Retour

 

 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com 24 novembre 2001

L'homme du " peuple européen "
Alain Dumait


Quand nous nous retrouverons, l'année prochaine, nous aurons tous, bon gré mal gré, changé nos francs contre des euros. Aurons-nous lieu de nous en réjouir ? Rien n'est moins sûr
Il y a d'abord les problèmes techniques, de la conversion pratique et de l'échange physique, dont les difficultés sont considérables, mais dont on nous a suffisamment rebattu les oreilles.
Il y a surtout, pour tout un chacun, la question fondamentale de la valeur de l'euro. Depuis que la monnaie unique a été instituée, le 1er janvier 1999, l'euro a perdu environ 24 % de sa valeur par rapport au dollar, qui, avec la disparition des monnaies nationales européennes, a achevé de s'affirmer comme l'unique monnaie universelle contemporaine.
Le discours officiel des européistes inconditionnels consiste à dire que l'euro sera un symbole fort de l'unité européenne. Et même une étape irréversible. Il est permis d'en douter
Si l'euro est bien un facteur de prospérité, ce sera le cas. Mais sinon, ce sera l'inverse. Car jusqu'à présent, si le SME puis l'euro ont sans doute été efficaces pour juguler l'inflation, cela s'est fait au prix d'autres dérives. Comme le notait récemment très pertinemment Jean-Pierre Robin, dans le Figaro-Economie, sans l'euro la France n'aurait sans doute pas pu faire cavalier seul avec obstination en vue d'instaurer les 35 heures obligatoires. Sans l'euro, il y aurait eu, comme en 1983, un coup de tabac monétaire et probablement une dévaluation du franc. Grâce à la solidarité de l'euro, couvert par ce parapluie, les socialistes français ont pu continuer à jouer au Meccano. Ils ont pu aussi élargir année après année les déficits publics. Ils sont restés en effet les maîtres de la politique fiscale (voir l'article de Bernard Trémeau page 2). Et ce sont l'ensemble des pays européens, membres du système euro qui ont payé la note : d'une part sous la forme d'un affaiblissement de la valeur de la monnaie unique et aussi sous la forme d'une fuite des capitaux qui a affecté tout spécialement notre pays. Avec l'euro, les crises violentes de dévaluation qui constituaient les conséquences inévitables de l'inflation ont été remplacées par un cancer beaucoup plus pernicieux qui prend la forme d'un transfert permanent de nos forces vives, capitaux financiers et capitaux humains, vers des cieux plus cléments. Avec ou sans euro, la rigueur de la gestion, qui passe par la disparition des déficits et par la réduction des dépenses publiques, et le préalable à tout processus de prospérité économique.
L'euro n'est pas non plus irréversible. Certes, un pays qui demain déciderait d'abandonner l'euro pour revenir à la lire ou au franc prendrait une décision grave. Mais de nombreux exemples nous sont soufflés par l'histoire contemporaine. Qui aurait imaginé, par exemple, qu'un certain jour de 1966, la France quitterait l'organisation militaire de l'Otan dont elle avait signé le pacte fondateur le 4 avril 1949 ? Ce qu'un traité a fait, un autre peut toujours le défaire. Avec l'euro, l'Europe a évidemment mis la charrue avant les blufs. Ni le dollar américain, ni la lire italienne n'ont précédé la formation des USA ou de l'Italie moderne.
Il faut donc remettre l'Europe politique à l'endroit. C'est la mission qui vient d'échoir à Valéry Giscard d'Estaing, 75 ans, nommé samedi dernier, par le Conseil européen de Laeken, président de la Convention sur l'avenir de l'Europe.
Le choix de l'ancien Président de la République française, au-delà des petites motivations politiciennes qu'avaient en tête Lionel Jospin et Jacques Chirac, peut sembler excellent. Vge, au sens courant du terme, est un parfait européen. Son amitié affichée avec Helmut Schmidt fut le symbole de sa ligne. Et parmi les anciens chefs d'Etats, il était le seul à être encore " en activité ".
La convention qu'il préside doit jouer le rôle d'une assemblée constituante, afin de doter l'Europe de véritables institutions avant 2004 et l'élargissement de l'union à douze autres pays.
La tâche est considérable. On a vu, le week-end dernier, à quel point les débats européens avaient désormais une forte propension à s'engluer dans des chamailleries mesquines. Parvenir à trouver un consensus sur les nécessaires institutions européennes tiendrait du prodige…
Mais ce n'est pas tout. Encore faut-il que les peuples, qui n'ont jamais été une seule fois consultés sur l'Europe depuis 1992, adhèrent à ce nouveau projet. Et c'est là que Valéry Giscard d'Estaing souffre d'une faiblesse congénitale. Il est le prince des technocrates. Comme disait le Général de Gaulle " son problème, c'est le peuple ". Et c'est celui-ci qui tranchera. Surtout si on continue d'avoir peur de le consulter.

 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com