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Article du journal Les 4 vérités Hebdo , http://www.les4verites.com

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Alain Dumait

Le financement des pensions de retraite fait partie de ces sujets qu'il convient d'aborder en levant au préalable la question de son implication personnelle. Car nous sommes évidemment tous concernés individuellement par cette question. Il faut donc s'efforcer de l'évoquer en écartant tout ce qui peut ressembler à un " conflit d'intérêt ". Bien sûr que ceux qui bénéficient d'un régime particulier favorable entendent le conserver le plus longtemps possible. Bien sûr que les plus âgés d'entre nous, qui n'ont plus d'activité professionnelle, sont soucieux de défendre leurs droits tels qu'ils sont : ils ont cotisé durant leur vie active ; aux générations suivantes de payer leurs pensions !
Dans un système libéral, le financement de ces nécessaires revenus, après toute activité professionnelle, serait non pas un problème mais plutôt une solution ! En effet, cette nécessité constitue en soi un puissant facteur d'épargne de précaution, laquelle, si elle est correctement et sagement investie, alimente naturellement les besoins financiers de l'investissement productif, moteur du développement économique. Dans une économie saine, la prévoyance finance spontanément l'avenir.
À partir de ça, si l'État veut s'en mêler, il peut édicter des réglementations, incitant les épargnants à accumuler leur épargne, poussant les entreprises à y contribuer, s'efforçant d'introduire le maximum de sécurité dans les placements effectués soit par les intéressés eux-mêmes, soit par l'intermédiaire de structures et de gestionnaires spécialisés.
On est sur le terrain d'un système dit de capitalisation, qui est le seul système garantissant à la fois, absolument ou relativement, la liberté des choix individuels - et il s'agit quand même d'un choix de vie majeur !… - et assurant parallèlement le financement des investissements productifs de la façon la plus harmonieuse qui soit, avec des capitaux placés, par définition, à long terme.
C'est ce système de financement des retraites par capitalisation qui a cours dans beaucoup de pays, soit sous une forme qui recouvre la totalité de la question (comme au Chili ou en Nouvelle Zélande), soit sous une forme qui, au-delà d'un minimum assuré par des cotisations sociales obligatoires, représente finalement l'essentiel des sommes concernées (comme aux États-Unis ou en Grande-Bretagne).
En France, dans l'ambiance très socialisante de la fin des années quarante, on a mis en place un système, qui au-delà de sa complexité, repose presque uniquement sur la répartition. Seuls quelques privilégiés y échappent : les fonctionnaires après la " Préfon ", les élus avec des fonds de capitalisation spécifiques, les professions libérales avec les fonds dits " Madelin ", et bien sûr tous les Français qui, pour leurs vieux jours, au-delà des cotisations obligatoires ou légales, ont constitué des épargnes financières particulières, par exemple sous la forme d'assurances vie.
Notre système de financement des retraites par répartition, niveleur et égalitariste, est typiquement socialiste. Un gouvernement libéral devrait évidemment s'efforcer d'organiser la transition entre ce système et un autre, afin de passer, sur vingt ou quarante ans, d'un système de financement par répartition à un système de financement par capitalisation. Afin notamment de transmettre à nos enfants une situation dégagée de ce fardeau. Car, quand on entend par exemple Marc Blondel, Secrétaire général du syndicat FO, s'instituant le défenseur en chef des bénéficiaires des régimes particuliers, dire que l'économie française et l'ensemble de ses salariés pourraient très bien accepter l'idée de cotisations de retraite qui, d'ici vingt ans, passeraient en moyenne de 12,5 à 16 % des salaires moyens, cela revient à dire que, pour financer les retraites de demain, " il n'y a qu'à " amputer toujours davantage les salaires d'après-demain…
Mais nous ne sommes pas dirigés par un gouvernement libéral. La majorité qui soutient le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin est clairement de centre gauche et le ministre des Affaires sociales François Fillon n'aime pas du tout qu'on le soupçonne d'être un homme de droite !
Dans ces conditions, la réforme du financement des retraites, envisagée par le gouvernement, et mise à son programme de travail pour le premier trimestre de l'an prochain, a pour objectifs de réduire un certain nombre d'inégalités (durée des cotisations, période de référence pour le calcul de droit à pension…) ; d'introduire un peu de souplesse (possibilité de partir à la retraite après quarante années de cotisations, ou moins, ou plus, avec des taux de pension en tenant compte) ; de généraliser la capitalisation complémentaire de type " Préfon " ; d'aboutir à un allongement moyen des durées de cotisations.
Ces objectifs sont finalement modestes et ne remettent en rien en cause l'architecture profondément collectiviste du système français de financement des retraites. Mais, pour les atteindre, il doit faire plier le lobby des privilégiés de la sphère publique. C'est là qu'on l'attend. C'est un rendez-vous politiquement important. Même si, intrinsèquement, d'un point de vue économique et philosophique, le système non libéral français risque d'être ainsi conforté pour longtemps.

 


 
 

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