Le plus grand nombre des candidats investis par l'Union pour la Majorité
Présidentielle, l'UMP, devront leur siège à Chirac
lui-même ou à l'équipe rapprochée de ses fidèles,
regroupés autour d'Alain Juppé. La base, les militants,
s'il y en a, les électeurs, sont là pour obéir et
pas pour commander. C'est la conception du peuple souverain, version Ve
République, modèle Chirac
Comme les Français, et en particulier les électeurs de droite,
sont de bons zigues, dans l'ensemble, ils obéissent. Même
les électeurs de la gauche, qui ont déjà voté
Chirac le 5 mai, s'apprêteraient, selon les études d'opinion,
à voter le 9 juin pour un candidat de l'UMP, dans la proportion
de 17 %, simplement pour donner une majorité parlementaire au Président
Dans l'état actuel des choses, quelques jours avant le premier
tour de ces élections législatives, la question est moins
de savoir qui va l'emporter, de la droite parlementaire ou de la gauche
de gouvernement, mais plutôt, quelle sera l'importance de la victoire
de la première, un raz-de-marée n'étant pas exclu,
mais présentant le risque, plusieurs fois avéré dans
le passé, d'un reflux au deuxième tour…
Après l'hystérie de l'entre deux tours des élections
présidentielles, les médias ont tous choisi de couvrir l'événement
en faisant profil bas. La campagne, chaque soir, au journal télévisé
de 20 heures n'apparaît qu'en troisième ou quatrième
sujet.
Sans doute l'objectif est-il d'occulter la réalité politique
telle qu'elle est apparue le soir du 21 avril, avec un Front National
rivalisant avec le RPR pour le titre de premier parti de France. Cette
réalité, si elle était confirmée dimanche
prochain, rendrait encore plus scandaleuse la non-représentation
de ce courant d'opinion sur les bancs de la prochaine assemblée.
Mais, c'est probablement ce qui va se passer. Le Front républicain
est chaque jour réaffirmé. Ce matin, c'était François
Bayrou qui indiquait qu'au deuxième tour, il appellerait clairement
à voter pour un candidat socialiste opposé à un candidat
du Front National, précisant qu'il s'agissait d'un juste renvoi
d'ascenseur aux bonnes manières de la gauche le 5 mai.
L'aveu de la complicité droite-gauche s'étale. Leur ferme
volonté commune d'ignorer purement et simplement 20 % des électeurs
français est confirmée sans pudeur. Non seulement leur bulletin
de vote, mais également leur message.
Car, si celui-ci avait été entendu, le gouvernement de Jean-Pierre
Raffarin, dès les premiers jours de son existence, ne se serait
pas contenté de faire la paix avec les médecins en colère
- déléguant à cette occasion, ses pouvoirs de négociation
à un permanent de la CFDT, président de la CNAM, lâché
par tous les autres partenaires sociaux, en particulier le patronat, et
donc aussi peu représentatif que possible… -, ni même de
quelques démonstrations bien médiatisées, organisées
dans quelques banlieues par le Ministre de l'Intérieur, mais il
aurait osé ouvrir le dossier que quatre Français sur cinq
attendent de voir enfin traiter, qui est celui du contrôle de l'immigration.
Quasiment tous nos voisins nous donnent l'exemple. Mardi dernier, c'était
le gouvernement de Silvio Berlusconi qui faisait approuver, par sa majorité
parlementaire, un dispositif comprenant un ensemble de mesures qui, appliquées
en France, donneraient satisfaction à l'immense majorité
de l'opinion. Par exemple, permis de séjour accordé aux
seuls immigrants entrant avec un contrat de travail ; obligation de quitter
le pays en cas de perte d'emploi ; empreintes digitales obligatoires pour
tout citoyen extra-communautaire ; expulsion immédiate de tout
clandestin ; pécule versé aux immigrés au titre de
leur retraite au moment de leur retour chez eux ; pas de regroupement
familial…
Un gouvernement sans mandat
Mais, cela supposerait que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, comme
Jacques Chirac et l'UMP, ne soit pas sous le contrôle effectif et
médiatique de la gauche morale, celle qui, entre les deux tours
des présidentielles, a fait défiler les enfants des écoles
dans les rues, comme cela ne se pratique que dans les États totalitaires.
Certains diront qu'il fallait commencer par éliminer Jospin, et
pour cela, réélire Jacques Chirac, qu'il faut ensuite lui
donner une majorité absolue et qu'ainsi, il aura les moyens politiques
d'entreprendre les réformes nécessaires à la modernisation
et à la pacification du pays. Mais, comme celles-ci ne peuvent
être entreprises sans s'opposer à toute sorte de blocages,
de résistances et de nombreuses situations et avantages acquis,
il n'y a aucune chance qu'elles le soient sans un mandat clair des électeurs.
C'est pourquoi, l'atonie générale de cette campagne n'empêchera
peut-être pas la victoire massive de l'UMP, mais n'augure néanmoins
rien de bon pour l'avenir de la France.