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Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com 27 octobre 2001

Quand l'Occident retrouvera la foi…

Alain Dumait

L'affirmation de Francis Fukuyama, qui est au centre de sa thèse sur la " Fin de l'histoire ", et selon laquelle " la démocratie libérale et l'économie de marché sont les seules possibilités viables pour nos sociétés modernes " demeure intégralement exacte. L'historien américain ne faisait d'ailleurs qu'exprimer, à sa manière, une opinion souvent développée par ses aînés, y compris en France. C'est par exemple Jacques Bainville qui remarquait que " la supériorité des Occidentaux tient en dernière analyse au capitalisme, c'est-à-dire à la longue accumulation de l'épargne ".
Et, comme ce succès du capitalisme à l'occidentale est éclatant, il en résulte un fossé grandissant entre ceux qui en appliquent les règles et ceux qui prétendent les ignorer.
Sans doute, au niveau des individus, l'immense majorité des habitants de la planète, si on leur en donnait le choix, c'est-à-dire s'ils vivaient dans des pays au fonctionnement démocratique, opterait pour le capitalisme plutôt que pour les systèmes archaïques et féodaux qui les oppriment. Individuellement, ils ne peuvent souvent que voter avec leurs pieds et immigrer pour fuir la misère et l'oppression. C'est ce qu'ils font par millions à travers le monde. Il n'empêche qu'au niveau collectif, l'immense majorité de nos contemporains vit encore éloignée des bienfaits du capitalisme, sous des jougs tyranniques.
Dans ces conditions de fait, l'Occident capitaliste ne représente qu'un petit îlot de prospérité dans un océan de misère et de faim. Et cet écart n'a aucune chance de se réduire aussi longtemps que les pays du Sud, de l'Est et d'ailleurs, n'adopteront pas les règles simples, chères à Fukuyama. Mais cela pourrait aussi se faire rapidement car dix ans ou vingt ans suffisent pour sortir un pays arriéré de l'ornière, à la seule condition que ses dirigeants politiques, en accord avec le peuple, le veuillent vraiment.
Évidemment, aujourd'hui, nous en sommes loin. Nous appartenons à l'îlot prospère, et, depuis le 11 septembre, mieux qu'auparavant, nous mesurons la différence qui nous sépare du reste du monde et l'hostilité envieuse qui nous entoure.
On pouvait croire que notre supériorité matérielle, indéniable et incontestée, énorme, pourrait nous permettre de venir à bout rapidement d'une entreprise terroriste comme celle qui a incrusté son quartier général en Afghanistan. Car il n'y a pas de plus grand contraste que celui qui sépare l'empire américain dominant de ce pauvre pays de moins de vingt millions d'habitants. C'est exactement ce que nous voyons tous les soirs avec les images montrées aux journaux télévisés du 20 heures.
Et pourtant, après sept semaines de manœuvres et de bombardements, les incertitudes et les doutes s'accumulent. Non seulement, et on le savait, les opérations seront longues. Mais le théâtre des opérations risque de s'élargir et l'Occident devoir faire face à d'autres adversaires, pays dont les dirigeants expriment à l'égard de l'Amérique une hostilité haineuse, même si, pendant quelques semaines, ils ont mis une sourdine à leurs éclats de voix.
George Bush a eu raison de s'efforcer de circonscrire à l'Afghanistan la campagne en cours contre le terrorisme mondial. Mais il ne dépend pas que de lui qu'elle soit ainsi limitée. Alors que ben Laden et tous ses complices, y compris parmi ceux qui se disent ses adversaires, ne raisonnent qu'en termes d'affrontements manichéens entre " l'Occident qui domine et qui opprime " et les autres, " qui subissent et qui souffrent ".
Les précédents conflits mondiaux n'ont jamais été conçus comme tels par leurs premiers protagonistes. C'est un fatal engrenage qui en a ainsi décidé. Avec le conflit en cours, nous ne sommes pas à l'abri d'une telle évolution. Et l'on sait que pour mener une guerre de longue durée, les moyens matériels ne sont pas tout. Comptent également, au plus haut point, les capacités morales et spirituelles des belligérants.
C'est la contradiction essentielle de l'Occident. Notre prospérité repose sur une morale, que nous avons cessé d'enseigner à nos enfants et qui, de ce fait, est sur le point d'être oubliée. C'est le défaut majeur de notre cuirasse. Car on n'a jamais vu, dans de telles circonstances quelqu'un gagner, même riche, s'il n'avait pas la foi. v

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com