Sommaire

 

Boutin
" Je trouve l'UMP trop à droite " (Christine Boutin, " Le Parisien " du 10 novembre).

Luxe
" Je n'ai pas le temps de déprimer, c'est un luxe de riche. " (Jean-Marie Messier)

Succession
" Je ne condamne pas à l'avance mon successeur, Jean-François Mattéi ; ses premières réformes ne sont pas mauvaises. J'aurais peine à dire le contraire, c'est ce que j'avais proposé… " (Bernard Kouchner)

Laïcité
" Nier que le patrimoine intellectuel et spirituel de l'Europe - et la Turquie est aussi concernée - soit marqué par la tradition judéo-chrétienne, ce serait nier l'évidence. " (Alain Juppé)
Les sources judéo-chrétiennes de leur culture ont dû échapper aux électeurs turcs…

Religion
" La religion ne peut être la boussole de l'État, encore moins de la démocratie. " (Patrick Devedjian)

Club
" Un pays et une société islamique ont leur place dans l'Union européenne qui n'est pas un club chrétien. " (Ana Palacio, ministre espagnol des Affaires étrangères)

Inutile
" La gauche est en train de montrer son inutilité. M. Chirac vient de dérober en quelque sorte le patrimoine de la gauche. " (Arnaud Montebourg)

Objectif
" Personne ne conteste l'objectif qui consiste à créer les conditions pour que l'endettement européen ne monte pas à des niveaux qui seraient jugés insupportables par les générations qui auraient à le supporter… " (Francis Mer)
Manière " élégante " de dire que l'on continuera la politique de l'accroissement de la dette publique…

 


 

 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo , http://www.les4verites.com

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Guy Milliére

La presse française aujourd'hui est libre, dites-vous ? Si par liberté, vous entendez l'existence de plusieurs titres, vous avez raison. Il existe encore plusieurs titres. Si vous parlez de contenu, cela devient une tout autre affaire. Les nuances séparant les différents titres s'amenuisent jusqu'à devenir microscopiques. Le centre-gauche socialiste s'oppose au centre-droit socialiste. Un conformisme s'installe. Des tabous prennent place. Certains sujets ne sont pas abordés. Certaines questions ne sont pas posées. Un air du temps règne.
Écrivez que George W. Bush est un président lucide et clairvoyant, et on vous regardera d'un air consterné et vaguement condescendant. Si vous insistez, on vous dira que ce n'est pas publiable. Et on vous posera la question : êtes-vous un agent d'influence ? Notez qu'Israël est une démocratie, et que les Palestiniens sont entraînés dans une tragique impasse par des dirigeants ignobles, et on vous fera vite comprendre que la situation aurait été moins grave pour vous, si vous aviez proposé à la publication un éloge de la pédophilie.
Les journalistes, voyez-vous, ont à éduquer l'opinion et à élever le débat, et il est bien connu qu'éducation et élévation sont de gauche. Dès lors que ce que publient les journaux se retrouve à la radio, à la télévision, dans la quasi-totalité des magazines, dans la bouche des hommes politiques, les courants d'opinion deviennent faciles à prévoir.
" Nul n'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être ", écrivait Goethe voici deux siècles. Les journalistes en France, aujourd'hui, se partagent entre ceux qui se croient libres sans l'être, et ceux qui savent cyniquement qu'ils étouffent la liberté, et pensent combattre pour le triomphe d'une version ou d'une autre du Dogme. La population en général, elle, se répartit entre ceux qui croient ce qu'on leur dit ; ceux, désabusés, qui doutent de tout et ne croient plus en rien ; et une petite minorité qui fait encore l'effort de chercher à savoir.
Le Dogme peut tolérer cette minorité puisqu'elle est petite, presque insignifiante. Les tenants du Dogme peuvent même trouver cette minorité utile : elle leur permet de proclamer que décidément, ils ont l'esprit ouvert et respectent le pluralisme.

La victoire
de Gramsci

Si vous vous demandez comment nous en sommes arrivés à la situation présente, cherchez la réponse du côté d'Antonio Gramsci. Il dirigeait le parti communiste italien pendant les années du fascisme triomphant. Il est mort en prison. Ce qu'il proposait n'en a pas moins fait école. Cela tient en un seul mot : hégémonie. Gramsci disait que les marxistes devaient pénétrer tous les secteurs de la culture, des arts, de l'information, de la politique et y disséminer leurs idées de façon douce, souple, insinuante. Cela prendra du temps, ajoutait-il, mais il viendra un moment où les idées disséminées se retrouveront à tel point dans tous les cerveaux, dans toutes les bouches, sous toutes les plumes, que nous aurons gagné. Le débat se déroulera entre nous et nous.
Cela a pris du temps, mais nous y sommes. La France actuelle ressemble au vieux rêve pervers de Gramsci. La France n'est pas consciemment marxiste, mais tout ce qui s'y débat ou s'y discute se déroule dans une atmosphère saturée de marxisme.
Dans la doctrine de Gramsci, il y avait un but derrière l'hégémonie : la destruction de la société en place. Pour que cette destruction advienne, il fallait un ingrédient inhérent à l'hégémonie : l'irréversibilité.
Faut-il dire que l'irréversibilité est aujourd'hui partout ? Elle s'appelle " acquis sociaux " et " nouveaux droits ". Elle dessine les contours blêmes de l'hiver démographique qui attend toute l'Europe ou ceux de la crise inéluctable du système des retraites. Elle inclut un cadenassage qui concerne non seulement la presse, mais aussi la magistrature ou l'enseignement…
Un totalitarisme peut en cacher un autre. On s'est réjoui en Europe de l'effondrement de l'empire soviétique. On garde le nazisme en réserve comme un épouvantail à agiter de temps en temps pour faire peur aux brebis égarées et leur parler d'un loup odieux, mais mort et presque enterré depuis bientôt soixante ans. On ne dit rien, bien sûr, de ce que j'appelle le " totalitarisme soft ". Cela a les apparences de la liberté. Les apparences seulement. Une presse faussement pluraliste renvoie, en un jeu de miroirs infini, à un enseignement faussement ouvert, à une justice décrétée juste. On parle de démocratie pour désigner un fonctionnement oligarchique dominé par une fausse aristocratie, l'aristocratie du Dogme… L'ordre règne. Il mène à la mort. Je peux encore l'écrire et le dire. Pour combien de temps ?


 
 

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com