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La guerre aux barbares
Alain Dumait
Il n'y a aucune raison de douter de la volonté sincère
de ce gouvernement de faire la guerre " aux barbares de la route
", selon la mâle expression du Président de la République,
monté lui-même en première ligne sur un sujet décrété
d'importance et d'urgence nationale.
Des décisions ont été prises et annoncées
à l'issue d'un comité interministériel sur la sécurité
routière, qui s'est tenu à
l'hôtel Matignon, le mercredi 18 décembre. Comme l'a indiqué
Jean-Pierre Raffarin " C'est dans la durée qu'on jugera de
l'efficacité de ces décisions ".
Il faudra, en effet, quelques années, au moins deux ou trois, sur
la base de l'évolution des statistiques des décès
occasionnés par les accidents de la route, pour juger de la pertinence
des mesures retenues. À en croire les spécialistes, elles
vont certainement dans le bon sens. Seront-elles suffisantes ?
À cette occasion, on a pu qu'être frappé par la façon
dont les médias se sont littéralement mis au service de
la communication gouvernementale. Plusieurs jours de suite, l'ouverture
des journaux télévisés s'est faite sur l'accident
du jour monté en épingle. À chaque fois, un chauffard
était montré du doigt et condamné sans circonstance
atténuante et avant même que les résultats de l'alcootest
soient transmis à la presse… Non seulement, celle-ci s'est mobilisée
comme un seul homme, sur ordre, mais encore, le traitement du sujet a
été uniformément le même dans la presse écrite,
la radio et la télévision. C'est donc bien que le gouvernement
a les moyens de mobiliser quand il le veut, les médias à
son service…
Pourtant, il y avait certainement matière à débat,
non seulement, sur les mesures à prendre, mais aussi sur la signification
des chiffres, au-delà de celui cent fois répétés
des 8 000 morts par an sur nos routes. Sans doute, est-ce davantage que
dans plusieurs pays voisins et donc beaucoup trop. Mais, sait-on, par
exemple, qu'il y aurait eu, sur nos routes, en 1999, plus de 1 500 tués
de nationalité britannique traversant notre pays du nord au sud
pour rejoindre les rives de la Méditerranée ? Et puisque
les autoroutes sont plus sûres que les routes secondaires (6 % des
morts s'y produisent seulement), pourquoi concentrer sur ce réseau,
les contrôles de radars et pourquoi ne pas inciter un plus grand
nombre d'usagers à les utiliser, en supprimant les péages
quand ces équipements sont depuis longtemps amortis ?
Les lobbies
ont été ménagés
Tous les ministres ont été requis et sont montés
sur le pont. On a même entendu le ministre de la Justice, Dominique
Perben, déclarer " Il faut que la probabilité d'être
puni soit telle qu'on respecte les règles ". D'où renforcement
des sanctions, surveillance électronique, embuscade de gendarmes
et CRS, et même infiltration de véhicules banalisés
dans la circulation générale, aux seules fins d'observer
le comportement des conducteurs, pour les verbaliser et leur retirer deux
ou trois points de permis s'ils ont un téléphone portable
à la main, où si les bambins à l'arrière n'ont
pas accroché leur ceinture. C'est bien la preuve que, quand l'objectif
est fixé, quand l'urgence est déclarée, tous les
moyens sont bons pour l'atteindre.
Cependant, on aura bien noté que le premier Ministre, fidèle
à sa méthode, s'est bien gardé de heurter de front,
les lobbies qui, dans ce pays, comptent : pas de nouvelle réduction
de la limite du taux d'alcool dans le sang ; pas question de brider les
moteurs des voitures les plus puissantes…
On se prend évidemment à rêver : et si, enfin, la
même volonté politique, la même mobilisation, le même
langage étaient enfin mis au service, non plus seulement de la
guerre aux seuls barbares de la route, mais d'une guerre à tous
les barbares, ceux qui, partout en France, dans nos villes, nos banlieues
et nos villages, commettent chaque année, par millions, des crimes
et des délits (plus de 4 millions de faits constatés et
de l'ordre de 20 millions de faits réels) ? Mais, on est bien obligé
de constater que si Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy
et Dominique Perben se disent décidés à être
impitoyables à l'égard des chauffards, on attend toujours
l'expression de la même détermination quand il s'agit des
" sauvageons ", pour reprendre l'expression de Jean-Pierre Chevènement.
La prévention
par la répression
Même si nous avons affaire à une " bataille "
ciblée, catégorielle, il est intéressant de souligner
que, pour celle-ci, on croit à la valeur exemplaire de la répression.
Alors que pour l'autre, celle qu'il conviendrait de mener dans les cités
de logements sociaux occupés par des familles immigrées,
on dit croire à la valeur contraire, celle de l'excuse. Le délinquant
identifié à l'occasion de la première, ira en prison
pour expier, tandis que celui qui viendrait à être arrêté
à l'occasion de la seconde, irait en prison pour parfaire son éducation…
Commençons si on veut par les barbares de la route, mais continuons
le combat contre tous les autres barbares.
Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com