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Yves-Marie LAULAN

Jacques Chirac
et le déclin français

1974-2002
Trente ans de vie politique
premier bilan

Fr.-X. de Guibert
235 pages - 120 F

 

 

 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com 24 novembre 2001

 

Déclin français :le réquisitoire d'Yves-Marie Laulan

Alain Dumait

Yves-Marie Laulan est connu d'un bon nombre de nos lecteurs. Pour les autres, indiquons que cet économiste de 67 ans a fait une partie de sa carrière dans les organismes internationaux avant de devenir banquier. Il a également été chargé de cours dans différentes universités et à l'Institut d'études politiques de Paris.
Dans son dernier ouvrage, " Jacques Chirac et le déclin français (1974-2002) ", il s'efforce d'établir le bilan global des trente dernières années de notre vie politique.
Le plan de son ouvrage repose sur un balancement saisissant : pendant cette période funeste, la France descend les marches du déclin (première partie). Dans le même temps, un certain Jacques Chirac gravit les marches de la présidence… (deuxième partie).
Yves-Marie Laulan connaît personnellement Jacques Chirac. Il a eu l'occasion de travailler avec lui, d'abord comme directeur général du Crédit Municipal de Paris puis comme secrétaire national aux questions économiques du RPR. Mais Yves-Marie n'étant pas énarque, l'idylle entre les deux hommes ne pouvait pas, bien sûr, durer très longtemps.
Dans ces conditions, on pouvait craindre que l'auteur se laisse aller à quelque ressentiment. Il n'en est rien.
La moitié de l'ouvrage est consacrée à cette période que Nicolas Baverez a appelé les " trente piteuses ", marquée par un déclin économique, par le déclin de nos armées, par le déclin de notre politique étrangère, par le déclin démographique. Dans un contexte de déclin politique. Avec pour conséquences un déclin sociétal global.
Sans doute objectera-t-on qu'il eut été possible de trouver, comme en contrepoint, des éléments positifs, et
même susceptibles de justifier une certaine fierté. Mais l'auteur aurait beau jeu de faire remarquer qu'il s'agit toujours de progrès ou de succès vis-à-vis desquels les hommes politiques de droite comme de gauche, n'ont eu à peu près aucun rôle à jouer. Même s'ils leur arrivent de s'approprier, bien à tort, tel ou tel succès sportif, scientifique, ou culturel. Yves-Marie Laulan n'aborde que les questions dont les politiciens sont directement responsables. Et, il nous démontre que, sur cette longue période, leur responsabilité est immense. En particulier, s'agissant de l'insécurité. Où l'on retrouve, comme pour l'emploi, une France coupée en deux : avec d'un côté, des quartiers résidentiels et de l'autre, des quartiers abandonnés, dans une indifférence quasi générale.
Après avoir décrit et mesuré les diverses manifestations du déclin français, Yves-Marie Laulan cherche à en examiner les causes. C'est alors qu'apparaît Jacques Chirac, dont le rôle est évidemment différent selon les périodes, au cours du septennat de Valérie Giscard d'Estaing, au cours des deux septennats de François Mitterrand et depuis que l'intéressé occupe le Palais de l'Elysée.
Les événements de la période 1974-1976 sont encore aujourd'hui souvent évoqués par les observateurs politiques. Valéry Giscard d'Estaing n'aurait sans doute pas été élu Président de la république en 1974 sans le renfort d'une partie du mouvement gaulliste emmené par le jeune Jacques Chirac, ancien protégé de Georges Pompidou. Puis, entre les deux hommes, la méfiance s'installa et ce fut l'affrontement, marqué par l'unique démission, dans ces conditions, d'un Premier ministre dans l'histoire des institutions de la cinquième république.
Yves-Marie Laulan insiste sur les trois réformes - dont Chirac et Giscard d'Estaing sont également responsables - qui sont largement à l'origine des déboires des années suivantes. Il s'agit du regroupement familial institué par un décret du 29 avril 1976, qui, 25 ans après, a forgé le paysage de l'immigration en France. Il s'agit de la loi Weil sur l'avortement, votée le 20 décembre 1974 dont les effets sur la composition de la population française seraient du même ordre, selon l'auteur, que ceux du regroupement familial, mais en termes inverses, c'est-à-dire cette fois-ci en déficit démographique. C'est enfin l'institution du collège unique avec la réforme Haby, qui a abouti à un nivellement de l'enseignement par le bas et à une amplification des phénomènes de violence.
Yves-Marie Laulan se retient d'être féroce. Même s'il trouve que " Jacques Chirac aura été un bon maire de Paris, un Premier ministre médiocre et un Président inexistant… ". Dans sa conclusion, l'auteur fait une comparaison entre le septennat qui s'achève et Loft Story : le public ne quitte pas des yeux les intéressés ; dans les deux cas, les personnages risquent à tout moment d'être éliminés ; pour autant, il ne se passe rien d'important. ..
Or, le public a adoré Loft Story. " Il ne peut donc que se prononcer massivement en faveur du candidat qui s'identifie si bien à cette réalisation télévisée… "




Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com