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Article du journal Les 4 vérités Hebdo , http://www.les4verites.com

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Alain Dumait

Bien sûr, le budget de l'État pour 2003 n'est pas facile à boucler. Même en ayant recours aux habituels artifices, en particulier celui qui consiste à faire comme si la croissance ne s'était pas évanouie. On dirait qu'au Ministère des finances, on n'a pas entendu parler de la dégringolade des indices boursiers…
Certes, l'héritage laissé par les socialistes était lourd. Les dépenses afférentes aux nouvelles lois votées n'étaient que très partiellement financées, y compris la loi maudite sur les 35 heures.
En outre, Jacques Chirac avait fait des promesses. Et, le contexte politique si particulier, créé par le deuxième tour de l'élection présidentielle et ses suites, rendait le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin encore plus prudent qu'il ne l'est naturellement. Pas question pour lui de se mettre sur le dos une grande grève des fonctionnaires. Il s'efforcera d'éviter la mobilisation de la rue. Cela découle, sans doute, du péché originel du 5 mai.
C'est à la lumière de ces réflexions qu'il faut apprécier le caractère quasi inexistant des réformes qui figureront dans la loi de finance pour 2003. Au mieux, le nombre total de postes de fonctionnaires diminuera l'année prochaine de 1 000 ou de 2 000, ce qui représente 0,1 %. Si l'on estime, avec l'inspecteur des finances socialiste, Jean Choussat, qu'il y a au moins, dans ce pays, 500 000 fonctionnaires en trop, à ce rythme, c'est donc entre 250 et 500 ans qu'il nous faudrait pour ramener la fonction publique française à sa juste dimension !
On pourra en dire autant pour l'assainissement des finances publiques. La France s'est engagée à équilibrer ses comptes au plus tard en 2004, c'est-à-dire dans deux ans. À cette date-là, ce sont plus de trente budgets annuels successifs qui auront été présentés systématiquement en déficit, ce qui veut dire augmentation de la dette publique et report de la charge fiscale sur les générations futures. C'est évidemment un scandale, que nous avons souvent dénoncé.
Il est clair que le budget 2003, qui aurait dû constituer une étape sérieuse vers l'objectif de l'équilibre recherché, est tout sauf cela.
Pour tenter de se justifier, les excellences qui nous gouvernent ne peuvent pas se contenter d'arguments techniques - qui ne tiennent, d'ailleurs, pas la route puisque la moitié des gouvernements européens fonctionnent aujourd'hui avec des budgets en excédent. Ils sont obligés d'avouer qu'ils ont tellement la culture de la dépense publique que celle-ci inclut désormais la sous-culture de la dette publique ! N'est-ce pas d'ailleurs l'aveu que faisait, il y a quelques jours, à la télévision, le Ministre des affaires sociales, François Fillon, quand il disait : " Les mesures nouvelles seront contenues dans les limites rendues possibles par la maîtrise du déficit " ? Ce qui signifie, en clair, qu'en 2003, le déficit public sera aussi élevé qu'il est possible, sans être mis au ban des partenaires européens…
Là est tout le problème du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin : ce n'est pas qu'il ne sait pas, qu'il ne veut pas, qu'il ne peut pas… C'est pire : il ne croit pas, profondément, à l'efficacité du libéralisme.
Illustration de ce propos : le problème de la création d'entreprises.
Évidemment, comme tous ses prédécesseurs, Jean-Pierre Raffarin a déclaré qu'il voulait mener une grande politique visant à encourager la création d'entreprises. Le diagnostic était parfait : il y a un lien très fort entre le dynamisme de la création d'entreprises et la croissance, ainsi que l'emploi. Or, depuis plusieurs années, la création d'entreprises stagne en France. Notre pays, au lieu de compter 2,4 millions d'entreprises, en compterait 3,4 millions avec une densité entrepreneuriale équivalente à celle du Royaume-Uni, et 4,4 millions, si cette densité égalait celle des États-Unis. Aussitôt, un groupe de travail se met en place. Le secrétariat d'État compétent vient de publier un premier " document de consultation et d'orientation " (< www.pme-commerce-artisanat. gouv. fr >), qui n'est rien d'autre qu'un catalogue de mesurettes administratives ne faisant intervenir que des acteurs publics, para-publics ou institutionnels. Un document qui aurait très bien pu être écrit par un rapporteur du gouvernement précédent.
Comment peut-on, en effet, s'agissant de la création d'entreprises, et de son financement, par des personnes privées (" investisseurs providentiels " en français, " business angels " en américain), méconnaître que la principale motivation des créateurs et des investisseurs est bassement et matériellement financière ? Ils veulent faire des profits. Ils veulent pouvoir en garder, après impôt, une part substantielle. En contrepartie de quoi, ils acceptent de prendre des risques. Sinon, ils s'abstiennent ou ils vont ailleurs. C'est d'une loi d'airain. Elle est méconnue par nos technocrates depuis trente ans. Dans ce pays, seules les œuvres d'art échappent à l'impôt sur les plus-values et à celui sur les grandes fortunes…



 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com