Les sondages disponibles créditent Jean-Pierre Raffarin de bonnes
chances de remporter les élections législatives des 9 et
16 juin. Et donc de rester Premier Ministre au-delà. Alors, et
alors seulement, il sera jugé sur ses résultats. En attendant,
il ne peut l'être que sur des paroles et, plus globalement, sur
des images.
Admettons qu'il dispose demain d'une majorité absolue à
la Chambre des députés (comme déjà son prédécesseur
en 1995). Il sera toujours flanqué du Président, incorrigible
interventionniste, et d'Alain Juppé, stratège-en-chef du
président. Sa liberté d'action, loin d'être nulle,
sera limitée.
Jean-Pierre Raffarin est fondamentalement un homme prudent de centre-gauche.
Il sera à la fois à l'écoute de l'opinion et à
celle de tous ces corps constitués intermédiaires qui prétendent
parler à la place du peuple. Il sera à la fois désireux
de répondre aux attentes légitimes des Français,
en matière de prospérité et de sécurité,
par exemple, mais sans remettre en cause les tabous de l'immigration,
dont l'évocation est plus que jamais le diabolique monopole de
la droite exclue. Sa bonne volonté n'est pas en cause. Les Français,
d'emblée, l'ont crédité d'une indéniable sincérité,
comme aucun énarque n'en aura peut-être plus jamais. On peut
néanmoins douter qu'il puisse être à la hauteur des
enjeux de la situation et des attentes profondes du pays.
Comme il s'y est d'ailleurs engagé, Jean-Pierre Raffarin consultera
les syndicats et autres partenaires sociaux sur tous ses projets de réforme.
Avec une telle méthode, on peut déjà prévoir
que, s'il réussit sur l'assouplissement des 35 heures, il a toutes
les chances de caler sur le dossier du financement des retraites
Il n'y a pas lieu de douter qu'avec son ministre de la sécurité,
son rival Nicolas Sarkozy, le Premier Ministre entend réduire les
zones de non-droit. Il peut même parvenir à motiver davantage
magistrats, gendarmes et policiers. Mais, est-ce bien la question principale
?
Il suffit de parler, en famille, au bureau ou au bistrot, pour vérifier
que la question majeure que se posent les Français n'est pas celle
de l'insécurité, mais précisément celle de
l'immigration. Qui se décompose elle-même en plusieurs sous-questions
: celle des contrôles aux frontières (de la France ou de
Schengen), celle des conditions du regroupement familial, celle des conditions
d'acquisition de la nationalité française et celle du droit
de résidence, avec ou sans limitation dans le temps, l'insécurité,
dans la mesure où elle est corrélée avec l'immigration,
n'étant qu'un sous-dossier parmi beaucoup d'autres.
Les politiciens français, de la fausse droite ou de la gauche,
prétendent nous interdire d'en débattre. Pourtant, ce débat
a lieu ailleurs. Les Suisses en font le sujet de référendums
populaires. Et le Premier Ministre espagnol va même proposer à
ses collègues européens d'en débattre au prochain
sommet européen !
Et ce débat est légitime. Non seulement parce qu'un grand
nombre d'électeurs le souhaitent, mais encore parce que l'histoire
et la raison nous enseignent l'importance cruciale de l'immigration dans
la vie des peuples et des civilisations.
La force d'un pays, jusqu'à présent, a toujours reposé
sur la coïncidence entre les intérêts individuels de
ses citoyens et l'intérêt collectif de son peuple. Quand
les individus sont brimés ou maltraités, ils se révoltent
ou se croisent les bras. Mais, quand l'intérêt collectif
cesse d'exister, ou devient confus ou contradictoire, il n'y a plus d'élan.
Le patriotisme est, pour un pays, une force plus utile et plus efficace
que ses canons. Comme le disait déjà Gustave Le Bon, "
une nation ayant perdu le culte de sa patrie aurait bientôt tout
perdu ".
La France n'est plus la France quand des villes et des villages, des régions
entières, sont habités (ou occupés) par des citoyens
étrangers, non-assimilés, de culture et de religion exogènes,
et bien décidés à ne pas s'intégrer ni à
retourner non plus dans leurs pays d'origine. Elle perd son identité.
Ce n'est plus une patrie. Ni même une nation.
Deux dangers majeurs guettent la France, et peut-être déjà
la submergent : les intérêts particuliers non légitimes
et les communautés non assimilées. Les premiers, sous l'appellation
d'avantages acquis, sont nos funestes vaches sacrées ; les secondes
sont autant de tabous, voués au silence médiatique, sur
l'autel de la lutte antifasciste.
Je ne vois pas que Jean-Pierre Raffarin, flanqué comme il l'est,
assumant le vote du 5 mai, soit de taille à s'y attaquer