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Article du journal Les 4 vérités Hebdo , http://www.les4verites.com

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L'euthanasie en débat :

 

Proprosition de loi sur l'euthanasie volontaire
Pierre Lance

Exposé des motifs :
Le désespoir le plus atroce saisit tout être humain lorsque, affecté d'une maladie incurable ou atteint par la déchéance de l'extrême vieillesse, il n'a plus devant lui aucun autre avenir que celui d'une souffrance sans trêve précédant une issue fatale.

Il s'avère donc indispensable de préciser dans un texte législatif les modalités selon lesquelles chaque citoyen pourrait faire respecter sa volonté de quitter la vie, s'il se trouvait dans les conditions susdites. D'où le projet de loi ci-dessous exposé.
Article Premier - Si une personne se trouve atteinte d'extrême vieillesse ou d'une maladie réputée incurable et si elle est réduite à un état de souffrance ou d'impotence tel qu'elle en vienne à exprimer clairement et expressément le souhait de mettre fin à ses jours, il est fait obligation à sa famille, au personnel médical et à l'autorité publique de lui fournir tous les moyens et toute l'aide nécessaires afin que sa libre volonté s'accomplisse.
Article 2 - Toute personne qui voudra se prémunir contre une impossibilité physique éventuelle d'exprimer sa volonté le moment venu pourra faire enregistrer sa volonté à l'avance par acte d'huissier. Des copies de l'acte seront adressées par l'huissier aux membres de la famille, aux médecins traitants et au tribunal d'instance du lieu de résidence de l'intéressé.
Article 3 - Vis-à-vis de toute personne qui se trouvera dans la situation décrite à l'article premier sans avoir exprimé sa volonté à l'avance et qui n'aurait plus la possibilité physique de la faire connaître, la conduite à tenir par les proches et par le personnel médical devra être impérativement la suivante :
a) On essaiera, en présence d'un huissier de justice, de connaître la volonté du patient, soit par des questions sollicitant un mouvement de tête ou de paupières, ou par tout autre moyen connu ou à connaître. La certitude de la volonté du patient de mettre fin à ses jours étant acquise, elle deviendra immédiatement exécutoire.
b) Dans le cas où il serait impossible de connaître la volonté du patient, la famille ou le médecin saisira immédiatement le Conseil euthanasique institué par l'article 4.
Article 4 - Pour toute personne se trouvant dans la situation décrite à l'article premier, qui ne se sera pas prémunie selon les modalités de l'article 2 et dont il sera impossible de connaître la volonté du moment, un " Conseil euthanasique " se réunira pour prendre la décision adéquate, à la demande de la famille ou du maire si cette personne est à son domicile ou du directeur de l'établissement hospitalier ou de retraite dans les autres cas. Ce Conseil sera composé de cinq personnes : deux médecins dont le médecin traitant, le plus proche membre de la famille, un conseiller municipal ou toute autre personne élue au suffrage universel et un magistrat du tribunal d'instance qui présidera les débats.
Article 5 - Le Conseil euthanasique prendra connaissance des dossiers médicaux, visitera l'intéressé et entendra toute personne qui lui semblera à même d'éclairer son jugement. Si le Conseil considère que l'état du patient n'autorise aucun espoir d'amélioration et que rien d'essentiel ne s'oppose à ce qu'il soit délivré de ses souffrances ou d'une survie végétative sans existence réelle, il pourra décider, par un vote à la majorité, que l'euthanasie doit être appliquée.
Article 6 - Une telle situation impliquant l'urgence, la saisine du Conseil pourra se faire par téléphone. Le magistrat désigné réunira le Conseil immédiatement et celui-ci devra entendre les témoins et prendre sa décision dans un délai de vingt-quatre heures.
Article 7 - Toute personne qui aura fait obstacle à la circulation des informations vers qui de droit sur l'état de la personne concernée par l'article premier sera passible de poursuites pour " non assistance à personne en danger ", le danger à définir ici étant celui de souffrance indicible et inéluctable.
Article 8 - Tout membre du personnel médical sollicité pour l'application de l'euthanasie sera en droit d'opposer un refus si ses convictions religieuses ou philosophiques s'y opposent. En ce cas, il devra faire diligence pour qu'une personne d'égale compétence le remplace et il s'interdira toute obstruction de nature à ralentir l'exécution de la volonté du patient ou de la décision du Conseil euthanasique, faute de quoi il serait justiciable des poursuites prévues à l'article 7.
Article 9 - Le texte de la présente loi devra être affiché dans la salle d'accueil de tous les établissements de soins médicaux publics ou privés.
(Toutes suggestions de modifications seront examinées avant que le projet définitif soit adressé à nos députés).

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Soins palliatifs
Jean-Claude Janet jean-claude.janet@noos.fr


Dans le numéro du 28 décembre, Pierre Lance, dont j'apprécie généralement les articles, développe une vigoureuse polémique sur l'euthanasie dont il se déclare franchement partisan. Je compatis aux souffrances de sa mère et de sa tante, respecte ses convictions et ne juge personne.
...Je ne suis pas surpris du résultat du sondage CSA dont j'ai moi-même, longtemps, partagé les conclusions à la suite de la perte d'un enfant de cinq ans, mort dans d'atroces souffrances dans les années soixante.
Et puis, j'ai connu, voici trois ans, une unité de soins palliatifs où je suis devenu accompagnant bénévole : mon vécu, sur le terrain m'a fait voir les choses autrement et m'a permis de comprendre que si un aussi grand pourcentage de Français était partisan de l'euthanasie, c'est que mal informés, une grande confusion règne dans ce domaine.
Il est courant de parler d'euthanasie " active " ou " passive ". L'appellation euthanasie passive est incorrecte : l'euthanasie consiste à provoquer la mort au moyen de drogues, souvent de cocktails lithiques. Le fait de débrancher un appareil ou de cesser les soins curatifs, pour les malades auxquels ces traitements ne peuvent plus laisser espérer une guérison, mais douleur et inconfort, revient à laisser faire la nature ; ce n'est pas l'euthanasie.
On pouvait comprendre la tentation d'euthanasie pour les malades incurables, connaissant souffrances et dégradations, à une époque où certains médecins parlaient de " douleur salvatrice ", se refusaient à utiliser la morphine ou à des doses insuffisantes, ou bien encore se livraient à l'acharnement thérapeutique.
Il en va autrement depuis qu'existent les " unités de soins palliatifs ". Dans presque tous les cas, les personnes malades, en fin de vie, ne souffrent plus physiquement et, accompagnées moralement, connaissent une fin digne et calme.
Les personnes favorables à l'euthanasie sont, souvent, les familles qui ne supportent plus la maladie de leur proche et, en toute bonne foi, souhaitent la fin de leur propre souffrance morale, de leur propre angoisse. En revanche, il est rarissime qu'une personne, en phase terminale, dans une unité de soins palliatifs, réclame l'euthanasie même si, bien portante, elle y était favorable.
Légiférer reviendrait à autoriser à mettre, prématurément, fin à la vie pour des raisons souvent, mais pas toujours, honorables. Légiférer, ce serait la possibilité de faire de la place dans les établissements hospitaliers. Légiférer, ce serait la tentation d'alléger les déficits d'assurance maladie.
Voici quelques jours, j'accompagnai un malade en phase terminale. Cette personne, consciente, m'a longtemps parlé de son souhait d'euthanasie. Un quart d'heure plus tard, elle remarque que son flacon d'oxygénation est presque vide : " allez vite prévenir une infirmière ", me demande-t-elle. Ajoutant, angoissée : " si cela arrivait la nuit, je pourrais mourir. " Ainsi, en un court intervalle, cette personne ne voulait plus mourir.

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Meurtre
M. Pétrot
Paris (75)


Je réagis à l'article " Euthanasie et démocratie " paru dans le n° 379 de votre bulletin " Les 4 Vérités Hebdo ". 88 % des Français, écrit cet auteur, sont favorables à l'euthanasie. 9 % hostiles. Soit ! Il en tire aussitôt la conclusion qu'une loi devrait être promulguée autorisant l'euthanasie volontaire, prétextant que les 9 % encore hostiles sont " englués dans des idéologies obsolètes ".
Après la reconnaissance par
l'État français de l'avortement (qui n'est autre que le meurtre d'un innocent avant sa naissance), doit-on maintenant légiférer pour autoriser cet autre meurtre, cette fois d'une personne adulte, que constitue l'euthanasie ?
Hitler avait déjà donné une réponse positive à cette question morale. On a vu où cela l'a conduit : des millions de personnes ont été " euthanasiées ", cette fois sans leur consentement, dans les camps de la mort. La prochaine loi réclamée en France sera-t-elle celle autorisant l'euthanasie des personnes ayant un handicap ? Où va t-on ?
La loi du plus fort n'est pas toujours la meilleure et la démocratie n'a pas pour mission de systématiser les égarements d'un peuple fût-il souverain, mais de préserver un sens moral qui nous vient du droit naturel.

L'infernale solution
Jean-Luc Boulard
<boulard.jl@wanadoo.fr>
Votre édition du 4 janvier relate les expériences morbides de M. Lance " soulageant " mère et tante et œuvrant ainsi à l'instauration de l'euthanasie légalisée sous l'euphémisme du " Droit de Mourir dans la Dignité ". Espérons que, la loi votée, tout le monde la pratiquerait avec cette seule ambition altruiste.
Évacuons l'argument selon lequel cette euthanasie serait déjà largement pratiquée ce qui justifierait sa légalisation. Ce raisonnement reprend l'habituelle stratégie qui tente de construire une légitimité démocratique à partir de pratiques supposées installées dans nos murs civilisés. Faudrait-il alors dépénaliser l'assassinat de vieilles dames, les viols, la pédophilie, bref tout ce que notre pauvre humanité vomit à longueur d'actualité ?…
De même, ne tombons pas dans le piège de l'apitoiement sur des cas évidemment choisis, emblématiques, pour frapper l'opinion sans être représentatifs d'une situation.
Sublimer, magnifier l'acte d'une désespérée connue, apparemment sereine, pour en faire une " icône du suicide assisté " me paraît très dangereux, voire spécieux. Même s'il s'agit de Mme Jospin, dont la qualité de mère d'une personnalité publique ne procure pas obligatoirement des vertus de clairvoyance.
Sous ces points de " forme ", on pressent une manipulation de l'opinion. À cet égard, la loi sur l'avortement apporta l'exemple le plus frappant, et apparemment récurrent, de cette méthode mise en œuvre pour imposer des principes jusqu'alors naturellement rejetés.
Sur le fond, le refus de l'acharnement thérapeutique ne peut que recueillir l'assentiment général ; mais l'euthanasie revendiquée comme un droit porte en germe d'indiscutables dérives.
Nombre d'associations ou de structures œuvrent heureusement pour la prise en compte des aspects positifs de l'ADMD (traitement de la douleur, soins palliatifs), sans pour cela promouvoir un assassinat légalisé comme le prévoit leur " déclaration de volonté de mourir dans la dignité ". On voit ainsi l'insidieux amalgame se mettre en place afin d'imposer cette " solution finale ".
La mise en examen pour assassinat de l'infirmière Malèvre met cruellement en évidence les dérives que l'euthanasie porte en germe.
Des appareils politiques, des systèmes économiques et sociaux peuvent s'emparer d'un commencement de législation sur l'euthanasie pour la contourner, la transformer radicalement en instruments à leur dévotion ou en solutions aux problèmes immédiats qu'ils ont à traiter. Notre société n'aime plus ses vieux qui coûtent cher, touchent des retraites que l'on ne sait plus financer, et que dire des handicapés.
Ceux qui adhèrent à ce courant de pensée, trompés par la connotation altruiste et positive d'une partie de ce programme, doivent s'interroger sur les pressions morales exercées sur une population déjà dans l'angoisse, avoir conscience des scrupules qui naîtront chez les malades en phase terminale, les vieillards diminués, tous les " faibles " de notre société qui ne partagent pas forcément ces macabres résolutions.
Comment ne pas être
angoissé de voir se mettre en place, inexorablement, une éthique entachée d'eugénisme, ne conférant une importance à la vie humaine que si elle rentre dans un format qui limite l'homme à son rôle social.
L'on ne mesure pas les conséquences de la désacralisation du principe de vie, sacralisation que l'auteur (franc-maçon) de " La vie avant toute chose " [1] stigmatisait dans la morale traditionnelle comme issue d'une " essence superstitieuse " et d'une " démarche fétichiste " et proposait de " poser le principe que la vie est un matériau, au sens écologique du terme, et qu'il nous appartient de gérer ". Sinistre postulat en voie d'accomplissement. Si cette logique prévaut, en l'absence de valeurs éthiques fortes et incontournables, l'homme improductif sera considéré comme un déchet à éliminer le plus proprement possible. Cela doit rester inacceptable.
S'il faut effectivement refuser la déchéance, la souffrance et assurer une fin dans la dignité, l'euthanasie, même travestie d'aimables atours et de bons sentiments, n'est pas la bonne réponse. Elle porte en elle trop de préceptes dangereux pour une humanité ayant déjà prouvé l'application qu'elle pouvait en faire.
Et pourquoi ne pas appliquer demain, en plus grand, en plus présentable et seulement partiellement, ce qu'avait expérimenté un germain fou, il y a soixante ans ?
Un demi-siècle passe, tout est oublié.


[1] " De la vie avant toute chose ", Pierre Simon, Éditions Mazarine, 1979

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