Même s'il faut attendre encore quelques jours la déclaration
officielle de candidature de Lionel Jospin, aujourd'hui, à peu
près tous les éléments de la pièce qui va
se jouer les 21 avril et 5 mai prochains sont en place. On connaît
les candidats, dont certains, du fait d'une réglementation extravagante,
ne seront que candidats à la candidature, dans la mesure où
ils ne trouveront pas, au cours des cinq prochaines semaines, les 500
signatures de parrainage qui leur sont nécessaires. Reste à
prendre connaissance de leurs propositions pour la France.
D'ores et déjà, au point où nous en sommes de la
campagne, plusieurs éléments d'information émergent,
qui ne sont plus niés par personne alors qu'ils étaient
dans l'ombre ou le flou jusqu'à présent.
J'en aperçois au moins quatre :
- au plan économique, la France a reculé sensiblement depuis
dix ans. On nous bassinait les oreilles, il y a encore quelques mois,
sur le mythe de la France, troisième puissance économique
du monde. Sur le critère objectif du revenu par tête d'habitant,
en euros, nous sommes, hélas ! dans le peloton de queue.
- les faux emplois créés sous différentes formes
depuis 15 ans, puis les 35 heures inventées il y a cinq ans, ont
abouti à ce qui était parfaitement prévisible : une
augmentation du coût du travail, donc une diminution de la compétitivité,
ainsi qu'à une démobilisation de la population en âge
de travailler. Sur le critère de la population active effectivement
au travail, plutôt qu'au chômage, sur des parkings sociaux,
en retraite ou en pré-retraite, la France est la lanterne rouge
de l'Occident.
- certaines réformes de structures sont au point mort depuis longtemps,
en particulier, le problème de plus en plus dramatique du financement
des retraites. Mais il y a aussi le poids et la réforme de la fonction
publique, la réorganisation générale de l'État
- le spectre de l'insécurité, en quelques mois, et tout
particulièrement depuis le début de cette campagne électorale,
s'est faufilé au tout devant de la scène des préoccupations
légitimes de Français. C'est maintenant une personne sur
deux, quasiment chaque ménage qui, chaque année, est victime
d'un vol, d'une agression ou d'un délit !
Tous les candidats auront à coeur, c'est sûr, de répondre
à ces préoccupations majeures des Français. Mais
ils seront aussi, c'est certain, très inégaux, d'une part
en terme de reprises médiatiques, d'autre part en terme de crédibilité.
Crédibilité et
médiatisation
Malgré les contrôles tatillons du Conseil Supérieur
de l'Audiovisuel, les télévisions ne traitent pas sur un
pied d'égalité les différents candidats. C'est vrai,
a fortiori, pour les autres médias, radios et presse écrite.
Il y a les deux champions. Il y a les deux challengers, Jean-Marie Le
Pen et Jean-Pierre Chevènement, puis un autre peloton constitué
de candidats s'appuyant sur des formations politiques classiques, et les
autres, dont l'engagement est le fruit d'une décision personnelle,
qui visent - et cela est parfaitement honorable, et peut-être très
utile - à populariser un thème, à mettre l'accent
sur un aspect particulier des réformes qu'il convient d'engager.
Inégaux dans leur capacité à se faire entendre, les
candidats le sont aussi sur le terrain de la crédibilité.
Mais, juste retour des choses, les candidats qui se font le mieux entendre
(pour l'instant) ne sont pas forcément ceux qui sont le plus crédibles
Dans toutes les démocraties, un président sortant qui se
représente ne peut l'emporter qu'à la condition d'avoir
un bilan incontestablement bon. On ne peut pas dire que ce soit le cas
de Jacques Chirac. Mais il se trouve, du fait de cette singulière
cohabitation, que son principal challenger est également dans la
position d'un sortant, avec un bilan qui ne devrait pas lui valoir de
nouvelles sympathies par rapport à celles qu'il avait rassemblées
sept ans plus tôt.
C'est le paradoxe de la situation politique à neuf semaines du
premier tour de l'élection présidentielle. Les deux candidats
dominants sont finalement les moins crédibles. D'où l'insatisfaction
générale des électeurs, qui apparaît dans toutes
les études d'opinion. D'où le caractère très
ouvert de cette compétition. Au bénéfice de l'un
ou l'autre des challengers