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Sommaire
Chronique de Géopolitique
La nouvelle Otan
par Louis Sorel
Tchétchénie : guerre, corruption, Islam
par Michel Guénec
Repère :Turquie et Islamisme
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Islamisme,
Terrorisme, Israël
Un totalitarisme
qui s'enhardit,
Une violence aveugle,
Une nation en première ligne
Trois sujets chaque jour
Plus cruciaux !
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Article du journal Les 4 vérités Hebdo ,
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L'OTAN, la Tchétchénie,
la Turquie
Cette page est réalisée par Res Geopolitica,
groupe d'études et d'analyses géopolitiques.
La nouvelle OTAN ...............................par
Louis Sorel
Dans les semaines et les mois qui ont suivi les attaques terroristes
du 11 septembre 2001, de nombreux analystes ont anticipé la disparition
de l'OTAN. Nées en 1949 pour affronter la menace massive et immédiate
de l'URSS, l'Alliance atlantique et son organisation militaire intégrée
sont, de fait, inadaptées à une éventuelle intervention
en Afghanistan. Bien que l'article 5 relatif à la défense
collective ait été activé, les États-Unis
ne recourent pas aux services de l'OTAN. Ils préfèrent traiter
en bilatéral avec les alliés et font leur shopping.
Le sommet de Prague des 21 et 22 novembre a pourtant déjoué
les pronostics les plus pessimistes. La reconfiguration de l'Alliance
atlantique est en cours.
Premier axe : l'élargissement à l'est. Les trois États
baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), la Slovaquie, la Slovénie
ainsi que la Roumanie et la Bulgarie sont invités à rejoindre
la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie, précédemment
admises en 1999. Depuis le mois de mai, la Russie est par ailleurs plus
étroitement associée à l'OTAN au sein d'un "
conseil à vingt ".
Second axe : l'élargissement des fonctions de l'OTAN. À
partir de 1995, cette organisation de défense collective a pris
en charge des missions dites " non-article 5 ". Il s'agit du
maintien et de la restauration de la paix. Voir le Kosovo en 1999. En
juin 2002, le secrétaire à la défense des États-Unis,
Donald Rumsfeld, a proposé de faire de la lutte contre le terrorisme
et la prolifération des armes de destruction massive de nouvelles
missions de l'Alliance atlantique. La chose a été définitivement
entérinée à Prague.
Troisième axe : le " réoutillage " et la globalisation
de l'OTAN, de manière à mener à terme cette lutte.
D'ici octobre 2004, les premiers éléments d'une " force
de réaction de l'OTAN " (FRO) seront mis sur pied. Elle sera
pleinement opérationnelle deux ans plus tard. Composée de
20 000 hommes disponibles en permanence, cette formation d'élite
sera susceptible d'intervenir " partout où il le faudra ".
De fait, les fonctions de l'OTAN ne sont plus limitées à
l'espace euro-atlantique.
Le sommet de Prague démontre donc la valeur que les États-Unis
confèrent à l'OTAN. Leur présence militaire en Europe
permet de projeter force et puissance en Asie et au Moyen-Orient. Elle
contribue aussi à garantir l'accès aux " économies
et sociétés ouvertes " de l'Ancien Monde et les marchés
d'armement alliés ne sont pas le moindre des enjeux. Enfin, l'implantation
de senseurs en Europe est essentielle au déploiement du futur bouclier
spatial américain (Missile Defence).
Pour certains observateurs, le renforcement de l'OTAN est l'expression
stratégique d'un empire néo-occidental associant étroitement
Européens et Nord-Américains. Ancien conseiller à
la sécurité, Zbigniew Brzezinski n'hésite pas à
parler d'une organisation de défense de l'" homme blanc ".
On doit pourtant s'interroger sur la place des Européens dans ce
dispositif stratégique et géopolitique.
En l'état actuel des choses, l'OTAN contrarie l'avènement
d'une Politique européenne de sécurité et de défense
(PESD). En décembre 1999, le conseil d'Helsinki a en effet planifié
la constitution d'une Force européenne de réaction rapide
(FERR) d'ici 2003. Elle devrait comprendre 60 000 hommes, déployables
en 60 jours, capables de tenir un théâtre d'opérations
pendant un an. L'entreprise se révèle difficile et la FRO
pourrait se voir affecter les meilleures unités européennes.
Les uns et les autres ont bien sûr précisé que la
FERR et la FRO étaient complémentaires mais, dans les faits,
il y a bien concurrence.
Autre signe inquiétant, l'incapacité et l'absence de volonté
des Européens de succéder à l'OTAN en Macédoine.
La mission " renard roux " arrive à échéance
à la mi-décembre. Sous les couleurs de l'OTAN, 700 soldats
sont chargés de veiller au respect des accords signés entre
le gouvernement macédonien et la remuante minorité albano-musulmane.
Pour prendre le relais, la PESD doit utiliser les moyens de planification
de l'OTAN. Exerçant un chantage éhonté sur l'Union
européenne, la Turquie use de son droit de veto. En conséquence,
les Européens ne sont pas au rendez-vous et la mission de l'OTAN
a été renouvelée pour six mois.
Il est dans l'ordre des choses que nos amis et alliés américains
n'aient pas intérêt à voir s'affirmer une Europe souveraine
et indépendante. Même si, dans les reconfigurations géopolitiques
en cours, une alliance bipolaire et paritaire entre les deux rives de
l'Atlantique consoliderait le vaste espace européo-occidental.
Pour autant, vilipender le leadership de Washington relève de l'aveuglement.
Il faudrait au préalable que les Européens veuillent s'engager
dans une " concurrence créatrice " avec ce qui était
autrefois leur appendice occidental.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les quinze États de l'Union
européenne ne dépensent pas la moitié des sommes
que les États-Unis affectent à la chose militaire. Leurs
capacités de combat atteignent péniblement 15 % des capacités
américaines ! Les lacunes sont criantes en termes de renseignement,
de structures de commandement et de planification (réseaux de communication)
et de transport stratégique (avions-cargos).
Au-delà des chiffres, le chercheur américain Robert Kagan
croit pouvoir identifier deux attitudes fondamentalement opposées
: " Les Américains sont des habitants de Mars et les Européens
de Vénus ". Alors que les premiers se sont convertis à
la realpolitik et investissent dans la défense, les seconds préfèrent
financer leurs welfare states. Sur le plan international, ils cherchent
à promouvoir un " nouvel ordre kantien ", fondé
sur le fétichisme du droit et la sécurité collective.
Bref les Européens de la " modernité tardive "
auraient renoncé à la puissance. En ce cas, on ne voit pas
comment on pourrait penser, concevoir et conduire une politique européenne
de défense.
Tchétchénie : guerre,
corruption, Islam ... par Michel Guénec guenecmichel@hotmail.com
La mise en scène des preneurs d'otages dans
un théâtre moscovite, fin octobre, a clairement montré,
pour ceux qui en doutaient encore, que l'islamisme est en train de devenir
le moteur du conflit tchétchène. L'islam, c'est vrai,
fait partie des religions traditionnelles de la Russie et, au moins
depuis le milieu du xviiie siècle, est à ce titre protégé
par les tsars. Ce n'est donc pas une religion importée. Les musulmans
russes seraient aujourd'hui environ 20 millions, soit 1/7e de la population
totale. La plupart vivent dans le Nord Caucase ou, le long de la Volga,
au Tatarstan et au Bashkortostan, mais il existe de fortes populations
dans les grandes villes comme Moscou, Rostov-sur-le Don et St-Pétersbourg.
La grande majorité est sunnite, mais il subsiste de larges communautés
soufistes dans le Nord Caucase. Toutefois, le wahhabisme était
déjà présent dans cette région comme en
témoigne la mort du chef religieux pro-russe Sayid-Pasha Salikhov,
assassiné avec son fils en Tchétchénie mi-novembre
2002, dont la famille était venue d'Arabie Saoudite au début
du xxe siècle.
Deux facteurs nouveaux sont cependant en train de bouleverser la carte
de cet islam traditionnel. Tout d'abord, l'arrivée de prédicateurs,
arabes pour la plupart, bien formés et financés par les
pays du Golfe, et qui ont su profiter de la médiocrité
des chefs religieux locaux, discrédités par 70 ans de
collusion avec le pouvoir communiste, pour noyauter la population. Ensuite,
la radicalisation religieuse (salafisme) de la partie la plus violente
des combattants tchétchènes, comme l'emblématique
Basayev, et l'ascendant pris par elle sur les nationalistes ou les soufistes,
même si ce faisant elle est entrée en conflit avec la société
traditionnelle. La propagation de l'islamisme en Russie est donc aussi
une lutte des fils, radicaux, contre les pères, nationalistes,
musulmans modérés ou pro-russes.
Aujourd'hui le conflit tchétchène est devenu, selon un
policier français, " le point central du parcours des Moudjahidin
" […], " un nouveau vivier où l'argent afflue1 ".
Les volontaires y arrivent de toutes les régions musulmanes de
Russie, poussés par le chômage et la haine des soldats
russes, mais aussi à la recherche d'une identité religieuse
brouillée par l'oppression du régime soviétique.
Mais le prosélytisme islamique touche toute la région.
Au Bachkortostan, par exemple, pour cette seule année,
70 nouvelles organisations religieuses ont été enregistrées,
" la plupart prêchant l'islam2 ". Au Daghestan, une
autre république russe, il existe aujourd'hui 200 écoles
coraniques et " plus de 1 700 mosquées y ont été
ouvertes3 " tandis sous l'effet d'une loi de 1999 la morale islamique
tend à s'imposer dans la vie privée. Au Tatarstan, le
très influent Congrès de l'Union des médecins musulmans
propose de remplacer les services publics de santé par des médecins
musulmans.
Il est aujourd'hui évident, après bientôt huit ans
de guerre, que l'utilisation de la force en Tchétchénie
mène à une impasse. Qui plus est, depuis la prise d'otages
de Moscou, il existe au sein de la population russe une " atmosphère
de revanche " : la chasse aux Tchétchènes est ouverte
en Russie, dans les usines, les écoles, les rues, les marchés
et l'armée,qui devait se retirer et laisser la place aux forces
du ministère de l'intérieur tchétchène vient
de se voir chargée d'accroître la répression. Répétons-le
: la guerre de Tchétchénie n'est pas une guerre entre
le peuple russe et le peuple tchétchène. C'est un conflit
multiforme où des militaires russes, des mafias, des hommes d'affaires…,
parfois alliés dans des alliances contre-nature, s'entretuent
dans une atmosphère de corruption, de bêtise, de haine
religieuse et ethnique, d'intérêts personnels, de trafics
de drogue, d'armes et de pétrole. C'est une guerre, surtout,
qui ronge de l'intérieur le développement démocratique
de la jeune Russie et ses relations avec l'Europe et une partie du monde.
Elle se déroule, on l'oublie, dans une région du monde
en pleine recomposition et où la Russie fait figure d'exemple
démocratique. La " pauvre petite Géorgie agressée
par l'ogre russe " n'est, elle-même, rien d'autre qu'une
république bananière dans laquelle la plupart des dirigeants
des ministères de la Défense et de l'intérieur
ou des services spéciaux font du trafic de drogue ou d'armes,
via, entre autres, les fameuses vallées de la Pankisi et de la
Kodori, vers la Turquie et l'Europe. La Russie, depuis la chute des
Talibans, est aussi devenue une des principales plaques tournantes du
trafic de l'héroïne afghane vers les marchés européens.
Même sous le régime soviétique, la Tchétchénie
était une zone de non-droit. L'intermède Maskhadov, de
1997 à 1999, n'y a bien entendu rien changé. Son indépendance
ne réglerait rien et ne ferait qu'allumer une autre guerre entre
les islamistes, les nationalistes de Maskhadov et les Tchétchènes
pro-russes, guerre qui mettrait le feu à l'ensemble de la région.
Cette indépendance, si le président Poutine finissait
par s'y trouver acculé, serait aussi une immense victoire pour
tous les islamistes du monde. Elle ferait alors de cette petite république
caucasienne le premier pays conquis par l'islam radical les armes à
la main. Cette indépendance signifierait aussi livrer des centaines
de milliers de pauvres gens à un islam radical totalement étranger
à leurs mœurs et à leurs traditions.
1 Le Figaro, 18 octobre 2002 "En France, le pessimisme domine".
2 RIA-Novosti du 20 novembre "110 religious organisations banned
in Bashkiria over extremism".
3 F. Longuet-Marx, "Les sociétés du Nord-Caucase",
Courrier des Pays de l'Est, octobre 2000.
Repère, Turquie et Islamisme
o Autrefois dénommée la " petite Asie ", la
Turquie (774 820 km2 ; près de 70 millions d'habitants) est donc
passée à l'islamisme. Emmené par Recep Tayyip Erdogan,
l'AKP (Parti de la Justice et du Développement) a emporté
363 des 550 sièges de la grande Assemblée nationale. 367
voix de députés sont nécessaires pour réviser
la constitution.
o R. T. Erdogan inéligible, c'est Abdullah Gül qui a été
porté à la tête du gouvernement islamiste. Agé
de 52 ans, celui-ci n'est pas un nouveau venu. Il a fait ses premiers
pas dans l'islamisme au tout début des années soixante-dix.
Emprisonné quelque temps après le coup d'Etat militaire
de 1980, il rejoint l'université puis passe plusieurs années
à Djeddah (Arabie Saoudite), au sein de la Banque islamique de
développement. Suit une carrière parlementaire (quatre députations)
et un activisme remarqué au sein du Conseil de l'Europe. Il y prend
la défense de ses coreligionnaires de Bosnie et de Tchétchénie.
En 1996, il participe au gouvernement de l'islamiste Necmettin Erbakan.
Ministre d'Etat, il y est responsable de la partie nord de Chypre, occupée
depuis 1974 par les troupes turques, ainsi que des relations avec les
républiques turco-musulmanes d'Asie centrale. Il lance aussi un
projet de coopération entre pays musulmans émergents, le
D-8. Ce bel effort est interrompu par les militaires qui renversent le
gouvernement Erbakan en 1997. Tout juste nommé premier ministre,
son épouse défraye la chronique en apparaissant coiffée
du foulard islamique le 20 novembre dernier.
o L'arrivée au pouvoir des islamistes est censée marquer
une rupture avec le laïcisme initié par Mustapha Kemal Atatürk.
En 1920, ce général refuse les conditions de paix de l'Entente
(traité de Sèvres). Il bat les Grecs, les Arméniens
et les Kurdes et obtient un nouveau traité (Lausanne, 1923) accordant
à la Turquie la totalité de l'Asie mineure. Considérée
comme laïciste, sa politique religieuse est censée occidentaliser
la Turquie. Force est pourtant de constater qu'il se tourne vers le Caucase
et l'Asie. Le transfert de la capitale à Ankara, au milieu de l'Asie
mineure, symbolise ce tropisme. Le " Père des Turcs "
(Atatürk) meurt en 1938.
o Sa politique religieuse est une entreprise de domestication de l'Islam.
Le kémalisme encadre et administre étatiquement la religion
en s'appuyant sur l'armée. Une administration centrale, le Diyanet,
est consacrée aux affaires religieuse et promeut un islam officiel.
Elle est intégrée aux structures étatiques.
o Dès 1945-1950, le kémalisme est amenée à
rechercher des compromis avec l'Islam populaire. Les confréries
religieuses et les Frères musulmans regagnent en puissance et l'enseignement
religieux devient obligatoire. Une faculté de théologie
ouvre à l'université d'Ankara et un institut supérieur
de l'Islam à Istanbul. Entre 1950 et 1960, l'Etat finance la construction
de près de 500 mosquées et le Diyanet voit ses fonds augmenter.
En 1967, les confréries religieuses se constituent en fondations
sociales et éducatives. En 1983, le premier ministre, Türgüt
Ozal, mène une politique ouvertement pro-religieuse. Il autorise
le financement saoudien des fonctionnaires religieux turcs en Europe et
permet la création de banques islamiques proches des confréries.
Le budget du Diyanet dépasse alors celui du ministère de
l'enseignement.
o La réislamisation de la Turquie est donc une réalité
de longue durée. Elle a aussi ses aspects extérieurs. Ordonnée
par Bülent Ecevit, l'invasion de Chypre de juillet 1974 se fonde
sur l'exaltation de la solidarité islamique. Comme lors du génocide
arménien (commis par les Jeunes Turcs modernistes) et de l'épuration
anti-chrétienne des années 1920. La fin de l'URSS et le
démembrement rappellent aux Turcs leur passé ottoman et,
de l'Europe du Sud-Est au Turkestan chinois, l'Islam devient le vecteur
d'unité des peuples turco-musulmans. L'Etat turc s'appuie sur les
communautés musulmanes balkaniques pour mener une politique néo-ottomane
sur le flanc sud-est de l'Europe.
o Ce néo-islamisme se conjugue avec un panturquisme renaissant.
La chose n'est pas nouvelle. Dès sa fondation, L'Etat-nation turc
a joué la carte du panturquisme pour renforcer sa légitimité.
" Un jour, prophétisait Atatürk, le monde verra avec
stupeur s'éveiller et se mettre en marche cet empire qui gît,
encore ensommeillé, dans les flancs de l'Asie ". Bien plus
tard, à Helsinki, en décembre 1999, la Turquie se voit reconnaître
par le Conseil européen le statut de candidat officiel à
l'adhésion. Alors premier ministre, Bülent Ecevit déclare
que les frontières de l'Europe s'étendront inévitablement
vers l'Azerbaïdjan, le Caucase et finalement l'Asie centrale. Patience
et longueur de temps ...
X.P.
Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com
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