Couverture de livre
Paul Johnson
Une histoire des Juifs
Éd. Jean-Claude Lattès
686 pages, 41,93 euros
Sic
International
" La solution de la plupart des problèmes économiques,
sociaux et environnementaux ne peut être que planétaire "
(Roselyne Bachelot). C'est ce que les marxistes ont toujours dit…
Élections
" Aux élections européennes, avec huit inter-régions,
on peut se retrouver avec deux Le Pen pour le prix d'un : le père
et la fille ! " (Nicolas Dupont-Aignan).
FN
" 35 % des adhérents du FN ont pris leur première carte
en 2002 " (Carl Lang, secrétaire général du
Front National).
Répartition
" Avant de répartir la richesse entre actifs et retraités,
il faut songer à la créer " (Jean-Pierre Raffarin).
UMP
" L'UMP, c'est l'Union pour la Magouille Politique " (Philippe
Augier, secrétaire national de l'UDF, à propos de la réforme
du mode de scrutin).
Irak
" La seule question qui vaille est la suivante : avons-nous plus
de profits que d'inconvénients à tirer de la guerre en Irak
? La réponse tient dans une évaluation précise du
risque, c'est-à-dire dans un examen des " possibles "
politiques et stratégiques. Or, ce n'est pas dans le cadre de l'ONU,
tribune de parade, que l'on fait ce travail ; c'est dans celui d'une diplomatie
traditionnelle, experte, concertée et à l'abri des opinions
" (Philippe Tesson, journaliste).
Sécurité
" La sécurité, pour moi, c'est la coexistence de gens
différents qui se rencontrent en souriant " (Bertrand Delanoë,
maire socialiste de Paris).
Islamisme
" À mon avis, Nicolas Sarkozy pense que l'Union des Organisations
Islamiques de France [islamistes radicaux] est le plus à même
de calmer les banlieues en cas de conflit avec l'Irak " (Kamel Kabtane,
recteur de la mosquée de Lyon).
Diverses diatribes antisémites reçues ces derniers temps
m'ont donné l'irrésistible envie de me replonger dans l'un
des ouvrages les plus remarquables parmi ceux publiés par le grand
historien catholique anglais Paul Johnson : " Une histoire des Juifs
", traduit en français en 1989.
En prologue, expliquant son entreprise, Johnson note que c'est en écrivant
l'histoire du christianisme qu'il a commencé à s'intéresser
au judaïsme. " J'ai décidé d'écrire l'histoire
du peuple qui a donné naissance à ma religion ". Johnson
ajoute qu'il lui semblait passionnant aussi de s'intéresser à
un peuple dont l'histoire couvre plus de quatre millénaires.
Dans les pages qui suivent, Johnson scrute les récits bibliques,
les confronte aux documents et aux vestiges dont dispose l'historien,
trace la trajectoire d'Abraham depuis la Mésopotamie jusqu'à
la terre de Canaan, évoque le départ en Égypte, puis
le retour. " Avant le départ en Égypte, les Israélites
étaient un petit peuple comme les autres… Après leur retour,
ils étaient un peuple qui avait un but et un message pour le monde
" : l'homme a été fait à l'image de Dieu et
sa vie est sacrée. " Le code mosaïque, en étant
centré sur Dieu, est automatiquement centré sur l'homme
", et constitue un pas essentiel en direction du respect de l'être
humain qui s'inscrira plus tard au cœur de la civilisation occidentale.
Suivent la description minutieuse du conflit avec les Philistins, du choix
monarchique, de la division, de l'exil à Babylone, du retour encore,
des contacts conflictuels avec la Grèce, de la conquête romaine
enfin.
Aucun des peuples inclus dans l'empire romain ne s'est soulevé
contre celui-ci avec autant de vigueur que les Juifs, écrit Johnson.
La raison tient au fait que les Juifs " étaient trop évolués,
trop conscients intellectuellement pour trouver acceptable d'être
soumis à des étrangers ". Un Juif du nom de Joshua,
renommé Jésus dans le texte grec du Nouveau Testament, s'est
soulevé, lui, contre l'ensemble de l'ordre établi, ce qui
a entraîné sa condamnation, puis sa crucifixion par les autorités
romaines.
C'est, après la mort de Jésus, Paul de Tarse qui a répandu
le christianisme. Dès l'an 66, une révolte plus vive déboucha
sur une impitoyable répression romaine. La chute définitive
eut lieu en 135. L'immense majorité des Juifs se dissémina.
Seule une petite minorité resta là où avait existé
un État juif. L'empire romain d'Occident s'effondra, vint le temps
de Byzance, puis le temps de l'Islam, religion issue, elle aussi, du judaïsme.
La diaspora juive, marginalisée, persécutée, ghettoïsée
pendant des siècles n'en joua pas moins un rôle essentiel
en Occident. " Le progrès économique est le fruit de
la rationalisation ", note Johnson, et " les Juifs furent les
premiers grands rationaliseurs dans l'histoire de l'humanité ".
Elle ne sortit du ghetto matériel à la fin du XVIIIe siècle
que pour entrer dans ce que Johnson appelle le " ghetto de la suspicion
", celui créé par l'antisémitisme moderne où
le préjugé raciste se mêle à l'envie la plus
brute.
La haine anti-juive atteignit son point culminant en Europe à la
fin du XIXe siècle. Theodor Hertzl, lassé par l'arbitraire,
finit par rédiger et publier en 1896 le texte fondateur du sionisme
: " Nous avons tenté partout de nous intégrer aux communautés
nationales qui nous entouraient tout en conservant seulement notre religion.
On ne nous a pas permis de le faire ".
Suivirent le processus du retour au Proche-Orient, terre natale du judaïsme,
le rachat de terres à prix d'or, le travail opiniâtre qui
changea le désert en champs fertiles et qui fit qu'à mesure
que les Juifs revenaient, des Arabes affluaient. Suivit aussi la shoah,
qui reste plantée au cœur du XXe siècle comme " la
seule tentative de faire disparaître un peuple entier de la surface
de la terre ".
Puis la création par l'ONU de l'État d'Israël sur des
terres administrées par les Britanniques depuis les années
1920. À l'époque, les Arabes auraient pu disposer d'un État,
eux aussi : la haine, et l'envie toujours, les en ont empêchés.
La haine et l'envie n'ont pas cessé. Israël, fruit de l'antisémitisme,
reste attaqué par l'antisémitisme, mais survit, et survivra.
" Les Juifs, conclut Johnson, continuent à donner un sens
à la création ". C'est ce qui leur a donné la
force de survivre et de surmonter les épreuves. " Ils nous
ont apporté ce qui fait l'humanité en l'être humain
". Nous les avons étrangement remerciés.