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Article du journal Les 4 vérités Hebdo , http://www.les4verites.com

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Alain Dumait

La situation politique française mérite d'être regardée à la fois de haut et de près.
Au soir du 21 avril, trois candidats se détachaient nettement des autres. Jacques Chirac n'atteignait pas 20 % des suffrages exprimés. Jean-Marie le Pen était à près de 17 % et se qualifiait ainsi pour le deuxième tour, éliminant, par la même occasion, le candidat socialiste, Lionel Jospin, à 16 %, dont l'absence de véritable soutien populaire apparaissait ainsi clairement.
La campagne du deuxième tour n'a été rien d'autre qu'une vaste opération de bourrage de crâne. Pendant quinze jours, on n'a donné la parole qu'à un seul point de vue. On a agité le spectre de la guerre civile en ouverture de tous les journaux télévisés. On a même vu défiler les enfants des écoles dans la rue encadrés par les fonctionnaires de l'éducation nationale. Il s'agissait de tenir, coûte que coûte, en lisière de l'exercice du pouvoir, un parti, en l'occurrence le Front National, dont le candidat venait de recueillir, démocratiquement, près de cinq millions de suffrages.
Les élections législatives ont été la suite logique : zéro député pour le Front National et 507 sur 577 pour les deux formations des deux autres candidats qui, ensemble, ne totalisaient pourtant que 35 % des voix, le 21 avril.
Ce qui caractérise notre système représentatif qui, depuis longtemps, l'était de moins en moins, c'est qu'il ne l'est plus du tout ! La deuxième force politique du pays est superbement ignorée, aussi bien au Parlement que dans les médias. La majorité, pléthorique à l'Assemblée, est minoritaire dans l'opinion. Tandis que la soi-disant opposition, qui est, en fait, la troisième force du pays, ne mérite ce nom que par la connivence de ses " adversaires " et néanmoins amis.
Journalistes et observateurs, professeurs de morale politique compris, semblent n'avoir rien à redire à une telle situation. Mieux, ils ne sont pas choqués que le parti du Président, provisoirement dénommé UMP, s'organise, sous la houlette du mirobolant Alain Juppé, afin de verrouiller non seulement la droite parlementaire, définitivement dotée d'un seul parti de gouvernement, mais encore, par le biais d'une réforme électorale concoctée par Jean-Pierre Raffarin et Nicolas Sarkozy, d'éliminer le Front National de toute perspective de représentation, même dans les assemblées locales. Bien sûr, par la même occasion, on bloquera toute tentative de renouvellement de la vie politique française.
La comparaison souvent faite par les médias, entre cette opération et le système bi-partisan qui préside, depuis au moins 150 ans, à la vie politique des pays anglo-saxons, n'est évidemment pas recevable, car il y a, entre le système qu'on nous prépare en France et les systèmes qui ont cours aux États-Unis et en Grande-Bretagne, la même différence qu'il y a entre une situation qui est le fruit d'une tradition, résultant d'institutions stables et acceptées par le plus grand nombre des citoyens, donc justes, et une autre, purement artificielle, de circonstance, et imposée d'en haut.
Certes, les systèmes de représentation démocratique de type anglais ou américain privent de toute expression un grand nombre de courants minoritaires. Mais, à l'inverse de ce que nous concocte feu le parti gaulliste, il ne s'agit pas, là-bas, de barrer la route coûte que coûte à une force politique donnée, même quand elle pèse 20 % des suffrages exprimés.
En outre, à l'intérieur du parti conservateur britannique ou du parti républicain américain, dont l'UMP prétend être le pendant, les sensibilités qui, en France, vous font classer à droite, voire à l'extrême droite, s'y expriment à peu près librement. Ronald Reagan comme Margaret Thatcher en ont apporté l'éclatante démonstration. À l'inverse, les courants qui seront autorisés et financés par l'UMP devront montrer patte blanche, en se prévalant au moins des signatures de trente parlementaires…
Une telle opération de captation du pouvoir politique, par un petit groupe de politiciens auto-désignés, sans légitimité ni représentativité, n'a d'exemple que dans d'autres pays à régime totalitaire. On pense à Lénine, dont le secret politique était finalement de s'appuyer sur une minorité activiste.
Il s'agit d'un véritable complot antidémocratique. Une petite clique technocratique - dont Jean-Pierre Raffarin n'est, sans doute, et provisoirement, que l'otage consentant - veut avant tout garder le pouvoir et les avantages matériels qui s'y attachent. Personne ne doute que le prochain Président de la République sera Alain Juppé. La " surprise " serait que ce soit Laurent Fabius...
Certes, avec le peuple, même embrigadé et manipulé, des risques de flambées irrationnelles sont toujours à craindre. Écœurés par le cynisme des profiteurs du système, les électeurs peuvent, de temps à autre, créer la surprise. Mais, avec l'UMP et la nouvelle loi électorale en préparation, une telle occurrence est réduite au strict minimum.


 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com