La bévue dans l'affaire ivoirienne commise
personnellement par Jacques Chirac, une nouvelle fois mal conseillé
par Dominique de Villepin (le même qui l'avait poussé à
la dissolution en 1997, et que Bernadette Chirac ne peut d'ailleurs
pas supporter…) aura des conséquences durables même si
elles sont encore difficiles à apprécier.
Les négociations de paix de Marcoussis étaient certes
une bonne initiative, d'ailleurs couronnée de succès.
Sous l'autorité de Pierre Mazeaud, 72 ans, l'ensemble des parties
en présence, rebelles compris, se sont mis d'accord sur le principe
d'un gouvernement de réconciliation nationale sous l'autorité
du Président élu légitime, Laurent Gbagbo, en place
jusqu'à la fin de son mandat, en 2005.
À partir de là, il fallait évidemment laisser faire
ce dernier, quitte à le conseiller efficacement. Au lieu de quoi,
selon des témoignages convergents, c'est Jacques Chirac lui-même
qui s'est mis en tête de constituer la liste des membres du nouveau
gouvernement ivoirien, dans un style proprement colonial !...
Rentré à Abidjan, et sauf à être rapidement
renversé, le Président Gbagbo ne pouvait que tergiverser,
mettant ainsi la France au pied du mur : s'opposera-t-elle ou non aux
troupes rebelles marchant sur Abidjan quand les combats reprendront
? Et pouvons-nous à la fois assurer la défense d'un gouvernement
légitime tout en accordant une étonnante reconnaissance
diplomatique à des groupes rebelles, évidemment armés
de l'extérieur, ayant tout au plus quelques semaines d'existence
?
Le désastre ivoirien n'aura pas seulement des conséquences
durables pour ce pays, pour nos compatriotes qui y étaient installés,
pour l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, elle en aura aussi, bien sûr,
sur la crédibilité de notre action diplomatique, en tout
cas au moins dans toute l'Afrique, où le message a été
reçu " cinq sur cinq " : il suffit de trouver un peu
d'argent auprès d'un État étranger (Burkina Fasso,
Libye ou Arabie Saoudite…), acheter des armes, recruter quelques soldats
de fortune, et on peut devenir, selon la France, pour commencer, ministre
d'État, chargé du ministère de la Défense
ou celui de l'Intérieur…
De même, dans le dossier irakien, la France a tout d'abord joué
un rôle certainement utile tendant à élargir, à
l'Assemblée générale des Nations Unies, le consensus
international pour faire pression sur le dictateur irakien afin qu'il
désarme réellement et rapidement. En insistant pour qu'une
action militaire soit couverte par une nouvelle délibération
du Conseil de Sécurité, la diplomatie française
contribuait à asseoir la légitimité et le bon droit
des États-Unis.
Mais, depuis lors, on assiste à une dérive nettement anti-américaine
et pro-irakienne qui n'est pas sans rappeler l'époque du flirt
outrageant affiché, de 1974 à 1976, entre l'actuel Président
de la République et le futur Président irakien. Comme
si Jacques Chirac participait de cette fascination typiquement française,
et bien marxiste, pour les rebelles, les dictateurs et les terroristes
!
À peine réactivée, l'alliance franco-allemande
tourne également au désastre diplomatique, avec le camouflet
infligé par huit chefs
d'États européens, à la une du " Times "
de Londres, annonçant que pour leur part, ils soutiendront évidemment
les États-Unis d'Amérique, sans état d'âme,
dans l'affaire irakienne. C'est d'ailleurs au moment où l'économie
allemande se débat dans les pires difficultés, où
le chancelier socialiste Gerhard Schroeder devient minoritaire dans
l'opinion que Jacques Chirac trouve opportun de privilégier cette
alliance…
Le moins qu'on puisse dire est que la politique extérieure de
la France ne semble pas être présentement dans les mains
de personnes très qualifiées (voir page 3, l'article de
l'Ambassadeur de France, Christian Lambert).
Comme la gouvernance, bonne ou mauvaise, forme un tout, les résultats
ne sont pas meilleurs en ce qui concerne la situation intérieure.
Semaine après semaine, l'économie française s'enfonce
dans la crise. Par rapport à tous ses principaux concurrents,
et quel que soit le critère de comparaison, la France recule
dans tous les classements publiés. Pour le revenu par tête
d'habitant, elle est tout à fait en queue du peloton de l'Europe
des quinze, alors qu'elle était encore troisième en 1992
(selon le classement Eurostat).
Il n'y a pas de prospérité collective sans mobilisation
effective de l'opinion et en particulier, des agents économiques
efficaces. Pour créer des emplois, il faut permettre aux entrepreneurs
de le faire plutôt que de les décourager. Ce n'est pas
en gardant les 35 heures, l'essentiel de la soi-disant loi de modernisation
sociale et la retraite à 60 ans qu'on y parviendra. Ce n'est
pas en se focalisant sur les entrepreneurs " voyous " qu'on
fera naître des vocations de créateurs. Ce n'est pas en
faisant croire aux syndicalistes stipendiés qu'ils représentent
les forces vives qu'on réveillera l'esprit d'entreprise. Ce n'est
pas en flattant les cultureux subventionnés, en leur disant (comme
Jacques Chirac dimanche dernier) qu'ils sont les porte-paroles de la
société civile qu'on redonnera à la jeunesse le
goût simple de la saine compétition.