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" Les 4 Vérités-Hebdo "
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Vous êtes sans doute nombreux à avoir déjà
oublié que des élections prud'homales se sont déroulées
le 11 décembre dernier. C'est pourtant sur ce sujet qui relève
de la chère exception française, que je choisis de revenir
cette semaine.
Le fonctionnement de nos 271 conseils de prud'hommes est en soi une singularité
nationale. Partout ailleurs en Europe, les conflits résultants
de l'application des contrats de travail relèvent soit de la justice
ordinaire, soit d'un échevinage, où interviennent à
la fois des juges professionnels et des conseillers prud'homaux.
Une telle institution doit être jugée sur ses actes. Les
chiffres dont on dispose laissent sceptique sur son efficacité.
58 % des décisions prises en première instance par ces conseils
font l'objet d'un appel. C'est beaucoup. Le délai moyen pour obtenir
une décision est proche de douze mois. C'est trop. Et 8 % seulement
des affaires introduites font l'objet de conciliation. C'est peu.
Il s'agit surtout d'une justice trop politisée. Bernard Thibault,
secrétaire général de la CGT, reconnaissait d'ailleurs
que ses conseillers prud'homaux avaient vocation " à créer
de la jurisprudence favorable aux salariés "… Des juges dont
la désignation est assortie d'un mandat impératif ne peuvent
certainement pas délivrer une bonne justice.
On a vu la gauche s'acharner sur les tribunaux de commerce. Les dysfonctionnements
des conseils des Prud'hommes sont autrement plus criants.
En vérité, le scrutin du 11 décembre, qui a lieu
tous les cinq ans, retient l'attention des observateurs non pas tant à
cause de son objet, mais plutôt parce qu'il est l'occasion de mesurer,
soi-disant, la représentativité des syndicats en France.
En effet, à cette occasion, tous les salariés comme les
employeurs du secteur privé, sont invités à aller
aux urnes. Et ils peuvent même le faire sur leur temps de travail.
Tout a été fait pour les convaincre d'aller voter. À
cette occasion, la publicité commerciale à la radio et dans
la presse écrite, est autorisée, contrairement à
ce qui se passe pour les élections politiques. Le vote par correspondance
est sans aucune restriction. Et malgré cela, il y a eu plus de
67 % d'abstention !…
Le paysage syndical apparemment est d'une remarquable stabilité.
Parmi les suffrages exprimés, la CGT arrive toujours en tête
avec 32 % des suffrages exprimés, la CFDT est en deuxième
position avec 25 %, FO en troisième avec 18 %, suivie de la CFTC,
en dessous des 10 % et la CGC qui franchit la barre des 7 %. Du côté
des organisations patronales, les listes d'union rassemblant les représentants
du Médef, de la CGPME et de l'Union professionnelle artisanale
regroupent 80 % des suffrages exprimés.
Malgré l'abstention-record du 11 décembre, qui les chagrine
un peu, les organisations concernées s'estiment toutes re-légitimées.
C'est oublier un peu vite que ces organisations bénéficient
d'un monopole au titre d'une représentativité proclamée
en 1945 et jamais remise en cause depuis, aucun syndicat nouvellement
créé n'ayant jamais été autorisé à
venir concurrencer les plus anciens. Une décision de justice a
même, en 1997, interdit à une organisation proche du Front
National de présenter ses candidats. Nous avons donc affaire, en
quelque sorte, à des syndicats " officiels ".
Pour être vraiment représentatifs, les syndicats en question
devraient être non seulement soumis à une forme ou une autre
de véritable concurrence, mais encore ils devraient s'appuyer sur
des forces véritables qui ne peuvent résulter que du nombre
de leurs adhérents. Or, dans le secteur privé en tout cas,
les syndicats n'ont pour ainsi dire aucun adhérent. Ils ne diffusent
eux-mêmes aucun chiffre. Mais les études les plus sérieuses
les créditent de quelques dizaines de milliers d'adhésions
seulement, concentrées dans les grands groupes industriels.
On sait bien que les syndicats français ne recrutent vraiment leurs
adhérents que parmi les fonctionnaires qui, à l'exception
des salariés de la Sécurité sociale et des personnels
à statut des entreprises publiques, n'étaient pas appelés
à voter le 11 décembre. Les syndicats recrutent dans la
fonction publique pour la raison que celle-ci est co-gérée
par eux avec les pouvoirs publics. Du coup, les syndicats défendent
surtout et avant tout les intérêts des fonctionnaires…
Le 11 décembre dernier, 32 % des salariés du privé
sont donc allés voter non seulement pour renouveler 14 646 conseillers
prud'homaux, mais aussi pour conforter, sans même le savoir, sans
doute sans le vouloir, des syndicats qui ne conçoivent la solution
des conflits de travail entre l'État-employeur et ses salariés,
les fonctionnaires, qu'en mettant à contribution les contribuables
en général, et les salariés du secteur privé
en particulier. Quand ce n'est pas en les mettant à pied…
Le 11 décembre, on a pu vérifier que peu de Français
aimaient les syndicats. Mais il n'a pas été possible de
compter combien les détestaient…