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Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com
24 novembre 2001

Une Fatwa posthume sur Voltaire
Par Alain
Laurent
Voltaire, dans le cadre de sa traque tous azimuts de l'" infâme
", faisait jouer pour la première fois, en avril 1741, à
Lille, sa pièce de théâtre intitulée "
Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète ". Dans cette blasphématoire
tragédie en 5 actes, Mohamed est représenté sous
le jour le plus odieux : une brute sanguinaire et dominatrice.
Alors qu'en France, actuellement, les " autorités " musulmanes
n'hésitent pas à porter plainte contre l'écrivain
Houellebecq qui a osé écrire que " l'Islam est une
religion de cons ", plus personne bien entendu ne prendrait l'initiative
de monter ou rééditer une telle horreur (1).
Afin de liquider tout obstacle au " dialogue des cultures "
et de favoriser la compréhension d'une religion " de paix,
d'amour et de tolérance ", il paraît nécessaire
de rendre publics les passages les plus scandaleux de l'oeuvre impie du
satanique Voltaire. Chacun pourra ainsi juger combien il est urgent de
le faire disparaître des librairies, des bibliothèques et
de l'enseignement : le mieux ne serait-il pas de brûler ses écrits
en public devant une mosquée - juste retour de l'idée d'autodafé
?
(1) Bien que Claude Imbert (à trois reprises dans
le Point) et Philippe Sollers l'aient suggéré
Personnages
Mahomet.
Zopire, sheik ou shérif de la Mecque.
Omar, lieutenant de Mahomet.
Séide, esclave de Mahomet.
Palmire, esclave de Mahomet.
Phanor, sénateur de la Mecque.
Troupe de mecquois.
Troupe de musulmans.
La scène est à la Mecque.
Phanor
Nous chérissons en vous ce zèle paternel
Du chef auguste et saint du sénat d'Ismaël ;
Mais ce zèle est funeste ; et tant de résistance,
Sans lasser Mahomet, irrite sa vengeance.
Contre ses attentats vous pouviez autrefois
Lever impunément le fer sacré des lois,
Et des embrasements d'une guerre immortelle
Étouffer sous vos pieds la première étincelle.
Mahomet citoyen ne parut à vos yeux
Qu'un novateur obscur, un vil séditieux :
Aujourd'hui, c'est un prince ; il triomphe, il domine ;
Imposteur à la Mecque, et prophète à Médine,
Il sait faire adorer à trente nations
Tous ces mêmes forfaits qu'ici nous détestons.
Que dis-je ? En ces murs même une troupe égarée,
Des poisons de l'erreur avec zèle enivrée,
De ses miracles faux soutient l'illusion,
Répand le fanatisme et la sédition,
Appelle son armée, et croit qu'un Dieu terrible
L'inspire, le conduit, et le rend invincible.
Zopire
La paix avec ce traître ! ah ! peuple sans courage,
N'en attendez jamais qu'un horrible esclavage :
Allez, portez en pompe, et servez à genoux
L'idole dont le poids va vous écraser tous.
Tu veux qu'à ce barbare elle soit accordée ?
Tu veux que d'un si cher et si noble trésor
Ses criminelles mains s'enrichissent encore ?
Quoi ! Lorsqu'il nous apporte et la fraude et la guerre,
Lorsque son bras enchaîne et ravage la terre,
Les plus tendres appas brigueront sa faveur,
Et la beauté sera le prix de la fureur !
(Acte 1, scène 1)
Zopire
Bannis toute imposture, et d'un coup d'oeil plus sage
Regarde ce prophète à qui tu rends hommage ;
Vois l'homme en Mahomet ; conçois par quel degré
Tu fais monter aux cieux ton fantôme adoré.
Enthousiaste ou fourbe, il faut cesser de l'être ;
Sers-toi de ta raison, juge avec moi ton maître :
Tu verras de chameaux un grossier conducteur,
Chez sa première épouse insolent imposteur,
Qui, sous le vain appât d'un songe ridicule,
Des plus vils des humains tente la foi crédule ;
Comme un séditieux à mes pieds amené,
Par quarante vieillards à l'exil condamné :
Trop léger châtiment qui l'enhardit au crime.
De caverne en caverne il fuit avec Fatime.
Ses disciples errants de cités en déserts,
Proscrits, persécutés, bannis, chargés de fers,
Promènent leur fureur, qu'ils appellent divine ;
De leurs venins bientôt ils infectent Médine.
(Acte 1, scène 4)
Mahomet
Si j'avais à répondre à d'autres qu'à Zopire,
Je ne ferais parler que le dieu qui m'inspire ;
Le glaive et l'Alcoran, dans mes sanglantes mains,
Imposeraient silence au reste des humains ;
Ma voix ferait sur eux les effets du tonnerre,
Et je verrais leurs fronts attachés à la terre :
Non, mais il faut m'aider à tromper l'univers ;
Il faut rendre la Mecque, abandonner ton temple,
De la crédulité donner à tous l'exemple,
Annoncer l'Alcoran aux peuples effrayés,
Me servir en prophète, et tomber à mes pieds :
Je te rendrai ton fils, et je serai ton gendre.
(Acte 2, scène 5)
Séide
Ah ! sans doute ce dieu, dont vous êtes l'image,
Va d'un combat illustre honorer mon courage.
Mahomet
Faites ce qu'il ordonne, il n'est point d'autre honneur.
De ses décrets divins aveugle exécuteur,
Adorez et frappez ; vos mains seront armées
Par l'ange de la mort, et le dieu des armées.
Téméraire,
On devient sacrilège alors qu'on délibère.
Loin de moi les mortels assez audacieux
Pour juger par eux-mêmes, et pour voir par leurs yeux !
Quiconque ose penser n'est pas né pour me croire.
Obéir en silence est votre seule gloire.
Obéissez, frappez : teint du sang d'un impie,
Méritez par sa mort une éternelle vie.
(Acte 3, scène 6)
Zopire
Mon fils, à quelle erreur, hélas ! tu t'abandonnes !
Ton esprit, fasciné par les lois d'un tyran,
Pense que tout est crime hors d'être musulman.
Cruellement docile aux leçons de ton maître,
Tu m'avais en horreur avant de me connaître ;
Avec un joug de fer, un affreux préjugé
Tient ton coeur innocent dans le piège engagé.
Je pardonne aux erreurs où Mahomet t'entraîne ;
Mais peux-tu croire un dieu qui commande la haine ?
(Acte 3, scène 9)
Palmire (à Mahomet)
Que ta religion, qui fonda l'imposture,
Soit l'éternel mépris de la race future !
Que l'enfer, dont tes cris menaçaient tant de fois
Quiconque osait douter de tes indignes lois ;
Que l'enfer, que ces dieux de douleurs et de rage,
Pour toi seul préparés, soient ton juste partage !
Mahomet
Ainsi tout téméraire à mes yeux doit trembler.
Incrédules esprits, qu'un zèle aveugle inspire,
Qui m'osez blasphémer, et qui vengez Zopire,
Ce seul bras que la terre apprit à redouter,
Ce bras peut vous punir d'avoir osé douter.
Dieu qui m'a confié sa parole et sa foudre,
Si je me veux venger, va vous réduire en poudre.
Dieu, que j'ai fait servir au malheur des humains,
Adorable instrument de mes affreux desseins,
Toi que j'ai blasphémé, mais que je crains encore,
Je me sens condamné, quand l'univers m'adore.
Je brave en vain les traits dont je me sens frapper.
J'ai trompé les mortels, et ne puis me tromper.
Père, enfants malheureux, immolés à ma rage,
Vengez la terre et vous, et le ciel que j'outrage.
Arrachez-moi ce jour, et ce perfide coeur,
Ce coeur né pour haïr, qui brûle avec fureur.
Mahomet (à Omar)
Et toi, de tant de honte étouffe la mémoire ;
Cache au moins ma faiblesse, et sauve encore ma gloire :
Je dois régir en dieu l'univers prévenu ;
Mon empire est détruit si l'homme est reconnu.
(Acte v, scène 4 : final).
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La nouvelle culture gnian-gnian
Marcel Boisot
Je n'ai pas trouvé de meilleur mot - gnian-gnian est dans le dictionnaire
- pour désigner cette ambiance post-moderne, renforcée par
la redondance médiatique, qui place l'émotion au centre
du langage politique et des éventuelles décisions de nos
responsables. Je prends pour indice l'abondante littérature caritative
qui, chaque matin, se rajoutant au matraquage tous azimuts, encombre ma
boîte à lettres et qui, au-delà de mes impôts,
réclame mes sous pour les éclopés de Patagonie, les
filles-mères du Kamchatka, les affamés du désert
de Gobi, les unijambistes de la Papouasie, etc. Victime de ma sensibilité,
portée à une intensité que je ne me soupçonnais
pas, chaque demande m'arrache des soupirs d'impuissance et des larmes
de compassion. Et si je laissais libre cours aux débordements de
mon cœur, je ne tarderai pas, en revanche, à assécher un
compte en banque à peine suffisant à ma survie. Alors, afin
d'être implacablement juste, j'ai pris la déchirante décision
de confier, sans discrimination, à la corbeille à papier,
le soin de régler mes élans de bonté en apaisant
les remords d'une fragile conscience.
Autre manifestation de la culture gnian-gnian : l'humanitaire. Ah ! le
beau mot, riche en intonations suaves, déclencheur de sentiments
directement issus du cœur, là où se tapit l'amour du prochain
toujours prompt à se mobiliser.
À propos de mobilisation, j'apprends, non sans fierté, qu'un
contingent de l'armée française est envoyé en Afghanistan
pour " sécuriser " nos nouveaux amis, les Afghans encore
effarouchés par le souvenir traumatisant des talibans. Nos braves
soldats humanitaires, aux larges épaules, au regard décidé
et au crâne rasé, bardés telle une panoplie, de gadgets
guerriers, vont dans des contrées exotiques, aider la veuve et
l'orphelin, secourir les estropiés, donner le biberon là
où les seins n'ont plus de lait, assurer la bonne circulation des
bicyclettes et des troupeaux aux carrefours, bref, exporter la paix de
chez nous en faisant la guerre à la guerre.
Autrefois, le héros était le para ou le sous-marinier, il
a, aujourd'hui, changé de statut en laissant humblement la place
au brancardier, au piou-piou non-non spécialisé dans le
pou-pou et qui sera décoré dans l'Ordre National du gnian-gnian
(et dont le Grand Maître est vous savez qui). Oui, j'ai à
présent toutes les raisons d'être fier d'être Français.
Ai-je dit Français ?
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