La question se pose aujourd'hui de savoir si la France
est engagée ou non dans un processus économique récessif.
En terme relatif, c'est ce qui apparaît depuis au moins 20 ans.
Nous reculons dans tous les classements internationaux établis,
soit sur le critère du Produit Intérieur Brut (PIB) par
habitant, soit sur celui de la compétitivité, soit sur
celui des exportations, sur celui des prélèvements obligatoires,
sans parler du critère de la corruption…
C'est en ayant en tête les tendances lourdes d'une économie
comme la nôtre que les expert-conjoncturistes devraient mener
à bien leurs travaux, et non pas le faire comme des météorologues
qui nous annonceraient le soleil pour l'été prochain…
La conjoncture économique présente est franchement mauvaise.
Alors que le budget de l'État pour l'année en cours avait
été construit sur une hypothèse de croissance de
l'ordre de 3 %, l'INSEE, très officiel service gouvernemental
de la statistique, table maintenant sur une croissance qui sera au maximum
de 1 %. L'investissement industriel est en forte baisse. Les projets
d'équipement des entreprises, même les plus dynamiques,
sont gelés. L'embauche de jeunes cadres à la sortie des
grandes écoles - qui faisaient encore l'objet, hier, d'une foire
d'empoigne - est suspendue jusqu'à des jours meilleurs.
Ceux-ci sont-ils raisonnablement pour le début de l'année
prochaine ? Le gouvernement dit croire encore à la possibilité,
en 2003, d'une croissance de 2,5 % du PIB. L'Institut économique
Rexecode, proche du patronat, avance 2,1 %.
Mais tous ces " experts " font comme si la bourse n'avait
pas dégringolé depuis deux ans. Ils écartent d'un
revers de la main ce que dit cette Pythie. Eux disent : " Elle
est déconnectée de l'économie réelle ".
Un peu comme nos enfants diraient : " Elle est j'tée ".
Alors qu'elle nous dit : " Les perspectives de profits des entreprises
doivent toutes être révisées à la baisse
". Du coup, c'est l'investissement et l'emploi qui sont remis en
cause. Dans ces conditions, tous les agents économiques doivent
se serrer la ceinture et cesser de vivre au-dessus de leurs moyens,
non seulement les entreprises, en tout cas pour celles qui empruntaient
à tour de bras, mais également les particuliers, quand
ils se laissent encore tenter par des crédits quasiment à
taux zéro, et surtout les États, qui ont encore des montagnes
de dettes qu'ils n'entendent pas rembourser, et, plus grave encore,
des engagements énormes non comptabilisés, hors bilan
ou hors budget, en particulier pour le paiement des retraites par répartition,
et pas seulement celles des fonctionnaires.
Tous les pays du monde sont concernés par cette critique, y compris
les États-Unis, même si ce sont eux qui, à ce jour,
ont fait les plus gros efforts d'assainissement. Il est vrai que, en
contrepartie, c'est sur leur économie (par le biais des importations
de pétrole et des investissements arabes aux États-Unis)
que pèserait l'essentiel des conséquences d'un conflit
durable au Moyen-Orient, dans l'hypothèse où la guerre
avec l'Irak s'étendrait à toute la région.
Avec le déficit récurrent de sa chère Sécurité
Sociale, ses pensions de retraite non provisionnées, et un secteur
public plus développé que partout ailleurs - générant
en particulier des " droits à pension " financièrement
insupportables pour les générations à venir (en
tout cas pour les Français actifs productifs…) -, la France est
plus mal placée que la plupart des autres pays occidentaux. Seule
une réforme libérale profonde - libération du marché
du travail, démolition des derniers monopoles, suppression des
entraves à la compétitivité… - pouvait permettre
un redressement rapide de la situation. Mais, ce n'est pas le choix
fait par le tandem Chirac-Raffarin.
La morosité d'aujourd'hui passera peut-être demain pour
de l'euphorie. Ici comme aux États-Unis, on s'émerveille
de la bonne santé du marché immobilier qui n'est due,
sans doute, qu'à des taux d'intérêt artificiellement
bas. Mais, on oublie qu'il n'y pas un seul exemple dans l'histoire contemporaine
d'un Krach boursier qui n'ait pas été suivi, 12 ou 24
mois plus tard, par un Krach immobilier. Ceux qui subissent dans leur
patrimoine la baisse de la bourse, depuis deux ans, attendent la reprise
avant même la fin de l'automne ou de l'hiver. Qu'ils n'oublient
pas que, depuis un siècle, la bourse a connu plusieurs longues
phases de baisse. La première a duré plus de quinze ans,
de septembre 1906 à décembre 1921. La seconde a commencé
en octobre 1929 pour se terminer en juin 1949. Et la troisième
a commencé en décembre 1968 pour durer jusqu'en juillet
1982. À chaque fois, ces phases, qui ont duré en moyenne
de l'ordre de quinze années, se sont traduites par une baisse
de l'indice " Standard & Poors 500 " de près de
70 %…
Si nous n'étions qu'au début d'une phase boursière
baissière, c'est à une récession pure et dure qu'il
faudrait s'attendre pour l'an prochain. Avec un seul remède possible
: les nécessaires, et toujours reportées, réformes
des structures publiques.