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Droit de réponse
Quelques points d'histoire
Par Guy Millière
L'opinion est libre. La connaissance, elle, implique le respect des données
et des faits. La tribune de Jean-Claude Tardy publiée dans le
n° 359 des 4 Vérités
Hebdo (20 juillet 2002) est une tribune d'opinion, et sur ce point,
je ne la discute pas. Mais elle prétend s'étayer sur des
éléments de connaissance, or, ceux-ci présentent
de graves lacunes.
1. Parler de Palestine biblique n'a aucun sens. L'appellation Palestine
n'a été donnée à la région par les
Romains qu'après l'écrasement de la révolte de Bar-Kokhba
en 135 après J.-C., aux fins d'éliminer tout souvenir de
présence juive dans la région.
2. Tous les peuples installés au Proche-Orient voici quatre ou
cinq millénaires étaient des nomades qui, parfois, se sédentarisaient.
Tous, en cas de guerre, recourraient parfois à des massacres. Attribuer
des massacres aux seuls Hébreux est profondément biaiser
la réalité.
3. On ne peut dire, même au titre de postulat, que les Palestiniens
actuels seraient les descendants des Cananéens : la région
a subi d'incessants brassages de population. Seuls ont gardé cohésion
et identité, les Juifs, et les Arabes, arrivés bien plus
tard à la fin des années 630. Les Palestiniens sont des
Arabes et nul historien ne se risquerait à affirmer, que certains
d'entre eux ont du sang cananéen ! La région ne fut effectivement
jamais organisée en Etat. L'idée d'Etat n'existait pas à
l'époque. Il y avait des monarchies et des empires. Les Juifs se
sont choisis des modes d'organisation basés sur l'obéissance
à la Loi, et n'ont recouru à la monarchie qu'avec réticence
et face à l'adversité.
4. Il est effectif que plusieurs empires se sont emparés du Proche-Orient
et en son sein de l'Israël ancien. Il n'en résulta pas brassage
et métissage de la population juive, sinon de façon marginale
: des Juifs partirent au fil du temps, d'autres restèrent, la cohésion
de la communauté juive, malgré l'adversité, partout
où elle a vécu et vit est un fait avéré.
5. À partir de 135 après J.-C., les Juifs furent moins nombreux
au Proche-Orient pour la bonne raison qu'ils ont été massacrés
et persécutés.
Peut-on omettre ce genre de détail ?
6. La Grande-Bretagne a promis l'indépendance aux Arabes pour les
pays qui correspondent aujourd'hui à la Syrie, à l'Irak,
à l'Arabie Saoudite et à la Jordanie. Aucun de ces pays
n'a existé comme tel avant la fin de l'empire ottoman. La déclaration
Balfour de 1917 prévoit effectivement la création d'un foyer
national juif en Palestine. Les Arabes n'ont pas été trahis
: la Grande-Bretagne a, au contraire, tout fait pour tenir ses promesses
et a permis à des populations arabes gouvernées par les
Ottomans depuis des siècles de retrouver la souveraineté
dans le cadre d'Etats nouvellement créés. L'histoire des
années 1921-1948 est trop complexe pour être réduite
à l'idée, fausse, d'une immigration-invasion juive rendant
les Arabes minoritaires. La Grande-Bretagne va freiner l'immigration juive
après la découverte de pétrole en Arabie Saoudite.
L'immigration juive, créatrice d'emplois, a eu pour corollaire
une immigration arabe en quête d'emplois.
Israël ne prend pas son indépendance, mais se voit octroyer
l'indépendance par les Nations Unies en 1948. Il était prévu
de créer un état arabe à côté d'Israël,
les pays arabes ont refusé la création de cet état
et ont choisi la guerre.
7. Un peuple, selon les définitions en vigueur dans les sciences
humaines, c'est un sentiment d'appartenance commune, une histoire commune,
un corpus culturel commun. Sur tous ces plans, le peuple juif existe tant
qu'on a voulu maintes fois l'exterminer ou le nier. Il a résisté
et n'a jamais disparu.
On ne parle, par contre, dans le monde arabe, de peuple palestinien que
depuis la guerre de 1967, perdue par les Arabes.
8. Si des Palestiniens sont aujourd'hui encore dans des camps de réfugiés,
c'est que leurs dirigeants ont refusé la création d'un état
arabe de Palestine dès 1948 et jusqu'à une période
récente, c'est que la guerre arabe contre les Juifs n'a, depuis
1948, jamais cessé. C'est aussi que maintenir ces gens dans des
conditions de misère a été cyniquement conçu
par les dirigeants arabes comme un moyen de chantage international.
9. Si les Palestiniens se conduisaient en gens normaux et civilisés,
et si leurs dirigeants ne les instrumentalisaient pas à des fins
ouvertement racistes, il y a longtemps qu'un Etat de Palestine aurait
vu le jour. Peut-on, sérieusement, faire comme si on ignorait que
pour faire la paix, il faut être deux, et que faire la paix avec
des dirigeants qui ont lu Adolf Hitler et Lénine est un pari impossible
? Peut-on, sérieusement, oublier la démarcation qui sépare
démocratie et totalitarisme ? Peut-on oublier, surtout, la dimension
islamique et islamiste du conflit ?Autant parler du Troisième Reich
en laissant le nazisme de côté…
10. Comparer les attentats-suicides avec la résistance française
entre 1940 et 1945 me laisse perplexe, et dire que le FLN algérien
a été un mouvement de résistance me laisse plus perplexe
encore : les résistants français de 39-45 ont-ils éventrés
des femmes, émasculés des hommes et fait rôtir à
la broche ou exploser des bébés ? J'attends la démonstration
!
Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com