L'UMP, Union pour un Mouvement Populaire, dispose d'une majorité
absolue à l'Assemblée Nationale comme au Sénat ;
elle détient la présidence d'une majorité des conseils
régionaux et des conseils généraux ; son inspirateur
est à l'Élysée ; son meilleur orateur est à
Matignon ; tous les ministres, à l'exception d'un tout petit nombre,
en sont membres ; son nouveau président paraît bien placé
pour être le prochain président de la République…
Et pourtant, à écouter ou à lire les interventions
des uns et des autres, dimanche dernier au Bourget, on est comme envahi
par une impression d'impuissance. Comme si tous ces hommes politiques,
qui concentrent entre leurs mains tant de pouvoirs théoriques,
en avaient finalement bien peu…
De Jean-Pierre Raffarin, on s'attendait à ce qu'il dresse un bilan
des six premiers mois de son action et qu'il annonce les prochaines étapes
des réformes engagées par son gouvernement… D'Alain Juppé,
on pouvait penser qu'il allait expliquer en quoi l'avènement de
cette nouvelle formation politique était susceptible d'éclairer
l'horizon des Français et d'améliorer leur vie quotidienne.
On pouvait espérer qu'il allait s'engager sur des réformes
de structures propres à moderniser notre pays, à le rendre
plus prospère et plus sûr.
Au lieu de quoi les participants à cette grand-messe ont eu droit
à une morne homélie sur les vertus de la réconciliation
(" réconciliation des Français avec le pouvoir ",
comme si ce n'était pas au pouvoir à se réconcilier
avec les Français… ; " réconciliation de la liberté
avec la solidarité "… ; " réconciliation de l'idée
nationale et de l'idée européenne ", mais sans consulter
les Français sur l'élargissement de ladite Europe… ; "
Réconciliation de l'homme et de la nature "…)
Non pas que ce thème de la réconciliation soit inintéressant
ou même inapproprié à la situation politique française.
Au contraire ! Il est même très pertinent… Mais à
la condition de l'aborder sans tabou.
Notre pays, en effet, est en situation de guerre civile, de moins en moins
larvée.
Guerre civile larvée
Au plan de la vie politique, une fraction importante de l'opinion, donc
du peuple souverain, est soit ignorée soit insultée. Il
s'agit bien sûr des électeurs qui, le 21 avril, ont placé
Jean-Marie Le Pen en deuxième position, derrière Jacques
Chirac et devant Lionel Jospin. Or, tout se passe comme si cette "
surprise " avait déjà été effacée
de la mémoire des médias et des politiciens qui nous gouvernent…
Comme si, ce tremblement de terre passé, on en était revenu,
comme si de rien était, à l'académique alternative
fausse droite/gauche de gouvernement.
Nous sommes en pleine schizophrénie : les médias ne veulent
connaître que cette alternative, alors que tout indique, au contraire,
que l'alternative politique est plus que jamais entre l'UMP et le Front
National. Tout simplement parce que le nombre des Français écœurés
par la lâcheté, la veulerie et l'hypocrisie de nos hommes
politiques ne peut que s'accroître chaque jour, sous l'effet des
guérillas urbaines - hier à Pau et avant hier à Strasbourg
-, en réaction à l'immigration massive incontrôlée
et porteuse d'insécurité, en réponse au fiscalisme
qui décourage l'activité et dépouille les honnêtes
citoyens de l'essentiel de leurs revenus et de leur épargne.
Plutôt que de se montrer si conciliante avec la gauche, l'UMP ferait
mieux de se réconcilier avec les électeurs de droite, et,
si ce n'est en dédiabolisant le Front National, au moins en prenant
en compte les aspirations légitimes de ses électeurs, ce
qu'elle ne fait pas, et ne semble pas prête à faire.
Alain Juppé dit s'être beaucoup inspiré du Parti populaire
espagnol que dirige José Maria Aznar, comparaison évidemment
beaucoup moins politiquement incorrecte que ne l'aurait été
une autre, avec la démocratie chrétienne allemande, le parti
conservateur britannique ou le parti républicain américain
(qui vient de remporter une victoire absolue aux dernières élections
générales, contre les pronostics de tous les médias…).
Mais il semble ne pas savoir d'une part que le parti du Premier ministre
espagnol est vraiment populaire, avec quelque 630 000 adhérents
(quand 46 OOO seulement ont pris part au vote à l'UMP), et accessoirement
vraiment de droite, M. Aznar étant pour sa part issu de l'aile
franquiste, qui serait chez nous qualifiée d'extrême droite,
et n'aurait donc pas voix au chapitre à l'UPM…
Tout comme Jacques Chirac, Alain Juppé fait une fixation sur les
fantomatiques dangers de l'extrême droite en France. Ce qui l'empêche
d'apprécier tous les autres, autrement plus réels.
Si au moins, au-delà de cet aveuglement, la majorité au
pouvoir osait se coltiner avec les vrais problèmes. Mais elle les
fuit ! Comme si elle préférait finalement séduire
les électeurs du centre et de gauche plutôt que de prendre
le risque d'attirer des électeurs de la droite de conviction. v