Résumé des épisodes précédents.
Premier tour des élections présidentielles : Jacques Chirac
recueille un peu moins de 20 % des suffrages. Jean-Marie Le Pen le talonne.
Jospin est éliminé.
Deuxième tour des élections présidentielles : le
5 mai, après une formidable campagne de propagande, mettant en
oeuvre toute la panoplie des armes psychologiques mises au point par
les pires régimes totalitaires, orchestrée par la classe
médiatique, avec le spectre de la guerre civile en ouverture
des journaux télévisés, où l'on a pu voir,
chaque soir, les enfants de nos écoles défiler dans la
rue, encadrés par des fonctionnaires de l'Éducation nationale,
le candidat Chirac obtient 82 % des suffrages.
Premier tour des élections législatives, le 9 juin : convaincus
que la cohabitation n'est finalement pas un bon système, les électeurs
votent massivement pour les candidats officiellement investis par le parti
du Président.
Deuxième tour des élections législatives le 16 juin
: 50 % des électeurs de moins de 35 ans ne vont pas voter, de même
qu'un grand nombre d'électeurs ayant voté pour Jean-Marie
Le Pen, le 21 avril, bien informés qu'ils sont d'être interdits
de toute représentation parlementaire. L'UMP est majoritaire à
elle seule. Le Front National qui aurait eu 70 députés dans
un scrutin proportionnel, n'en a aucun. Le Parti Communiste, dont le candidat
n'a recueilli que 3 % des suffrages exprimés le 21 avril, disposera
d'un groupe de 21 députés.
Dans ces conditions, la légitimité populaire du gouvernement
de Jean-Pierre Raffarin est faible. Elle l'est d'autant plus que les débats
électoraux, aussi bien pour l'élection présidentielle
que pour les élections législatives, n'ont abordé
aucun sujet crucial, mis à part la décentralisation et la
baisse des impôts, ces deux thèmes, souvent évoqués,
ne s'inscrivant même pas dans un projet précis et crédible.
Pour connaître le projet personnel de Jean-Pierre Raffarin, on peut
toujours décortiquer l'ouvrage qu'il a publié le mois dernier
" Pour une nouvelle gouvernance " : aucun projet bouleversant,
beaucoup de propositions raisonnables mais mineures, des considérations
générales plutôt qu'opérationnelles.
À lire le Premier Ministre, on est surtout frappé par les
références qu'il met en avant. On ne lui en voudra évidemment
pas d'évoquer la mémoire de son père, apparatchik
du milieu coopératif de la Vienne avant d'être Secrétaire
d'État à l'agriculture dans le gouvernement de Pierre Mendès-France,
et dont le principal titre de gloire, aux yeux du fiston, était
de mettre un point d'honneur à ne pas figurer sur la liste rouge
des PTT(page 78)... Sinon, outre ses mentors, Valéry Giscard d'Estaing
et René Monory, il tient à indiquer qu'il a " fait
ses classes " auprès de Jean-Pierre Soisson et de Lionel Stoléru,
tous deux anciens ministres de François Mitterrand ! Les philosophes,
Michel Serres, Luc Ferry et Edgar Morin, abondamment cités, "
ont beaucoup inspiré son travail " (page 12). Et quand la
région Poitou-Charentes qu'il préside se lance dans une
action culturelle internationale, c'est pour subventionner le festival
vietnamien de Hué ! (page 27)...
Jean-Pierre Raffarin n'appartient certainement pas à la droite
musclée ! D'ailleurs, les 160 pages de son livre ne comportent
aucun développement sur la question de la sécurité.
Et, il faut attendre la page 154 pour voir abordé le thème
de l'immigration : " La France est métisse et le restera.
Il faut en faire une richesse " (page 155)...
Sans mandat clair, sans volonté politique forte, le nouveau gouvernement,
même disposant d'une majorité absolue à l'Assemblée
Nationale, n'a pas tous les pouvoirs. Au-dessus de lui, il y a bien sûr
l'échelon supranational non démocratique qui se renforce
de jour en jour, et pas seulement, les institutions de l'Union européenne,
également l'OTAN, l'ONU, l'OMC, le G7 ou le G8. Et, à côté
du pouvoir politique légitime, il y a aussi - on ne l'a que trop
vu entre le 21 avril et le 5 mai - le pouvoir médiatique, il y
a encore le pouvoir syndical, qui attend déjà son heure,
il y a enfin, le pouvoir judiciaire, tous trois abandonnés depuis
longtemps à la gauche et même à l'extrême gauche.
Si Jean-Pierre Raffarin fait le choix de ne pas déplaire à
ces pouvoirs-là, et même, pourquoi pas, de les renforcer,
comme tous ses prédécesseurs l'ont fait, alors les changements
qu'il sera susceptible de mettre en oeuvre, seront forcément
très limités.