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Article du journal Les 4 vérités Hebdo , http://www.les4verites.com

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Alain Dumait

Les électeurs français ne sont pas satisfaits de l'offre politique qui leur est présentée. C'est à la lumière de cette explication qu'il faut considérer aussi bien les résultats du premier tour de l'élection présidentielle du 21 avril que ceux du premier tour des élections législatives de dimanche dernier,9 juin.
Le 21 avril, les candidats du parti socialiste et du RPR sont tous les deux durement sanctionnés. Les électeurs, écoeurés, votent massivement pour Jean-Marie le Pen (16,86 % des suffrages exprimés), tandis qu'un grand nombre de ceux qui ne franchissent pas ce pas, se tournent à gauche vers les candidats un brin folkloriques du trotskisme (10,40 %), et, à droite, dans une proportion inattendue, vers François Bayrou (6,84 %) dont la résistance à l'hégémonie du parti gaulliste est ainsi saluée. Comme la dispersion est plus forte à gauche qu'à droite, alors que la première est globalement moins forte que la seconde, Jospin (16,18 %) se trouve éliminé et Chirac, malgré un score modeste de 19,88 % au premier tour, se retrouve plébiscité au deuxième tour, élu principalement par des électeurs de gauche, à l'issue d'une campagne où toutes les techniques de la propagande totalitaire ont été utilisées pour dicter le vote des Français.
Le premier tour des élections législatives s'est fait notamment sur le thème de la cohabitation, unanimement rejetée par les électeurs. C'est dans ces conditions que l'Union pour la Majorité Présidentielle arrive largement en tête, davantage par défaut que par adhésion, grâce aux abstentionnistes, dont les études montrent clairement qu'ils sont plus nombreux à gauche qu'à droite, et, à droite, plus nombreux du côté du Front National que des autres formations politiques.
Le record d'abstention établi dimanche dernier démontre, s'il en était besoin, le niveau de la désaffection qui touche l'ensemble des politiciens de ce pays. Du fait, notamment, de l'incapacité de notre personnel politique à se diversifier et à se renouveler.
Jacques Chirac aura 70 ans le 29 novembre prochain. Il a commencé son parcours politique en 1962, comme chargé de mission au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou. Il est élu la première fois comme député de la Corrèze en mars 1967. Il est ministre (secrétaire d'état aux affaires sociales et à l'emploi) dès le mois de mai 1967 et Premier ministre en 1974. Si tout va bien, il terminera son deuxième mandat présidentiel en 2007. Après 45 ans de vie politique active ininterrompue. Dans aucun autre pays du monde, même en Chine, une telle carrière n'est possible ! Les partis politiques ont, en effet, ailleurs, des règles, écrites ou non, qui organisent le renouvellement des dirigeants politiques.
Chez nous, la situation est d'autant plus grave que Jacques Chirac est loin d'être une exception. On sait que François Mitterrand, décédé en 1995, avait commencé sa vie politique, selon les chroniqueurs, soit en 1940, soit en 1945.
Et cette professionnalisation à outrance des carrières politiques se retrouve du haut en bas de l'échelle, jusqu'aux sièges de sénateurs, de députés, les présidences d'exécutifs territoriaux, les mandats de maires ou de conseillers généraux.
Pourtant, souvent, quand ils en ont vraiment l'occasion, les électeurs sanctionnent ce qui leur apparaît comme un accaparement des mandats politiques. Bernard Pons vient encore d'en faire les frais dans le 17e arrondissement de Paris
À cet égard, la façon dont Lionel Jospin a annoncé son retrait de la vie politique, a un caractère exemplaire et constitue, en tant qu'exemple, un élément de la modernisation de la vie politique française. Sans doute, dans ces conditions, la tâche de François Hollande, nouveau leader du PS, n'était-elle pas facile. Mais, on peut estimer que les résultats obtenus par sa formation politique eussent été pires encore si Lionel Jospin avait fait le choix contraire, l'amenant à se maintenir, aussi bien à l'Hôtel Matignon comme il en avait d'ailleurs le droit constitutionnel (il lui suffisait de ne pas présenter sa démission au Président de la République) qu'à la tête des socialistes.
Le parti socialiste se retrouve aujourd'hui dans l'incapacité d'offrir, avant longtemps, une alternative de gouvernement. L'appui que ses alliés communistes et écologistes peuvent lui apporter est faible. Il est dans l'obligation de se restructurer profondément. Une chance s'offre à lui : faire le choix d'un travaillisme libéral dont le modèle en Europe s'appelle Tony Blair. On sait que Laurent Fabius penche pour cette orientation. Il a la volonté d'être candidat en 2007. Après avoir eu si longtemps un Chirac toujours prompt à doubler les socialistes sur leur gauche, pourquoi pas, la prochaine fois, un socialiste enclin à doubler la fausse droite sur sa droite ?


 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com