Une élection présidentielle n'est ni un concours de beauté,
ni un radio-crochet, où l'on peut se laisser guider par ses seuls
sentiments ou impressions pour applaudir tel ou tel. Il s'agit, au premier
tour, de participer sérieusement à la désignation
des deux concurrents qui s'affronteront au deuxième tour pour
le titre de Président de la République française
pour cinq ans.
Or il n'y a plus, déjà, que trois candidats ayant des
chances réelles d'être présents au deuxième
tour : ce sont Jacques Chirac, Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen.
Pour ma part, comme je souhaite ne pas avoir à choisir au deuxième
tour entre Chirac et Jospin, je voterai Le Pen au premier tour !
Vous remarquerez que le fait de rajouter Jean-Pierre Chevènement
- qui paraît patiner - au trio de tête ne change rien au
raisonnement : au premier tour, ce ne sera ni Chirac, ni Jospin. Et
pour que mon bulletin ne soit pas perdu, il ira au seul candidat de
droite (hors Chirac) qui a une chance de figurer au deuxième
tour. Voter Madelin, par exemple, c'est peut-être voter pour ses
idées, et c'est important ; mais ce n'est pas voter pour un candidat
qualifiable pour le deuxième tour. C'est peut-être injuste,
mais c'est comme ça !
Je sais bien que Jean-Marie Le Pen se présente lui même
comme un candidat " national-souverainniste ". Mais je prétends
que la dimension libérale, ne lui en déplaise peut-être,
est loin d'être absente de son discours et de son programme.
Libéral, il l'est d'abord au plan philosophique. Sa conception
de la démocratie représentative est dans la ligne des
penseurs libéraux français, nommés Montesquieu
ou Tocqueville.
Libéral, il l'est ensuite au plan économique. Bien sûr
je ne peux pas approuver ses idées protectionnistes, ni son interventionnisme
social. Mais - et c'est l'essentiel - sur le terrain de la liberté
d'entreprendre, de l'excès de la dépense publique, de
ce qu'il a appelé le fiscalisme, il a toujours été
impeccable. Il est l'adepte de Ronald Reagan, qui disait à l'État
: " Descends de mon dos et enlève tes mains de mes poches
! ". Et quel autre homme politique français ose encore se
référer à Margaret Thatcher ou à Ronald
Reagan, comme il le fit, il y a quelques jours, sur Radio-Courtoisie,
dans l'émission du mardi soir de Claude Reichman ?
Un homme libre
Libéral, il l'est enfin au sens le plus ordinaire du terme :
c'est un homme libre, ouvert au débat et à la contradiction.
Tout le monde sait bien que ce n'est pas principalement de son fait
si le FN est isolé, et si, pour cette raison, la droite majoritaire
dans l'opinion se retrouve souvent minoritaire à l'Assemblée
Nationale ou ailleurs. Tout le monde sait bien que cette stratégie
inique, perverse et suicidaire pour la droite comme pour la France est
principalement celle d'un certain Jacques Chirac !
Coupé qu'il est d'une partie importante de la droite, des 15
à 20 pour cent des citoyens libres de ce pays qui votent pour
le Front National ou qui s'en sentent proches, le candidat Chirac est
contraint d'aller chercher une partie de ses voix à gauche.
S'il en fallait une énième confirmation, elle nous serait
apportée par le choix comme porte-parole du candidat de Roselyne
Bachelot, qui n'a jamais manqué une occasion de voter contre
son camp (PACS, mesures favorables aux homosexuels, sécurité,
arrêt Perruche)
Une autre considération dicte mon choix : sur la sécurité
et l'immigration, Le Pen a été le plus lucide et le plus
clairvoyant de tous nos hommes politiques. Il avait vu et compris que
l'immigration massive de populations exogènes difficilement assimilables
correspondait à une invasion, et que toujours une invasion conduit
à de profonds et douloureux bouleversements. L'histoire nous
l'enseigne. Le sociologue Gustave Le Bon l'a détaillé
dans son ouvrage " Psychologie des foules " (1896). C'est
si vrai que le discours de Le Pen qui paraissait outrancier à
certains, il y a quinze ans, est aujourd'hui simplement réaliste
et repris d'ailleurs par un grand nombre d'observateurs, ce qui ne les
empêche pas d'être toujours autant anti-Le Pen
Telles sont les raisons pour lesquelles, la semaine dernière,
le jeudi 21 février 2002, j'ai accepté de prendre la parole
devant une assemblée du Cercle national des préretraités
et retraités, proche du Front National, à une tribune
où figurait Jean-Marie Le Pen, pour dire ce que je viens de résumer.
C'est mon choix pour le premier tour. Je vous l'indique. Non seulement
je ne le dicte à personne, mais je veillerai personnellement,
jusqu'au 21 avril, et au-delà, à ce que des points de
vue divers continuent à s'exprimer dans ces colonnes, ouvertes,
je le rappelle, à toutes les opinions se réclamant de
la droite. Pour le deuxième tour, on verra à partir du
22 avril.