Comme la France révolutionnaire de Robespierre a prétendu
l'enseigner au monde entier, les ennemis de la liberté ne méritent
pas de bénéficier eux-mêmes de la liberté,
à commencer par la liberté d'expression. C'est à
la mise en oeuvre de ce principe universel que se reconnaissent, depuis
lors, les partisans du totalitarisme, sous une forme ou sous une autre.
Aujourd'hui, en France, c'est donc un déchaînement de haine
et d'intolérance qui s'abat sur notre pays et recouvre la totalité
du débat politique.
Les médias, et, en particulier, les radios et les télés,
ont remisé toute apparence d'objectivité. Chaînes
publiques et privées font surenchère d'anti-lepénisme.
À Canal +, on se fait gloire de priver de parole l'un des deux
candidats du deuxième tour. Même la presse écrite
spécialisée se laisse entraîner dans ce tourbillon.
La presse économique et financière dénonce, sur un
ton polémique, les " incohérences " du programme
du Front National avec des termes et une outrance qu'elle n'employait
même pas pour présenter le programme d'étatisation
généralisée de feu le programme commun de la gauche…
Toute apparence démocratique vole en éclats. Jacques Chirac
a donné l'exemple en refusant une confrontation directe avec son
adversaire légitime. Dans la foulée, les médias ont
bouleversé leur programme de couverture de la campagne du deuxième
tour des élections présidentielles. Un journaliste comme
Emmanuel Chain, animateur de Capital sur M6, jurait ses grands dieux qu'aucune
pression ne le ferait renoncer à sa nouvelle émission "
cinq ans avec lui ". Dès l'annonce du résultat du premier
tour, elle passait à la trappe… Le très sérieux institut
de sondage BVA déclare ne pas être en mesure de mener des
études d'opinion électorale parce qu'il ne saurait pas comment
interroger les électeurs…
Dans cette ambiance, tous les corps constitués sont sommés
de prendre position, et le font. Tous dans le même sens. Tous pour
Jacques Chirac !
La guerre civile française, dont le développement doit beaucoup
au comportement politique de Jacques Chirac, est désormais bien
engagée. Quelques centaines de milliers de manifestants, manipulés
par des groupuscules et des fabricants d'images, détiendraient
davantage d'autorité morale que cinq millions d'électeurs.
Au-delà de ce constat, il faut d'urgence trouver une réponse
en forme de solution respectueuse de la paix civile.
Une élite politique autoproclamée, s'appuyant sur de faux
penseurs stipendiés, avait capté la totalité des
pouvoirs de décision et prétendait en vivre grassement,
durablement. Alternances et règles démocratiques formelles
n'étaient devenues que des leurres. Un parti politique comme le
Front National était à la fois légal et immoral,
situation dont la contradiction a éclaté le 21 avril.
Puisque le Front National n'est pas une organisation interdite, la solution
de bon sens consiste à le considérer pour ce qu'il est,
c'est-à-dire une des familles principales de la droite. Hors de
l'entente à droite, point de salut.
Cela devrait être d'autant plus facile que, depuis 25 ans, cette
droite nationale a tourné le dos à toutes les tentations
de violence aux relents de fascisme, lequel, outre son origine socialiste,
se caractérise par le non-respect des procédures démocratiques.
Pour que le retour à la paix civile puisse avoir lieu, pour qu'une
telle stratégie, préalable à toute réconciliation
nationale, puisse être engagée, il faudra sans doute que
Jacques Chirac disparaisse du paysage politique. Et pourtant, le 5 mai
prochain, il a évidemment de fortes chances d'être réélu.
Mais ce ne sera qu'une victoire à la Pyrrhus. L'adepte de la cohabitation
a toutes les chances d'être un président croupion, la réalité
du pouvoir résidant, conformément à la lettre de
la constitution, dans les mains du Premier Ministre, que celui-ci soit
de droite, du centre ou de gauche.
Des réformes indispensables sont à mener rapidement. Le
Parlement qui sortira des urnes le 16 juin devra compter avec la rue,
que des politiciens sans scrupule ont pris le risque de dresser contre
les urnes. Il devra également compter avec les électeurs
de Jean-Marie Le Pen, ceux du premier tour comme ceux du deuxième
tour de l'élection présidentielle. Et il en tiendra évidemment
d'autant mieux compte, d'une façon ou d'une autre, que ces voix-là
seront plus nombreuses.