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Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com
27 octobre 2001
Jean-Pierre Chevènement :
le nouveau challenger de la gauche
Alain Dumait
Selon certains sondages, Jean-Marie Le Pen reste le troisième
homme de la compétition présidentielle. Mais, selon d'autres,
il serait rattrapé à cette position par Jean-Pierre Chevènement.
Cette situation, au cas où elle se confirmerait et a fortiori si
elle s'amplifiait au cours des prochaines semaines, mériterait
qu'on y prête une certaine attention.
Jean-Marie Le Pen dit de son concurrent, qu'il est le candidat du Grand
Orient de France. Et, de fait, Patrick Kessel, ancien grand maître
de cette obédience, ne se cache pas d'organiser, au bénéfice
de son champion, toutes sortes de réseaux maçonniques ou
para-maçonniques, rassemblant tout ce que la France compte de laïcs
militants, en particulier dans l'enseignement.
De ce fait, fort de ces soutiens, Jean-Pierre Chevènement a déjà
largement investi les médias et plusieurs grands journaux - tel
Marianne - font ouvertement campagne pour lui.
Jean-Pierre Chevènement pèche aussi à droite du côté
des souverainistes et des gaullistes. Plusieurs personnalités représentatives
de ce courant ont déjà pris officiellement position pour
lui. Et se retrouvent donc côte-à-côte avec des représentants
de la vieille gauche, dirigeants socialistes, communistes ou radicaux.
Manifestement, la candidature de Jean-Pierre Chevènement bouscule
ou transcende le clivage droite-gauche. Cela est d'autant plus étonnant
que le personnage n'a rien de moderne ou de " branché ".
C'est un énarque de 62 ans, qui n'a jamais rien connu d'autre que
l'administration et la vie politique professionnelle. Il a adhéré
au parti socialiste à l'âge de 25 ans et a constitué
immédiatement un petit groupuscule, défendant l'orthodoxie
du marxisme, le CERES, qui devait apporter un petit coup de main à
François Mitterrand pour prendre le pouvoir au PS en 1971. À
partir de là, Jean-Pierre Chevènement, dans les petits papiers
du premier secrétaire, fut mis sur orbite. C'est lui qui rédigea
la première version du programme socialiste de 1971, puis ses versions
ultérieures successives. On connaît la suite : plusieurs
fois ministre, mais avec toujours son franc-parler. Et deux fois démissionnaire,
des Armées puis du ministère de l'Intérieur. Un homme
de gauche. Et un homme libre.
Aujourd'hui, Jean-Pierre Chevènement incarne ce qu'il est convenu
d'appeler " les grandes valeurs républicaines ". Malgré
une expérience peu convaincante quand il était ministre
de l'Intérieur, il symbolise des exigences d'ordre public et même
de fermeté.
Pourtant, sur le terrain de l'immigration, il n'a jamais exprimé
la moindre restriction. Il est peut-être contre le traité
de Maastricht, mais il n'a jamais protesté contre l'espace unique
européen. Il croit profondément à l'intégration.
Il considère que les règles de la République laïque,
inventées par la IIIe République, incarnées par la
séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, appliquées
aujourd'hui avec vigueur à la situation présente, y compris
à la population d'origine arabe et de pratique religieuse musulmane,
permettraient le rétablissement de l'ordre sans pour autant faire
obstacle à la libre circulation des personnes. Jean-Pierre Chevènement
croit à l'efficacité de l'Etat, dont il a été
lui-même, pour commencer, un serviteur zélé. Il est
persuadé que de bonnes règles, appliquées avec détermination,
suffiraient à rétablir l'ordre partout, y compris dans nos
banlieues.
C'est ce qui lui vaut - y compris parmi nos lecteurs, dont certains ont
eu l'occasion de s'exprimer dans nos colonnes - une certaine sympathie
à droite.
On peut toujours rêver. Imaginer que Jean-Pierre Chevènement
puisse demain l'emporter au premier tour sur Lionel Jospin. Qu'il l'emporte
au deuxième tour sur Jacques Chirac. Qu'il soit le prochain président
de la République. Il en résulterait certainement une grande
confusion au sein du parti socialiste, situation qui permettrait à
l'actuelle droite parlementaire de gagner les élections législatives
du mois de juin prochain. On aurait alors une nouvelle cohabitation avec
un président de gauche, souverainiste et musclé, un gouvernement
de droite, en charge du rétablissement économique du pays.
C'est un scénario qui n'est certes pas le plus cauchemardesque.
Qui peut tenter des déçus de Chirac. Mais qui est quand
même très éloigné des idées de la droite
libérale, qui constituent le fondement de la ligne éditoriale
de cette publication…
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