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Alain Dumait

Il est difficile de ne pas avoir de l'admiration pour l'énergie et le talent déployés par Nicolas Sarkozy, actuel ministre de l'Intérieur. Il est sur tous les fronts. Il va au charbon. Il connaît ses dossiers. Il écoute ses interlocuteurs. Il occupe les médias, il sait répondre aux journalistes et parler à l'opinion. On ne peut douter qu'il a des convictions.
Comme il n'a que 47 ans (dont 25 de vie politique très active), tous les espoirs lui sont permis.
On a beaucoup dit qu'il s'était réconcilié avec Jacques Chirac, lequel avait des raisons d'en vouloir à celui qui avait été, au moins pendant deux ans, le plus fidèle soutien de son rival Édouard Balladur. D'après nos informations, cela n'est pas tout à fait exact. Le Président de la République a bien accepté que Nicolas Sarkozy soit le numéro 2 du gouvernement Raffarin, mais sans pour autant, dans son esprit, lui ouvrir le champ à d'autres ambitions. Celui qui reste le plus cher au cœur du Président de la République, et seul susceptible de pouvoir lui succéder un jour, demeure Alain Juppé, à l'exclusion de tout autre. Dans ces conditions, Nicolas Sarkozy est bien décidé, à partir de 2004, à mener une campagne personnelle et à contester cette intronisation successorale.
Raison de plus pour prendre à témoin, dès maintenant, l'opinion publique. Son avenir politique, en 2007 et après, sera fonction de ses résultats comme ministre de l'Intérieur. Il veut être le Giuliani français.
Comme il est le seul ministre de ce gouvernement à se qualifier lui-même d'homme de droite, il ne peut que susciter, a priori, notre sympathie.
Deux questions cependant méritent examen : sa politique en matière de sécurité peut-elle obtenir rapidement des effets sensibles et renverser de façon significative une tendance à la dégradation qui est à l'œuvre depuis 25 ans ? Sa stratégie politique peut-elle l'emporter sur celle de son rival Alain Juppé ?
o Nicolas Sarkozy a tout fait pour gagner la confiance des responsables des forces de sécurité. Il a obtenu quelques moyens supplémentaires de Jean-Pierre Raffarin. Faisons l'hypothèse qu'il saura en obtenir, en efficacité, un rendement maximum. Mais seulement, bien sûr, dans la limite relativement étroite du statut des personnels en question. Or, celui-ci, qui va bien au-delà des " avantages " de l'ensemble de la fonction publique, est très démotivant. Comme me le disait un jour, en tête à tête, un préfet de police de Paris (c'était au début des années quatre-vingt) : " Mes hommes ne font pas grand-chose... ". Et l'on ne sache pas que Nicolas Sarkozy se soit attaqué au tabou des horaires de travail réels des services de police…
Plus grave encore : une politique de sécurité ne peut certainement pas se contenter de poursuivre délinquants et malfaiteurs. Elle doit aussi protéger les populations, et Nicolas Sarkozy est sans doute bien décidé à le faire. Mais pour cela, il faut partir d'une analyse des causes concrètes de l'insécurité.
Avec lui, et c'est tant mieux, on tourne le dos, au moins verbalement, à la " culture de l'excuse ". Mais, sans doute pour ne pas se mettre à dos, en même temps, toute l'intelligentsia française, il se croit obligé de faire des déclarations laxistes, aussi bien sur l'accueil des immigrés clandestins, sur l'immigration officielle (en principe limitée au regroupement familial et à quelques contrats de travail examinés au cas par cas…), que sur le dossier dit de " la double peine ".
La question fondamentale reste de savoir si on peut restaurer durablement la sécurité dans ce pays sans contrôler les flux migratoires, sans se fixer des objectifs clairs en terme d'homogénéité sociale et culturelle, concept évidemment incompatible avec une immigration hors contrôle. Et Nicolas Sarkozy ne répond pas à cette question. On se doute d'ailleurs que, le voudrait-il, il ne le pourrait pas, dans le contexte politique où il se trouve…
o On voit bien la stratégie politique qui peut être la sienne et qu'il ébauche dans l'espace qui lui est laissé comme ministre de l'Intérieur. Alain Juppé sera, peut-être, le successeur désigné par Jacques Chirac, avec, à sa disposition, l'appareil de l'UMP. Lui, Nicolas Sarkozy, ne pourra s'appuyer que sur ses réseaux propres, son éventuelle popularité, son intense exposition médiatique. Dans une démocratie où l'opinion n'est que partiellement bâillonnée, et compte tenu du savoir-faire de l'intéressé, le pari est peut-être jouable.
Tout en s'affichant " de droite ", Nicolas Sarkozy, quoi qu'il en pense, est obligé d'être un bon soldat du Front Républicain. Il dit lui-même qu'il veut faire reculer le Front National. Il ne conçoit pas une " Entente à droite " qui tendrait la main par-dessus le fossé qui sépare les deux principales fractions de la droite.
Ce faisant, il inscrit sa stratégie dans les limites des tabous chiraquiens. Il limite le champ du recrutement de ses soutiens et partisans. Il reste à mi-route du discours qu'attendent au moins 25 % des Français. Sans tabou. Sans prévention. Basé sur l'unité nationale. Du populisme, ni plus ni moins.


 
 

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