|
Retour
|
Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com
13 octobre 2001
Opérer, ou non, la maladie du terrorisme international
?
Alain Dumait
Les forces du terrorisme international, organisé autour d'Oussama
Ben Laden et de son organisation al-Kaïda, avec des liens qui commencent
à être mis à jour avec d'autres organisations intégristes,
et aussi avec quelques États-voyous, dont l'Irak, ne représentent
sans doute au total que quelques milliers de personnes. Mais, à
partir du moment où l'on compte dans leurs rangs, par centaines,
des kamikazes candidats au martyr, les dégâts qu'ils peuvent
causer sont considérables. On le sait depuis le 11 septembre. C'est
la survie de la planète qui est maintenant en question.
Au-delà des frappes et des opérations américaines
en cours, en Afghanistan, l'issue de cette nouvelle guerre dépendra
principalement de la mobilisation de l'opinion. Or, pour l'instant, ce
que l'on observe à cet égard est très inquiétant.
Essayons d'être lucides. Car, comme disait Joseph Fouché,
" la vérité a des droits ". Et la vérité
d'aujourd'hui, s'agissant de la lutte engagée par les Américains
et leurs alliés contre le terrorisme international, est très
exactement la suivante :
- soutien massif (plus de 90 %), vis-à-vis des initiatives du président
Bush, des Américains qui s'attendent pourtant, dans la proportion
de 79 %, à de nouvelles attaques terroristes ;
- ailleurs, en Occident, sauf en Grande-Bretagne, le soutien à
l'Amérique, de la part des hommes politiques, commence à
être assorti de nuances ou de réserves ; ce qu'a exprimé
Lionel Jospin, mardi après-midi, à l'Assemblée nationale.
Et partout ailleurs, en Afrique, en Asie, et surtout au Moyen-Orient et
en Asie centrale, règne, au niveau des appareils d'État,
la plus grande prudence. La Turquie mise à part, dont le gouvernement
est traditionnellement dans la roue de l'Amérique, il n'y a pas
eu un seul gouvernement pour approuver clairement et sans réserve
les frappes américaines engagées le 8 octobre !
Pourtant, nul ne peut contester le caractère très raisonnable,
préparé, limité, et étudié de la riposte
américaine, alors que plus personne ne doute de la responsabilité
de Ben Laden (qui, dans un communiqué du 9 octobre, revendique
quasiment les attentats du 11 septembre…) et de ses protecteurs talibans.
Si les Américains avaient fait preuve de cette maladresse dont
on les accuse souvent ; s'ils avaient retenu pour leurs frappes des objectifs
civils ; s'ils avaient bombardé massivement telle ou telle ville
de l'Afghanistan… on pourrait alors comprendre les réticences de
certains gouvernements de la région. Mais ce n'est pas le cas.
Cette réserve a donc une autre explication, que nous devons être
capables de regarder en face : le terrorisme international a le soutien
d'une partie importante de l'opinion arabo-musulmane et même au-delà,
dans un grand nombre de pays d'Afrique et d'Asie. L'anti-américanisme,
qui n'est rien d'autre que la haine de l'Occident, tient lieu d'idéologie
peu ou prou, à un dixième voire un cinquième de l'humanité
tout entière ! C'est la seule raison du silence honteux des gouvernements
de l'Arabie Saoudite, de l'Indonésie, des Philippines, de l'ensemble
des pays d'Afrique et de beaucoup d'autres…
L'esprit de collaboration et de renoncement - dénoncé avec
force dans ces colonnes aussi bien par Guy Millière, que par Bernard
Trémeau, Marcel Boisot ou Claude Reichman - n'est pas seulement
largement répandu à travers le monde, il est présent
également chez nous.
Et je ne pense pas seulement aux deux cents ou aux trois cents personnes
qui manifestaient, lundi dernier, place de la Concorde, aux cris de "
USA, terroristes " ; pas seulement aux quelques parlementaires qui
se sont exprimés dans le même sens, mardi après-midi,
au Palais Bourbon (tel Noël Mamère) ; ni même aux 77
% de Français qui estiment, dans un récent sondage BVA (pour
le Comité catholique contre la Faim), que " la lutte contre
le terrorisme ne justifie pas que l'on prenne le risque de tuer les civils
". Ce qui vient plutôt à l'esprit, ce sont les manifestations
pro-Ben Laden qui se sont multipliées dans nos banlieues sans que
les médias n'en parlent. C'est ce match France-Algérie qui
s'est terminé un quart d'heure avant la fin par des projections
de bouteilles en plastique, en direction des tribunes officielles, alors
que la pelouse était envahie par des individus, représentatifs
d'une foule qui avait commencé, avant le match, par huer l'hymne
national…
Depuis longtemps, l'Occident était atteint d'une forme sociale
de cancer. Après l'éruption du 11 septembre, il a fallu
ouvrir d'urgence le ventre du malade. On y voit les ravages d'une maladie
déjà bien avancée. Comme parfois, au pied d'un lit,
à l'hôpital, il y a ceux qui proposent d'opérer, et
ceux qui suggèrent de recoudre. Et de faire comme si de rien n'était…
Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com
|