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Alain Dumait


De sérieux motifs de pessimisme, et même de désespérance, nous parviennent chaque jour. La prospérité est toujours précaire. La faillite retentissante d'une seule entreprise, surtout si elle est frauduleuse, ébranle la confiance de tout le système capitaliste mondial. L'univers et notre environnement, sont fragiles. Un seul bateau-poubelle transportant du pétrole, pourtant de capacité moyenne, peut endeuiller des centaines de kilomètres de nos rivages. Et en plus, loin de disparaître, les menaces de guerre sont constantes.
Dans ce monde fragile, les individus, les entreprises, les nations ne peuvent finalement que faire de leur mieux pour progresser : en améliorant leurs connaissances, afin de transmettre à nos enfants un monde meilleur, puisque telle est la loi qui préside à notre présence sur la terre.
Or, souvent, et en particulier, au niveau des décisions politiques, les choix qui sont faits vont exactement à l'inverse de cette ambition. C'est en particulier le cas en France s'agissant de la gestion des dépenses publiques, de la sphère publique en général, et au-delà, des questions engageant l'avenir sur plusieurs générations. Ainsi, transmettre aux générations futures une dette publique représentant plus de 15 000 euros par personne, ou encore un système de retraite par répartition, sans réserve financière aucune, sont des crimes contre la postérité.
Les solutions existent. On les connaît. Même si elles ne sont pas enseignées à l'ENA. Elles reviennent à tourner le dos aux errements qui ont présidé à la gestion des affaires publiques depuis trente ans. À revenir au principe élémentaire de la responsabilité individuelle et à démanteler l'État-providence qui attire chez nous la misère du monde. Même avec le bon sens d'un Jean-Pierre Raffarin et l'énergie d'un Nicolas Sarkozy, le moins qu'on puisse dire est que nous ne prenons pas exactement ce chemin.
Certaines réformes pourtant indispensables peuvent même sembler aujourd'hui irrémédiablement compromises. Par exemple, quand l'inscription au bilan d'une entreprise publique de provision au titre des retraites qu'elle aura à verser dans l'avenir se traduit par une charge telle qu'elle ramène ses fonds propres à un chiffre négatif (exemple d'EDF), on peut craindre que toute tentative de privatisation soit irrémédiablement compromise…
Au regard de toutes ces raisons d'être inquiet sur l'avenir de notre pays - dont on a assez dit qu'il recule à la vitesse grand V par rapport aux autres pays développés - il y en a une autre, et elle est de taille, qui nous incite à garder l'espoir. C'est l'élargissement et la généralisation à tous les secteurs d'activité, envers et contre tout, depuis au moins vingt ans, de la concurrence internationale.
Le long chemin de la libéralisation des échanges au niveau international, engagé au milieu du xixe siècle, par les économistes anglais, touche à sa fin. La dernière proposition des États-Unis présentée devant l'Organisation Mondiale du Commerce, tend à supprimer purement et simplement les droits de douane sur les produits industriels d'ici à 2010 ou 2012. Les deux Amériques, l'Europe avec les pays qui y sont déjà associés, et les deux milliards d'Asiatiques (y compris la Chine, le Japon et l'Inde), constituent déjà ou sont en train de constituer, pour le troisième ensemble, de vastes zones de libre-échange. Des résistances sectorielles ne manqueront pas de se produire. Tel ou tel pays, y compris les États-Unis, pourra bien mettre en œuvre provisoirement des clauses de sauvegarde. Qui ne voit que d'ici quinze ou vingt ans, l'ensemble des échanges internationaux, de biens et de services, sera certainement libéré de tout droit de douane et de l'essentiel des entraves encore en usage aujourd'hui.
C'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas tout. Depuis quinze ans, et tout particulièrement en Europe, orchestrée par la Commission de Bruxelles, on est allé vers une généralisation de la concurrence qui, bon gré mal gré, s'est étendue aux services publics et a dû être inscrite dans les lois nationales. Il suffit de regarder en arrière et de faire les comptes : le secteur des télécommunications a été entièrement libéré, après celui des transports aériens. Le secteur des assurances a été soumis à la concurrence dès 1994. Le secteur de l'énergie sera à son tour entièrement libéré d'ici à 2007. Le monopole de la Poste, déjà entamé, va voler en éclats. Ensuite, ce seront les vastes secteurs de la santé, de l'éducation et de la prévoyance qui devront se faire à l'idée de vivre eux-aussi dans des environnements concurrentiels.
Or les bienfaits de la concurrence sont parfaitement connus. Non seulement, elle incite à réduire les coûts, mais en plus, elle permet l'amélioration de la qualité des produits existants, l'introduction plus rapide de nouveaux produits, de nouveaux moyens de production. C'est l'éperon de l'innovation et du progrès.
Sur cette route, les politiciens français, tous protecteurs des droits acquis, traînent les pieds. Mais, ils ne peuvent reculer sans remettre en cause toute la construction européenne. À Paris, ils se plaignent de cette conception européenne de la généralisation de la concurrence, mais à Bruxelles, ils l'approuvent ! C'est pourquoi, malgré eux, et en dépit de toutes les difficultés auxquelles nous nous heurtons, nous sommes quand même bel et bien sur le chemin de la liberté.


 


 
 

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