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Article du journal Les 4 vérités Hebdo , http://www.les4verites.com

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Alain Dumait

Les institutions de la Ve République se portent mal, très mal. Leur pratique actuelle tourne le dos à celle qui était dans l'esprit de son fondateur et même de l'ensemble des constituants de 1958. La cohabitation, théorisée par Édouard Balladur dès 1984, mise en pratique par Jacques Chirac en 1986, et instrumentalisée par François Mitterrand pour l'emporter une deuxième fois en 1988, a abouti au résultat qu'on a vu le 21 avril dernier, où les deux cohabitants concurrents ne rassemblaient sur leurs deux noms, péniblement, que 36 % des suffrages exprimés.
Par la démobilisation et l'éparpillement à gauche, Lionel Jospin l'a payé plus cher que son rival. C'est toujours le même piège qui entrave la campagne des socialistes pour le premier tour du 9 juin : les Français, bons bougres d'électeurs, ne veulent plus de la cohabitation et sont prêts à donner une nouvelle chance au Président de la République élu le 5 mai.
Pourtant, les études d'opinion nous indiquent que cette maudite cohabitation ne leur a pas tant déplu pendant longtemps. Et il est vrai que, si elle est intrinsèquement perverse, aucun des trois premiers ministres qui ont eu à la pratiquer ne lui ont fait porter le chapeau de leurs insuffisances. Le faire les eût, il est vrai, obligés à en tirer les conséquences politiques et à démissionner, ce qui n'est pas dans la nature de beaucoup de politiciens…
Ce piège, qui handicape la gauche, est contrebalancé par celui qui pèse sur la droite et qui est celui du diktat moral de la gauche et de l'impératif qui en découle sous le terme de Front républicain.
On sait que le trio Chirac-Juppé-Raffarin a décidé depuis longtemps de s'y soumettre totalement. Et, du coup, il n'y aura même plus de vraies triangulaires : partout où un candidat du Front national aura des chances réelles de l'emporter, au nom du rassemblement de 82 % des électeurs le 5 mai 2002, le candidat UMP arrivé derrière le candidat de gauche sera sommé de renoncer ou sera désavoué et livré à la vindicte médiatique. L'objectif commun du front républicain est qu'il n'y ait aucun député à l'Assemblée nationale pour représenter les 18 % du 5 mai.
L'ennui pour l'UMP est que le chantage de la gauche sera évidemment sans limite. Comme c'est toujours le cas, d'ailleurs, dans toutes les périodes de terreur. Après avoir lynché médiatiquement les représentants de l'extrême droite, on désigne ceux qui sont accusés d'avoir collaboré avec eux, ceux qui ne sont pas assez fermes, les tièdes, et finalement ceux qui tiennent des propos qui pourraient être tenus par la droite ostracisée. C'est sans fin… L'UMP ne s'en sortira pas. Elle peut gagner les élections. Elle aura toujours, suspendue au-dessus de sa tête, la menace morale de la gauche. Avec sa traduction pratique au niveau des manifestations de rues. Pour agir, pour réformer, pour mécontenter les groupes de pression, c'est une contrainte limitative rédhibitoire…
Le plus grave est ailleurs. Non seulement la fausse droite est sous le contrôle moral et médiatique de la gauche, ce qui, dans le contexte de l'après 5 mai, correspond de toute façon à une nouvelle forme de cohabitation, mais encore, cette mise en sujétion est à l'œuvre depuis si longtemps que penser comme la gauche est devenu une seconde nature pour la plupart des élus de la droite dite républicaine, ce qui justifie qu'on la qualifie de " fausse droite ".
" À force de ne pas vivre comme on pense, on finit par penser comme on vit ". La maxime s'applique aussi à la politique : à force de ne pas faire la politique que veulent leurs électeurs, les politiciens de la droite ne s'aperçoivent même plus qu'ils font la politique de la gauche !
C'est cette cohabitation intellectuelle et philosophique qui est la plus inquiétante. Car comment diminuer les impôts, si l'on est un adepte de la redistribution à tout va ? Comment réduire les dépenses publiques, si on adore les services du même nom ? Comment réformer l'école, si l'on adhère au mythe du moule démocratique ? Comment rétablir l'ordre, si l'on fait sienne la doctrine de l'excuse ? Comment contrôler l'immigration, si l'on se croit obligé d'accueillir la misère du monde et si l'on n'ose plus prononcer le mot " patrie " ?
Pour engager le redressement de la France, il ne suffira pas de donner une majorité au trio Chirac-Juppé-Raffarin. Il faudrait encore qu'ils rompent avec leurs penchants socio-démocrates, collectivistes et constructivistes. Ils n'en prennent pas le chemin. Dommage…

 


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