Disparité
Sur le mois de février, Jacques Chirac et Lionel Jospin ont bénéficié
respectivement de 6 heures et 9 minutes et de 6 heures et 30 minutes de
temps d'antenne. Jean-Pierre Chevènement a totalisé 1 heure
et 5 minutes et Jean-Marie Le Pen 28 minutes…
TF1
Gérard Glem, PDG de Glem, envisage de produire une nouvelle émission
pour TF1. Elle serait intitulée " Une journée d'enfer
", animée par Pascal Selem. Gérard Glem décrit
ainsi le principe : " On pourrit la vie d'un anonyme sous l'œil de
caméras cachées " !
Médiatisation
Jacques Chirac et Lionel Jospin captent 34,3 % et 31,8 % de la visibilité
de l'ensemble des personnalités politiques. Élisabeth Guigou
est la femme politique dont les Français ont le plus entendu parler
ces deux derniers mois, mais elle ne recueille que 13 % de l'attention
portée à Lionel Jospin.
Fracture
Au lieu de se combler, la " fracture numérique " aurait
tendance à s'amplifier. Le haut débit gagne, en effet, du
terrain, tandis que les trois-quarts des Français non encore connectés
n'ont pas l'intention de s'équiper. 39 % des Français pensent
que " dans dix ans, tout le monde utilisera internet ", contre
42 % qui affirment que cela restera réservé à "
une partie de la population ".
Chute
Payés 39 milliards d'euros, Canal + et Seagram viennent de voir
leur valeur réduite du tiers dans les comptes de Vivendi.
Web-presse
Le site internet du " Monde
" reste en tête des sites de presse les plus lus par les internautes
avec plus de 4,3 millions de visiteurs mensuels, devant le site des "
Échos "
(1,9 millions) et le " Nouvel
Observateur " (780 000).
France 3 a diffusé les 4, 5 et 6 mars un documentaire de Patrick
Rotman intitulé " L'Ennemi intime " et consacré
à la guerre d'Algérie et au problème de la torture.
La plupart des témoins, qui participèrent aux événements
à des titres divers, étaient émouvants, honnêtes
et n'avaient d'autre but, semble-t-il, que de concourir à la manifestation
de la vérité tout en soulageant leur conscience.
Je ne partage pas l'accusation prononcée par le général
Schmitt au commencement du débat, affirmant que ce film s'intégrait
dans une opération visant à discréditer l'armée
française. Et je ne ferai pour ma part aucun procès d'intention
à Patrick Rotman, qui m'a paru être un homme sincère
et de bonne foi.
Il n'en reste pas moins que la succession des témoignages enregistrés,
relatant des faits particuliers vécus, observés ou accomplis
par les participants, donne finalement au spectateur mal informé
l'impression confuse que la torture et les exécutions sommaires
furent, de la part des soldats français, une pratique courante
et constante durant les huit années de la guerre d'Algérie.
Un témoin affirmait même que les exactions que lui et ses
compagnons avaient commises avaient eu lieu partout en Algérie,
allant jusqu'à proférer cette monstruosité : "
Il n'y a pas un appelé en Algérie qui n'a pas torturé
".
Ce témoin, dont je n'ai malheureusement pas retenu le nom, devrait
faire l'objet d'un examen psychologique. Il m'a semblé, en effet,
partagé entre deux sentiments contradictoires : la propension à
une vantardise malsaine concernant ses propres forfaits, immédiatement
suivie d'une relative culpabilisation, dont il a peut-être voulu
se dédouaner en banalisant à l'extrême des actions
inqualifiables qui n'ont pu être qu'exceptionnelles.
Je crains malheureusement que le réalisateur du film n'ait pris
ses propos pour argent comptant et je crains surtout que les téléspectateurs,
les amalgamant avec ceux des autres témoins, n'en retiennent finalement
qu'une synthèse grossière se traduisant ainsi : les appelés
du contingent (soit deux millions et demi de jeunes Français s'étant
succédés en Algérie) ont tous pratiqué habituellement
le meurtre, le viol et la torture.
Or ceci, est-il besoin de le dire, ne contient pas l'ombre d'une vérité.
Je vous laisse imaginer le parti que les agitateurs islamistes vont pouvoir
tirer de ce film qu'ils ont sans doute soigneusement enregistré.
Cet " Ennemi intime " va rendre de grands services à
l'ennemi intérieur.
Je ne puis témoigner que de ce que j'ai vu et vécu, au cours
de mes 30 mois de service militaire en AFN. Appelé sous les drapeaux
en juin 1954, sorti aspirant en 1955 de l'école d'officiers de
réserve de Cherchell, je fus affecté au 51e RI où
je terminai mon service comme sous-lieutenant à la fin de 1957.
Je fus donc, durant près de deux années, chef de section
dans le Nord-Constantinois. Et je puis certifier qu'à aucun moment
les hommes de ma compagnie (celle-ci stationnant en poste isolé,
je ne peux parler que pour elle) ne se sont livrés à quelque
exaction que ce soit sur la population environnante, ni sur de supposés
" suspects ", pas plus d'ailleurs qu'en opération lointaine,
si j'excepte quelques vols de poulets qui ont pu se commettre à
l'insu des officiers dans des villages désertés.
Comme personne ne me fera croire que la compagnie dans laquelle je servais
était exceptionnellement composée d'enfants de chœur commandés
par des saints, j'incline à penser que ce comportement fut le plus
généralement observé par les unités ordinaires
de l'armée française. Certes, je peux imaginer qu'il put
en aller différemment dans certaines unités plus engagées,
comme, par exemple, les régiments parachutistes durant la "
bataille d'Alger ", ou encore par certains groupes spécialisés
en interrogatoires et réunissant militaires et policiers.
Mais prétendre généraliser ces actions et les faire
endosser à toute l'armée, dans toute l'Algérie, serait
totalement inacceptable.
Je précise, afin de n'être pas suspecté de partialité
militarophile, que je suis un démocrate libéral qui a toujours
condamné le colonialisme et l'impérialisme et qui considère
la guerre d'Algérie comme l'une des plus grandes sottises jamais
commises par notre pays. La responsabilité en incombe entièrement
à notre calamiteuse classe politique de droite ou de gauche, et
plus particulièrement au gouvernement socialiste de l'époque.
Si nous avions eu l'intelligence, dès la fin de la seconde guerre
mondiale, d'amener progressivement et démocratiquement l'Algérie
à l'autonomie, combien de tragédies eussent pu être
évitées et combien d'autres le seraient encore !