Certes, l'augmentation incontrôlée des phénomènes
migratoires est un phénomène contemporain général.
L'Europe est touchée plus qu'aucune autre région par ce
phénomène, non seulement, à cause de sa richesse
relative, du laxisme général qui préside à
la surveillance de ses territoires, du fait de la présence de zones
à haute pression démographique (Afrique du Nord, Afrique
Noire) situées à quelques centaines de kilomètres
de ses rives méridionales, mais encore, et fondamentalement, à
cause de son propre hiver démographique dans lequel elle est entrée
pour longtemps, avec des taux de natalité qui ne permettent que
très partiellement le renouvellement des générations
des populations de souche européenne.
La France n'échappe pas à cette situation, sans pour autant
être logée à la même enseigne que ses voisins.
Car, là encore, nous avons droit à une drôle d'exception
française. Elle consiste à tenir ce sujet majeur pour l'avenir
du pays pour un tabou dont il n'est permis de parler qu'avec circonspection.
Que ce soit la question sans doute la plus importante qui soit posée
au pays, en tout cas au plan politique, est une chose qui crève
les yeux. Quand on sait qu'il y a, sans doute, dans l'hexagone quelque
500 000 immigrés clandestins, " sans-papiers " (les estimations
vont de 300 000 à 1 000 000) et qu'environ 150 000 nouveaux immigrés,
réguliers ou irréguliers, entrent chez nous et s'y installent
chaque année, quand on ajoute le fait que ces chiffres sont en
constante augmentation, il suffit de faire une projection sur 20 ou
30 ans pour imaginer les bouleversements que cela implique.
Et, si on considère, non pas les 20 ou 30 ans à venir, mais
les 20 ou
30 ans qui viennent de s'écouler, c'est déjà un bouleversement
tel qu'il a modifié l'aspect de nos cités, les relations
entre les citoyens, qu'il a abouti aussi à un changement complet
du fonctionnement de nos institutions.
Cette évolution, en effet, s'est accomplie sans qu'à aucun
moment, le peuple souverain n'ait été consulté. Le
changement le plus essentiel qui s'est produit dans notre société,
lui a échappé. Parce que les politiciens, de droite comme
de gauche, ont refusé de lui donner la parole. Du coup, c'est l'ensemble
de notre système démocratique représentatif qui en
a été vicié et, peu à peu, vidé de
tout sens.
La situation est sensiblement différente dans les autres pays d'Europe,
où l'on peut considérer qu'il y a un relatif consensus à
l'égard d'une politique de l'immigration presque toujours plus
claire que celle que nous avons en France.
Actuellement, le gouvernement italien procède à la régularisation
de ses " sans-papiers ", opération qui portera in fine
sur plusieurs centaines de milliers de personnes. L'Italie fait le choix
de régulariser tout immigré qui a un travail régulier.
Et c'est l'employeur qui est invité à effectuer les démarches
administratives moyennant une amnistie sur les cotisations sociales. Le
clandestin régularisé doit se faire enregistrer. Ses empreintes
digitales sont relevées. Et il s'engage à quitter le pays
dès qu'il cesserait d'avoir un travail régulier. C'est à
peu près la même politique qui est suivie en Suisse, où
les travailleurs immigrés ne peuvent percevoir leur pension de
retraite qu'à la condition d'être retournés dans leur
pays d'origine. C'est le même esprit qui préside à
la politique de l'immigration en Allemagne.
En tout cas, même en Espagne ou en Grande-Bretagne, l'immigration
n'est pas un sujet tabou comme il l'est chez nous.
Les dernières élections générales ont montré
qu'un grand nombre d'électeurs établissait un lien direct
entre insécurité et immigration. Ce lien crève les
yeux : il suffit de regarder les statistiques de la population carcérale
où les personnes issues de l'immigration sont largement majoritaires.
Un autre lien est moins souvent fait : c'est celui qui relie socialisme
et immigration. Pourtant, lui aussi crève les yeux. Aujourd'hui,
notre État-providence, qui nous coûte si cher, et qui plombe
notre économie, fonctionne sans doute à hauteur de 80 %,
au seul bénéfice de l'immigration. Qui en douterait n'aurait
qu'à aller faire un tour du côté des bureaux d'aides
sociales de Paris, Marseille ou Lyon. Réduire le poids de l'État-providence
aboutirait physiquement à réduire l'aspiration migratoire.
Car, au niveau européen, les nouveaux immigrés font leur
choix, comme dans les rayons d'un supermarché, entre les avantages
qu'ils trouvent ici ou là : des services éducatifs et des
aides sociales immédiates chez nous, un logement social plus rapidement
accordé en Belgique, un pécule et le droit de travailler
pour les réfugiés politiques en Grande-Bretagne…
À ma connaissance, cet argument - réduire l'État-providence
pour réduire l'immigration - n'a encore été utilisé
par aucun homme politique de droite, ni par un représentant de
la fausse droite, parce que cela ne serait pas du tout correct, ni par
un représentant du Front National, qui lui préfère
le dogme de la préférence nationale. C'est dommage.