RÉpublique
" On peut se demander si l'engouement actuel pour le droit de vote
des étrangers extra-communautaires ne reflète pas un état
avancé de dépérissement de l'idée politique
de République au profit de celle d'une république d'usagers
" (Michèle Tribala).
Service public
" Défendre le service public consiste d'abord à le
faire fonctionner, conformément à sa mission qui est de
servir le public, et notamment les travailleurs qui n'ont déjà
que trop de difficultés dans le contexte actuel " (Jean-Marie
le Pen).
Compétitivité
" L'allégement et la simplification du droit de travail constituent
les principales attentes des entreprises étrangères en France
" (Jean-Marie Gorse, rapporteur du Conseil Economique et Social).
Moralité
" Le 11 septembre n'est que l'exemple le plus récent de ce
à quoi peut mener une moralité d'origine religieuse "
(Steven Pinker, psychologue).
Fin de l'histoire
" Les évolutions technologiques ouvrent toujours sur de nouvelles
perspectives historiques. Nous ne sommes pas au terme de l'évolution
scientifique et technique de l'humanité. Au contraire, nous nous
trouvons à un moment décisif, qui peut ouvrir sur des perspectives
politiques nouvelles " (Francis Fukuyuma).
Responsabilité
" La perspective philosophique dans laquelle je m'inscris privilégie
l'éthique de la responsabilité à l'éthique
de la conviction " (Luc Ferry, ministre de
l'Éducation Nationale).
PCF
" Si la gauche revient au pouvoir, il lui faudra donner aux citoyens
les pouvoirs et les moyens réels d'intervenir partout. Qu'on ne
me dise pas qu'à 3,37 % des voix, il n'est pas raisonnable d'avancer
une telle perspective ! "... (Robert Hue).
Que ferais-je si j'étais analphabète
? Je dicterais un roman à un scribe, je le signerais. Et j'en
suis sûr, il y aurait des critiques pour dire que j'apporte quelque
chose de frais et de neuf à la fiction contemporaine.
Que ferais-je si, plutôt qu'être analphabète, j'étais
un bon romancier, cultivé, membre de la gauche bien pensante,
et que je ne connaisse rien, strictement rien à l'économie
? Je songerais sans doute à écrire un livre d'économie,
et je me dirais que j'ai de grandes chances de connaître le succès
auprès de tous les gens de la gauche bien pensante qui, comme
moi, ne connaissent rien à l'économie et pourront ressentir
avec moi de façon immédiate une connivence affective.
Je me dirais même que, le créneau de l'imprécation
outrancière étant déjà occupé par
divers hystériques et frénétiques, Bernard Marris,
Viviane Forrester ou José Bové, je pourrais tenter d'adopter
la position du sage qui s'installe au-dessus de la mêlée
et qui regarde tout cela d'un air un peu dégoûté
et vaguement condescendant.
L'économie ? Quelle horreur, mon cher, quelle platitude. L'imprécation
? C'est grotesque, voyons, et si peu raffiné. Je forgerais quelques
néologismes pour me donner l'air brillant. Je me souviendrais
du jeune Marx répliquant à la " Philosophie de la
misère " de Proudhon par un cinglant " Misère
de la philosophie ", et je me dirais que le titre sonne bien et
pourrait, une fois réaménagé, servir à fustiger
le grand mal dont nous souffrons, nous, membres de la gauche bien pensante
et germanopratine : l'opulence.
Cela donnerait quoi ? " Misère de la prospérité
", par exemple. Cela sonne bien, non ? Et c'est bien envoyé
au visage de tous ces obsédés de la richesse ! Il me resterait
à trouver un sous-titre. Pourquoi ne pas dire que les obsédés
de la richesse, sous leurs allures éthiques et, rigoureuses sont
des adeptes d'une nouvelle foi irrationnelle. Cela donnerait : la religion
marchande. N'est-ce pas bien trouvé ?… Le livre écrit,
il me resterait à attendre. Comme c'était prévisible,
les louanges viendraient très vite. Quel penseur profond, dirait
le critique du " Nouvel Observateur ". Quel sens de l'équilibre,
ajouterait un chroniqueur du " Monde ". Et vous avez vu :
cette façon de s'en prendre aux extrémistes, ajouterait
tout content un journaliste du " Figaro ".
Croyez-vous que j'affabule ou que j'invente ? Non… Ce que je décris,
Pascal Bruckner l'a fait*, et je suis prêt à parier qu'il
en est fier. Je suis même prêt à parier que lorsque,
voici quelques jours, des gens réputés sérieux
et censés ne pas appartenir à la gauche bien pensante
lui ont remis le prix du livre d'économie, il s'est dit quelques
instants qu'il avait contribué à faire évoluer
les choses dans la bonne direction.
Pour ce qui me concerne, tout cela me ferait sourire si ce n'était
si attristant. Sur six milliards d'êtres humains, moins d'un milliard
a accès au développement, et plutôt que de se préoccuper
des possibilités de soulager la misère, des intellectuels
distingués osent encore gloser, d'un air chic et désabusé,
sur " les dommages causés par le développement ".
Ceux qui croupissent dans la misère ont été victimes
des dogmes tombés de la tête de crétins fébriles
qui sont les ancêtres des intellectuels distingués d'aujourd'hui
qui préfèrent dire, comme Pascal Bruckner, que les miséreux
ont été victimes du capitalisme, bien sûr…
La connaissance de l'économie reste à l'heure actuelle
très faible, et les pays où la connaissance est la plus
diffusée sont aussi les pays les plus dynamiques et les plus
créateurs de richesse. Les intellectuels distingués d'aujourd'hui
vous diront, comme Pascal Bruckner, qu'il n'y a pas de connaissance
dans le discours économique, juste les thèses arbitraires
des " doctrinaires du marché " et de partisans d'un
" économisme " dont il faut " sortir " au
plus vite.
Ne vous attendez pas à des démonstrations : les démonstrations,
c'est bon pour les besogneux, ceux qui ont des scrupules, des gens comme
Pascal Salin ou Jacques Garello dont Bruckner semble avoir connaissance
surtout par ouï-dire. C'est bon pour des imposteurs dogmatiques
comme Friedrich Hayek ou Adam Smith : des génies comme Bruckner
n'ont rien à démontrer, et la lecture hautaine en cinq
minutes d'un ouvrage de mille pages qui a demandé dix ans de
travail à son auteur suffit à Bruckner pour trancher.
Cette démarche devait effectivement être récompensée.
La réflexion économique en France était déjà
proche de l'indigence, et les rares économistes sérieux
étaient déjà en situation de parias. Il semble
que grâce à Pascal Bruckner, l'indigence s'affirme triomphante.
Pendant ce temps, la France continue à décliner, la misère
continue à tuer sur trois ou quatre continents.