Les règles qui ont présidé à
la sélection de seize candidats " éligibles "
sont ineptes. Trois candidats officiellement trotskistes n'ont eu aucun
mal à trouver leurs 500 signatures quand un autre, qui recueillit
la dernière fois 4,5 millions de suffrages, a failli ne pas les
obtenir Les règles de notre pseudo-démocratie sont la
risée de l'étranger. Et autant de candidats, auxquels
les médias audiovisuels doivent faire une part strictement égale,
c'est beaucoup trop !
Il faut changer ces règles, qui ont fait la preuve de leur perversité.
Et, comme on ne peut ni les durcir, ni les adoucir, il faudra en trouver
d'autres.
Puisque, depuis 1990 et les premières lois sur le financement
des partis politiques, ce sont les résultats aux élections
législatives qui servent de base au calcul de la dotation publique,
seul nerf de la guerre, pourquoi ne pas réserver la possibilité
de se présenter aux seuls candidats issus de formations politiques
ayant obtenu au moins 5 % des suffrages aux élections législatives
précédentes ? (C'est le sens de la proposition de loi
présentée par le député RPR Jean-Louis Masson).
On objectera que les candidats n'appartenant pas à une formation
politique seraient ainsi éliminés. Mais, de fait, c'est
déjà le cas.
On observera que ce serait favoriser l'émiettement des candidatures
au premier tour des législatives. Mais c'est déjà
fait ! En 1997, il y avait couramment vingt candidats ou plus par circonscription.
Cette fois-ci, les 9 et 16 juin, on peut s'attendre à ce qu'il
y en ait plus de trente !
On en conclura que ce serait remettre les élections législatives
à une place de clé de voûte de notre système
représentatif. Mais ne serait-ce pas, en effet, préférable
à notre pratique constitutionnelle hypocrite actuelle ?
On s'excuse d'avoir à rappeler les principes de la Constitution
de la Ve République, tels qu'ils ont été voulus
et expliqués par le général de Gaulle, tels qu'ils
ont été et sont approuvés par la majorité
des Français, et tels qu'ils n'ont pas été appliqués
ni par François Mitterrand, ni par Jacques Chirac.
Ces principes sont faciles à résumer : le président
préside le Conseil des ministres. Et il peut le faire comme il
l'entend. S'il veut exercer directement le pouvoir, il ne peut le faire
qu'en ayant recours à l'article 16, si les circonstances le lui
permettent. C'est lui, et lui seul, qui dispose du droit d'interroger
les Français par référendum sur toutes les questions
importantes. Mais, autrement, le pouvoir exécutif est entièrement
dans les mains du Premier Ministre (article 20). C'est donc le chef
de la majorité parlementaire qui tient dans ses mains la réalité
du pouvoir. On l'a bien vu avec les trois périodes de cohabitation
acceptées lâchement par les deux derniers présidents
Issu d'une campagne médiocre - au point que l'échéance
se rapprochant, ce ne sont pas plus mais moins d'électeurs qui
se disent intéressés et déterminés-, celui
qui sera élu de justesse le 5 mai, devra ensuite affronter l'épreuve
des élections législatives, qui sont encore plus incertaines.
Car tout est possible, aussi bien le 21 avril, le 5 mai que le 16 juin
!
À dix jours du premier tour de l'élection présidentielle,
deux scénarios seulement demeurent plausibles : on aura droit,
pour le 5 mai, à un duel Chirac/Jospin. C'est le plus probable.
Ou bien à un duel Chirac/Le Pen. Ce n'est pas à exclure
(hypothèse évoquée ici dès le 24 novembre
dernier !).
C'est d'ailleurs à ce résultat que les médias et
les instituts de sondage commencent à préparer l'opinion
quand ils nous disent : " Jospin se tasse et passe en dessous de
la barre des 20 % " ; " Chirac se maintient dans la zone des
21-22 % " ; " Chevènement décroche et se retrouve
à 6 % " ; " Le Pen remonte à 13 % ". Or
BVA, dont nous reprenons les chiffres sur ce point, ne créditait
le président du Front National que de 4 % en septembre 2000,
de 7 % en mars 2001 et de 9 % en novembre dernier
Les instituts d'études d'opinion reviennent à l'observation
d'éléments fondamentaux qu'ils ont un moment cru pouvoir
ignorer. Il ne pouvait pas y avoir concomitance entre l'émergence
d'un vote de gauche extrême (nouveaux trotskistes), révolutionnaire
(Laguiller) ou contestataire (Chevènement), et le maintien de
Jospin à un niveau élevé, sauf à prétendre
à un renversement du rapport droite gauche, traditionnellement
favorable à la première
La France n'est pas majoritairement socialiste, et qui plus est de la
version la plus archaïque du socialisme. Seules les divisions de
la droite ont donné le pouvoir au PS. La droite ne s'est pas
réunie, hélas ! Mais la gauche s'est, à son tour,
divisée.