Les Français, en moyenne, selon un sondage de l'Institut CSA,
publié samedi dernier par le quotidien " La Croix ",
ont terminé l'année 2002 avec un moral nettement moins
bon qu'à la fin de 2001. En effet, les événements
marquants de l'année écoulée ont eu pour effet
d'entamer leur confiance, aussi bien dans l'avenir du monde, que dans
l'avenir de leur pays, tel qu'il est dirigé, notamment depuis
le 21 avril.
Ils sont pessimistes sur l'évolution économique ; ils
sont une majorité à dire s'attendre à une nouvelle
progression de la délinquance ; ils sont 60 % à estimer
que l'Europe, élargie à 25 pays, ne pourra pas fonctionner.
Autant de chiffres qui relativisent les résultats d'autres sondages,
attribuant de bonnes opinions à Jean-Pierre Raffarin, Nicolas
Sarkozy ou Jacques Chirac...
Au plan politique, l'événement majeur de l'année
écoulée a eu lieu le 21 avril à 20 heures : quand
les Français, presque tous présents devant leur écran
de télévision, ont pris connaissance du résultat
du premier tour des élections présidentielles, plaçant
en tête Jacques Chirac avec 19,88 % des suffrages, devant Jean-Marie
le Pen avec 16,86 % des voix, tandis que Lionel Jospin avec 16,18 %
était éliminé purement et simplement.
Les commentateurs officiels, sur le champ, et unanimes, parlèrent
d'une " énorme surprise ". Pourtant, ici même,
dans ces colonnes, plusieurs semaines auparavant, nous indiquions que
la présence du Président du Front national au deuxième
tour des élections présidentielles, était selon
nous, l'hypothèse la plus probable. N'ont donc été
surpris que les observateurs aveuglés par leur parti pris…
Même élu avec 82,21 % des suffrages le 5 mai, à
la suite d'une mobilisation populaire digne d'un régime de terreur,
il n'en demeure pas moins que l'actuel Président de la République
a recueilli moins d'un suffrage exprimé sur cinq le 21 avril.
Avec un si faible capital de confiance, il est difficile pour l'intéressé
de se prévaloir d'une autre autorité que sa fonction lui
confère.
C'est donc tout naturellement que, dans la foulée des élections
législatives marquées par un taux-record d'abstention
de près de 40 %, le Président Jacques Chirac a engagé
son nouveau gouvernement dans la voix du non-changement. Le budget pour
2003 est dans la continuité des précédents, avec
une nouvelle augmentation de la dette publique alimentée par
un déficit toujours à la limite de la tolérance
européenne ; les principales lois socialistes renforçant
l'État-providence sont conservées, avec ou sans correction
(RMI, CMU, APA - Aide aux personnes âgées), et même
celles qui n'étaient pas encore mises en oeuvre, sont validées,
comme la loi Gayssot fixant un minimum autoritaire pour les logements
sociaux (voir édito page 1).
Depuis le 21 avril, les caractéristiques du système politique
français sont devenues indiscutables, à défaut
d'être plus claires. Nous vivons dans un régime de social-
démocratie, ni démocratique, ni libéral.
- Ni démocratique, parce que la plupart des grandes décisions
de nature à influencer l'avenir de notre communauté nationale
ne sont pas ou ne sont plus soumises au suffrage du peuple souverain.
Celui-ci n'a jamais été et ne sera peut-être jamais
consulté sur l'immigration ou sur l'élargissement de l'Europe.
Mais, en outre, un grand nombre de décisions publiques, se traduisant
par des contraintes obligatoires pour tous les Français, sont
prises par des groupuscules ne représentant qu'eux-mêmes,
sans aucune légitimité populaire. Ainsi, pour toutes les
décisions relevant de la politique sociale et déléguées
de fait à des partenaires qui n'ont de représentatifs
que le nom.
- Ni libéral, parce que le pluralisme autorisé et pratiqué
dans ce pays s'applique moins aux individus qu'à des collectivités
organisées, des groupes de pression et, de plus en plus des communautés.
Observez le débat sur le financement des retraites ; suivez l'actualité
du secteur de la santé, ou de la protection sociale, et constatez
que notre société vit sur un modèle corporatiste.
On ne parle plus de classes sociales mais elles sont toujours là,
présentes, dans l'esprit de dirigeants formés à
l'école du marxisme.
D'autres surprises !
C'est ce système, désormais incarné par Jacques
Chirac, comme il aurait pu l'être par Lionel Jospin, qui est sorti
apparemment conforté des urnes le 21 avril. C'est pour la sauvegarde
de ce système que les médias se sont mobilisés, et
qu'ils continuent d'ailleurs à le faire, comme si l'opposition
à ce gouvernement était du côté du parti socialiste,
alors que les Français ont dit qu'elle était plutôt
du côté du Front National.
Il faudra attendre, en principe, 2004 pour que les électeurs français
aient à nouveau la parole. Il y aura cette année-là
une succession d'élections, régionales, cantonales, européennes,
et sénatoriales. Si rien ne change, il y aura cette année-là
encore plus d'électeurs écœurés qu'en avril 2002.
Avec de nouvelles " énormes surprises " en perspective…