et même de la fin du monde s’étend sur toute la terre. Dans ces conditions, l’horizon du long terme se rapproche brutalement. Pour les individus, finis, pour l’instant, les projets à échéance lointaine. Et pour les nations, on en reparlera quand elle se seront ressaisies.

Le temps économique a brutalement changé. Avant de se remettre à consommer, tout individu normalement constitué, dans ce nouveau contexte, doit songer à épargner, afin d’assurer l’avenir immédiat de sa famille, pour faire face à tout aléa.

À court terme, l’avenir est sombre. Beaucoup plus que ne l’indique l’évolution des bourses des valeurs car, dans la dégringolade contrôlée de Wall Street lundi dernier, lors de la reprise des cotations interrompue pendant quatre jours, il faut tenir compte d’un indéniable effet « gonflette », résultant de l’intervention massive et concertée des banques centrales comme d’un grand nombre d’acteurs déterminants du marché financier. Heureusement que des investisseurs américains, « patriotiques » étaient là pour racheter les titres vendus massivement par les portefeuilles du reste du monde.

Bien qu’ayant beaucoup baissé depuis un an, les bourses des valeurs, dans le contexte de l’après-11 septembre, sont encore chères. En moyenne, sur les principales places occidentales, les cours représentent une capitalisation de trente fois les bénéfices courants. C’est beaucoup. Et même pour une société aussi bien gérée et aussi peu touchée que notre champion L’Oréal, 45 fois les bénéfices, c’est osé !

On en ignore encore le montant, mais la facture va être très lourde. La reconstruction des deux tours du World Trade Center ne constituera qu’un élément parmi beaucoup d’autres. Les nouvelles normes de sécurité du transport aérien représentent des fortunes. L’effondrement des commandes de nouveaux avions est une catastrophe. Le tarissement des voyages d’affaires est un sinistre. La liste est déjà longue. Et ce ne sera pas seulement, comme l’affirment en chœur les économistes de service, souvent stipendiés, une simple accélération d’un ralentissement conjoncturel déjà à l’œuvre. Ce sont des facteurs fondamentaux qui changent.

 La liberté a un prix

 Car le soudain et nécessaire rééquilibrage entre sécurité et liberté comporte, hélas, de puissants facteurs de régression. La démocratie ne sera plus la même. La liberté, les droits de l’homme non plus. Mieux contrôler les flux internationaux de marchandises et de personnes va se traduire par une telle diminution du commerce international (dont la croissance, depuis cinquante ans, a été le premier facteur du développement économique mondial) que l’on risque de devoir parler de retournement.

Les conséquences d’une chasse efficace à l’argent sale, qui finance le terrorisme, qui touche à la drogue, qui est voisin de celui de tous les trafics, peut se traduire par une atrition financière générale.

Un nouvel ordre économique et politique doit se mettre en place. L’Amérique, et le capitalisme qu’elle symbolise – qu’une bande de terroristes s’était mis en tête de détruire – en assumera le leader-ship, encore plus clairement qu’auparavant. Elle ne pourra le faire que sur la base de ses valeurs morales, qu’elle devra afficher plus haut et plus clairement que jamais.

 Sécurité et prospérité

 Sur ces bases, un renouveau durable est possible. La paix et la sécurité qui ne sont jamais acquis pour toujours à personne, et dont nous avions, ces temps-ci, seulement l’illusion de jouir, peuvent être rétablis réellement, si nous le voulons et si nous le souhaitons.

Les économistes pensaient avoir trouvé l’équation de la croissance stable et durable. Leur modèle s’appuyait sur la modération des dépenses publiques, sur la maîtrise de l’inflation, sur la liberté des prix et des échanges, sur une épargne abondante orientée vers des choix d’investissements judicieux. Il y manquait l’environnement politique et social. Qu’on aurait qualifié hier de « sécuritaire ». Mais qui supportera demain le laxisme qui avait cours chez nous avant le 11 septembre ? v

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com