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Article du journal Les 4 vérités Hebdo , http://www.les4verites.com

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Alain Dumait

À chaque élection présidentielle, selon le mode de scrutin actuel, c'est-à-dire depuis 1965, les électeurs paraissent modifier leurs comportements pré-électoraux. Ils tiennent compte, semble-t-il, de plus en plus, des 4 ou 5 sondages hebdomadaires qui, à mesure qu'on s'approche du premier tour, donnent une approximation toujours améliorée du résultat. Ils concentrent leurs intentions de vote sur les trois ou quatre candidats qui arrivent en tête, selon ces prévisions.
Du coup, les intentions de vote recueillies par les candidats suivants sont loin de refléter le poids moyen de leur famille politique dans l'opinion.
Spontanément la plupart des électeurs votent " utile ". Ce qui veut dire qu'ils ne votent pas forcément pour le candidat le plus proche de leur préférence idéologique ou partisane. Mais pour celui qui, à leurs yeux, a le plus de chance de défendre leurs couleurs au deuxième tour. Comme si le rôle du premier tour était désormais tenu par les sondages, le scrutin du 21 avril lui-même n'étant qu'un simple préliminaire au duel attendu du deuxième tour, le 6 mai.
On peut d'ailleurs s'interroger sur l'intérêt de conserver une élection à deux tours. Si la réforme constitutionnelle de 1962 a retenu le principe d'un scrutin à deux tours, c'est parce que celui-ci avait déjà été retenu en 1958, pour les élections législatives. Or, ce choix n'était ni celui du Général de Gaulle, ni celui de son Premier ministre de l'époque, Michel Debré. Tous les deux étaient favorables, au contraire, à un scrutin uninominal à un seul tour. Et c'est seulement pour complaire à son ministre d'État de l'époque, un certain Guy Mollet, par ailleurs secrétaire général de la SFIO, qu'ils firent la concession d'accepter le scrutin à deux tours. Cette disposition résulte donc, déjà, des perversions d'une première cohabitation…
La restauration de nos institutions, dans l'esprit des fondements de la Ve République, justifierait que l'on adopte, conformément aux préférences de ses fondateurs, le scrutin à un seul tour. Celui-ci, sur le moyen terme, contraindrait les formations politiques à se regrouper ou à se fédérer. Le caractère bipartisan de la vie politique aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, repose essentiellement sur cette donnée.
Pour des raisons dont je me suis déjà expliqué dans ces colonnes (mes deux dernières chroniques), je voterai pour Jean-Marie le Pen le 21 avril. C'est mon choix. Il résulte de mes préférences et de mes convictions. Je tenterai de le faire partager par le plus grand nombre des électeurs de droite de ce pays.
Pour autant, je respecte profondément les choix de mes amis et de mes autres concitoyens en faveur d'autres candidats de droite. Dans la mesure où ils s'inscrivent clairement dans le clivage droite-gauche, les colonnes de cette revue leur seront toujours ouvertes.
Au plan des préférences et des convictions, je comprends très bien que l'on puisse envisager de voter pour Madelin, pour Bayrou ou pour Pasqua. Mais au plan de l'utilité, par rapport au résultat final du deuxième tour, sur lequel je me suis placé, je pense que ce ne sont pas de bons choix.
Les sondages confirment que seul Jean-Marie le Pen a encore une chance, peut-être faible mais réelle, de figurer au deuxième tour. Et ainsi, de nous faire échapper à la confrontation 100 % énarchienne, à la fois creuse et cauchemardesque, entre un Premier ministre sortant toujours de gauche mais de moins en moins socialiste, et un Président de la République sortant qui se refuse toujours, notons-le en passant, à se dire de droite.
Bien sûr, un certain nombre de mes correspondants contestent le caractère vraiment utile d'un vote Le Pen au premier tour. Les uns me disent : ce serait la guerre civile ; les médias et l'establishment ne le supporteraient pas… Pour ma part, et pour l'instant, je me refuse à envisager une telle hypothèse, dont le seul énoncé pourrait d'ailleurs avoir l'effet inverse de celui souhaité…
D'autres avancent un autre argument : si Le Pen était l'adversaire de Lionel Jospin au deuxième tour, celui-ci l'emporterait (selon eux) facilement sur son adversaire.
Mais, autant les sondages sont fiables pour les indications qu'ils donnent pour le premier tour, autant ils le sont moins pour leurs indications sur le deuxième tour. Une telle surprise aurait, sur l'opinion, des conséquences que les études d'opinion ne peuvent pas appréhender, en tout cas pas avant le soir du premier tour.
Et si l'élection présidentielle a principalement pour but de désigner un chef de l'État pour cinq ans, elle a aussi pour fonction de structurer la vie politique, de préparer les élections législatives qui suivront, d'inciter les formations politiques à se réorganiser et à se réformer. À cet égard, qu'il soit présent ou non au deuxième tour, le score de Jean-Marie le Pen peut être un utile aiguillon.


Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com