Un jour, c'est Jacques Chirac qui prétend réduire les dépenses
publiques sans réduire le nombre de fonctionnaires et garantir
pour l'avenir le paiement des retraites par répartition sans relever
l'âge de la retraite. Et le lendemain, c'est Lionel Jospin qui prétend
pouvoir
financer l'allocation d'un revenu minimum pour les jeunes de 18 à
25 ans, tout en réduisant les impôts et en ramenant le
budget de l'État à l'équilibre d'ici la fin de
l'année 2004 L'analyse critique des propositions des deux candidats
est rendue impossible par la question préalable de leur crédibilité,
en particulier s'agissant de la gestion des finances publiques qu'ils
ont pratiquée, l'un et l'autre, depuis sept ans, et même
au-delà, au titre des majorités auxquelles ils appartenaient,
depuis 20 ans et même 30 ans. C'est cette gestion calamiteuse, basée
sur un recours toujours plus massif à l'emprunt (la dette publique
a encore augmenté de plus de mille milliards de francs en cinq
ans), se traduisant par un nombre toujours plus grand de fonctionnaires,
et des dépenses publiques toujours plus importantes, qui fait que
notre pays se retrouve, pourtant après quatre années d'une
forte croissance économique, la médaille d'argent européenne
du taux de chômage, avec 9,3 % (en données européennes
harmonisées) ; seule l'Espagne fait encore moins bien.
S'agissant du recul du chômage, pierre angulaire du bilan de Lionel
Jospin, et sur la période 1997-2002, correspondant à sa
législature, nous sommes très exactement au neuvième
rang européen, ce qui signifie que huit pays ont fait mieux que
nous durant la même période, sans avoir eu besoin pour autant
de recourir aux 35 heures ou aux emplois-jeunes… Il faut d'ailleurs noter
que, selon la dernière étude de l'iFRAP, " Chômage
: quels progrès depuis 1997 ", un nouvel emploi sur six seulement,
sur la période considérée, a été créé
par le secteur marchand, le reste relevant du secteur administré.
Bref, le boulet de la sphère publique, attaché aux pieds
du secteur privé productif, s'est encore alourdi, alors qu'ailleurs,
chez nos concurrents, il avait tendance à s'alléger.
Il serait facile pour le candidat Chirac de mettre en pièce le
programme de son adversaire. Mais, cela supposerait qu'il ne soit pas,
lui et la plupart de ses lieutenants, en grande complicité intellectuelle
avec lui.
Lionel Jospin s'engage-t-il à supprimer tous les SDF au bout de
cinq ans en mettant en œuvre une politique de logements pour tous (comme
aux beaux jours des pays communistes…) ? Son adversaire lui répond
qu'il s'agit certes d'une idée généreuse mais un
peu difficile à financer et à mettre en œuvre ! Alors qu'il
faudrait évidemment, sur ce terrain, partir en guerre contre toute
résurgence d'une pensée collectiviste, toujours sous jacente
dans l'esprit d'un politicien formé par le trotskisme.
Forcément, la pratique délétère de nos institutions
aboutit à leur déformation, et, finalement, aujourd'hui,
à leur modification par rapport à la pratique qui était
celle de la Vème République, dans les années 60 ou
70.
L'élection présidentielle, sous l'effet des sondages et
de la focalisation médiatique est quasiment devenue une élection
à un seul tour. D'ailleurs, la plupart des études d'opinions
publiées n'indiquent plus que les résultats attendus le
5 mai, et occultent quasiment ceux du 21 avril.
On sait que dans la foulée, auront lieu des élections législatives.
Là, l'incertitude est totale. Comme l'un et l'autre des candidats
dominants dit souhaiter pour notre pays qu'il n'y ait plus désormais
de cohabitation au sommet de l'État, il serait donc, de leur point
de vue commun, préférable d'organiser, le même jour,
élections présidentielles et législatives.
Nous aurions alors, un système proche du modéle électoral
américain. Comme le propose Lionel Jospin, l'ensemble des mandats
électoraux pourrait être ramené à cinq ans.
Avec interdiction de tout cumul et renouvellement limité au total
à deux mandats.
Soit que les électeurs donnent une majorité au Président
de la République et on retrouve alors un fonctionnement traditionnel
de la Vème République, c'est-à-dire un régime
présidentiel de fait. Soit que les électeurs ne la lui donnent
pas. Et alors s'applique à la lettre l'article 20 de notre constitution
qui dit que " le gouvernement détermine et conduit la politique
de la nation ". Nous sommes toujours dans les institutions de la
Vème République, version littérale, avec cohabitation.
Dans ces conditions, le droit de dissolution du Président de la
République n'est plus nécessaire.
Telles sont les grandes lignes d'une réforme constitutionnelle
dont la nécessité me semble dictée par les errements
de la présente campagne. Sans oublier la suppression pure et simple
du scandale des 500 parrainages devenus impossibles à obtenir même
pour des candidats crédités de 10 à 15 % des intentions
de vote.
Attention : quand les institutions ne savent pas s'adapter, elles ne peuvent
que périr.