Salaud
" Le vrai salaud, ce n'est pas Le Pen ; c'est l'électeur frontiste.
" (Gilles de Maistre, réalisateur du film " Féroce
")
Tolérance
" Les régimes de fraîche date sont rarement tolérants.
" (Édouard Balladur)
Métissage
" La France est métisse et elle le restera. " (Jean-Pierre
Raffarin)
Droite
" Jospin n'a pas été au niveau. Si j'avais été
à sa place, une demi-heure après ma défaite, j'aurais
appelé à voter Jospin. " (Jacques Chirac)
Paralysie
" À force de vouloir le bonheur des gens, on les paralyse.
" (Malek Boutih, président de SOS Racisme)
Bonheur
" Le bonheur tient sur presque rien, un bout de papier que l'on appelle
bulletin de vote. " (Patrick Gaubert, président de la Licra)
Intérêt général
" Il est antidémocratique de confondre l'intérêt
majoritaire avec une majorité d'intérêts particuliers.
" (Jean Baechler, philosophe)
Chevènement
" Chevènement, c'est le Canada dry du gaullisme. " (Patrick
Ollier, député RPR)
Robin des bois
" J'ai voulu voter pour Robert Hue, parce qu'il est le dernier descendant
de Robin des Bois et qu'il croit toujours qu'il faut prendre aux riches
et donner aux pauvres. " (Frédéric Beigbeder)
Souverainistes
" Une poignée de réactionnaires moisis et de nationalistes
franchouillards déguisés en souverainistes dominent la scène
intellectuelle et politique française. " (Olivier Guland,
directeur de la rédaction de " Tribune juive ")
Chirac n'avait déjà, avant la campagne présidentielle,
plus guère de crédit. Sur la planète entière,
son nom était accolé aux accusations de prébendes
et de corruption : surtout dans le monde anglo-saxon où, pour un
vol ou un détournement infime, un homme politique voit sa carrière
compromise. En France même, il se murmurait un peu partout que,
s'il quittait l'Élysée, ce serait pour se retrouver rapidement
devant un juge, puis en prison.
L'idée de voir Jospin à l'Élysée m'était
si insupportable que j'ai tu, longtemps, mes doutes sur celui qui fut
élu en 1995. Après le 21 avril, l'hypothèque Jospin
était levée, et je m'attendais illusoirement à ce
qu'un reste de sens de la dignité sauve Chirac de lui-même.
C'était attendre trop du personnage.
Alors qu'il aurait pu se déclarer maître du jeu, affirmer
un minimum de principes clairs et droits, prendre enfin de la hauteur,
il s'est au contraire posé comme l'homme du consensus le plus mou
et de la transparence la plus large. Alors qu'il aurait pu dire à
la gauche qu'elle venait d'être défaite et qu'il ne ferait
pas un seul geste en sa direction, il a accepté lâchement
le rôle de pseudo-défenseur de la " république
" et de pseudo-rempart de la vertu que ses adversaires voulaient
lui faire endosser.
Alors que les manifestants parlaient de faire du second tour un référendum
anti-Le Pen, et énonçaient ainsi que, tout en votant Chirac,
ils allaient en même temps détourner l'élection de
son sens, et élire un président dont ils contesteraient
aussitôt la légitimité, Chirac a accepté leurs
voix sans sourciller. Dans l'équation " mieux vaut voter escroc
que facho ", il a accepté de jouer le rôle de l'escroc,
et de faire porter à Jean-Marie Le Pen la tunique du " facho
" prédécoupée par la gauche.
Dans un contexte où il était, disait-il, " sûr
de la supériorité de ses arguments ", il a esquivé
toute forme de débat avec son adversaire et accepté que
le second tour ait lieu dans un climat de désinformation, de censure
et d'absence de confrontation des idées à faire pâlir
d'envie Bokassa ou Ceaucescu.
L'essentiel pour lui était de rester président, et il l'est
resté. Mais dans quel état ? Moins de vingt pour cent des
électeurs de la droite mal-à-droite s'étaient portés
sur son nom au premier tour. Si l'on ajoute les douze pour cent obtenus
par Madelin, Bayrou, Lepage et Boutin, on arrive à 32 %. Ce qui
veut dire que pour parvenir au résultat final de 82 %, Chirac a
reçu davantage de bulletins de vote venus de la gauche que de bulletins
de droite.
Élu de la gauche
Chirac est l'élu de la gauche. Cela l'empêche, dès
le départ, de prétendre gouverner solidement. Cela l'expose
d'emblée à toutes les critiques de la gauche qui peut, à
bon droit, le traiter comme une baudruche exagérément boursouflée.
Si, comme c'est désormais probable, Chirac doit, flanqué
de Juppé le manche-à-balai et du mou Raffarin, être
le chef de guerre de la droite mal-à-droite aux prochaines législatives,
on peut s'attendre à ce que celle-ci rencontre peu d'enthousiasme
et peu d'adhésion. On peut s'attendre à ce que la gauche
revienne assez vite aux affaires. On peut d'ailleurs se demander si ce
n'est pas là ce que Chirac souhaite sans le dire… Chirac a toujours
été un homme de gauche. Il a été pour beaucoup
dans l'élection et la réélection d'un François
Mitterrand sans qui la France ne serait pas dans l'état de déliquescence
où Chirac l'a trouvée en arrivant.
Il a conduit son camp de nombreuses fois au naufrage, et a offert villes
et régions à la gauche, en refusant une union à droite
qui se pratique pourtant dans de nombreuses démocraties européennes,
à commencer par l'Italie. Il n'a cessé de manifester un
mépris et un ostracisme d'homme vendu à la gauche pour les
électeurs du Front national.
En réduisant son premier mandat à deux années, pendant
lesquelles il a fait exactement le contraire de ce qu'il avait promis,
Chirac a permis à la France de bénéficier de cinq
années mirifiques de gouvernement Jospin. Rajouter cinq années
de cohabitation aux cinq années écoulées, contribuer
à enliser définitivement la France dans l'islam, la médiocrité,
la violence endémique et le socialisme serait une fin de carrière
à la mesure de l'homme.
Certains politiciens laissent dans l'histoire une trace de gloire, d'héroïsme
ou de prospérité. Leur chemin est souvent escarpé
et difficile à prendre. D'autres politiciens, sachant qu'ils ont
le souffle trop court et la vue trop basse pour ce chemin-là, adaptent
leur carrière à la médiocrité qui les caractérise
et, se discernant incapables du meilleur, optent pour le pire. Chirac,
hélas, me semble de cette espèce. La cinquième République
a eu un fondateur. Elle a, semble-t-il, trouvé son fossoyeur.