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Jean-Pierre Raffarin est épatant ! En tout cas, pour désamorcer
les conflits sociaux, lui et son équipe ont plus que du savoir-faire.
On peut parler de talent. Pourtant, depuis la rentrée de septembre,
syndicats et lobbies associatifs s'efforcent d'affaiblir son gouvernement.
En écoutant, en temporisant et aussi en menaçant, le Premier
ministre a, tour à tour, réussi à renvoyer dans leurs
buts, les agriculteurs, les routiers, et, mardi dernier, à refroidir
l'ardeur des cheminots et autres défenseurs professionnels du service
public à la française, c'est-à-dire à la charge
des contribuables du secteur privé.
Nicolas Sarkozy, en plus, est étonnant d'énergie et d'à
propos ! C'est lui qui, en menaçant de retirer le permis de conduire
de quelques excités, a ramené le calme chez les transporteurs.
Si l'on ajoute à cela les promesses de baisses d'impôts,
engagées dès cette année, le ralentissement de l'augmentation
de la dépense publique et le plafonnement des recrutements dans
la fonction publique, on comprend les raisons d'une popularité
surprenante du Premier ministre, laquelle a même dépassé
celle du Président de la République. Dont acte.
Notons simplement que c'est dans la durée que doivent s'apprécier
les initiatives des politiciens. La vente aux enchères du capital
encore détenu par l'État du Crédit Lyonnais n'efface
pas l'ardoise de ce dossier (notre édito page 1). Et le courage
de notre ministre de l'Intérieur n'est pas susceptible, à
lui seul, d'enrayer les raisons profondes, à l'œuvre depuis au
moins 30 ans, de " l'inexorable suicide de la France " (la tribune
libre page 5 de Christian Lambert, ancien ambassadeur de France).
Car, au bout du compte, il n'y a pas de bonne politique publique sans
courage. En démocratie, on respecte la personne de son adversaire,
mais on le combat résolument. Ronald Reagan puis Margaret Thatcher
ont choisi d'affronter le lobby syndical sur un terrain qu'ils n'avaient
pas choisi mais qu'ils ont pensé un jour devoir accepter. Dans
le premier cas, c'était les contrôleurs aériens, dans
le second c'était les mineurs. Ni l'un ni l'autre n'ont cédé.
L'opinion les a suivis. Ils ont gagné. L'histoire s'en souvient.
Ce qui est vrai sur le terrain de la politique intérieure vaut
aussi sur celui de la politique extérieure.
Il était de bon ton de se moquer du projet dit de la guerre des
étoiles. C'est pourtant le début de sa mise en œuvre qui,
en mettant à genou le régime soviétique, a hâté
son effondrement. Aujourd'hui, de la même façon, la quasi-totalité
des médias européens ainsi que la moitié des médias
américains croient devoir se gausser de la campagne de George Bush
contre " l'axe du mal ". Et pourtant, c'est évidemment
en regroupant tous les gouvernements du monde prêts à se
mobiliser pour résister et riposter aux entreprises terroristes
qu'il sera possible, un jour, de mettre fin à cette nouvelle guerre
qui est, pour le nouveau siècle commencé, l'équivalent
de la guerre froide pour le demi-siècle précédent.
Un observateur perspicace de la vie politique, Jean Daniel, directeur
inamovible du " Nouvel Observateur ", et pape de la gauche française,
faisait récemment remarquer que ce qui fondait l'autorité
et, en ce qui concerne le premier, la popularité, aussi bien de
George Bush que de Vladimir Poutine ou Ariel Sharon, était certainement
la peur que ressentent fortement, au fond d'eux-mêmes, une partie
importante de leurs électeurs.
C'est bien vu. Et cela veut dire que lorsque l'on est dans une situation
de désordre, ou bien quand une communauté est agressée
par une autre, quand une société est confrontée à
une entreprise de démolition, il revient au parti de l'ordre d'y
faire face.
Sa popularité m'inquiète !
C'est pourquoi, finalement, la popularité de Jean-Pierre Raffarin
m'inquiète. Je me réjouis évidemment que syndicats
et lobbies associatifs ne l'aient pas encore " curarisé ".
Mais j'attends qu'il les affronte. Qu'il ait, comme Bush, le courage de
montrer du doigt les États voyous. Qu'il ait, comme Poutine, le
cran d'instaurer le plus rapidement possible de véritables quotas
d'immigration. Qu'il ait, comme Reagan ou comme Thatcher, l'énergie
d'affronter la citadelle syndicale.
Sur ce dernier point, le vrai rendez-vous est fixé, dès
les premières semaines de 2003, avec l'engagement annoncé
du chantier de la réforme du système de financement des
retraites, qui suppose l'abolition d'une partie au moins des privilèges
dont bénéficient les employés du secteur public.
Jean-Pierre Raffarin sera alors au pied du mur. Ses succès récents
sont encourageants. Mais, la vérité oblige à dire
que la hauteur du prochain obstacle est d'un tout autre ordre…