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Pas de France libre sans l'Amérique
Alain Dumait

Dans l'espace autorisé par cette chronique, ce jour, mardi 11 mars 2003, essayons de clarifier l'affaire irakienne au risque de la simplifier.
Dans la droite ligne de la résolution 1441 votée à l'unanimité des quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU, tous les partis en présence se disent d'accord, officiellement, sur la nécessité de désarmer l'Irak, Jacques Chirac ajoutant même, dans son intervention du 10 mars, que ce pays détenait encore certainement des armes de destruction massive, et que ses dirigeants ne coopéraient pas pleinement avec les inspecteurs de l'ONU. Ils sont d'accord pour dire, plus ou moins fort, que Saddam Hussein est un tyran cynique qui doit être éliminé.
À partir de là, commencent les divergences. Pour George Bush, il faut en finir. Les tergiversations n'ont que trop duré depuis douze ans. Le maintien au pouvoir de cet individu qui se prend pour Saladin est devenu un défi pour l'Amérique, qu'il nargue. La lutte contre le terrorisme international doit commencer par la mise au pas des États-voyous sans lesquels il ne pourrait prospérer.
Pour Jacques Chirac, il faut continuer les inspections qui, dans le passé, auraient démontré leur efficacité, tout en augmentant encore la pression sur les autorités de Bagdad.
Il est possible que le Président de la République française ait raison. L'histoire nous le dira, peut-être. On se contentera, pour l'instant, de relever, dans sa déclaration de lundi dernier, certaines affirmations bien péremptoires : non, la guerre n'est pas toujours la pire des choses ! Il y a aussi l'esclavage et son acceptation… D'ailleurs, dans l'histoire, les exemples abondent de conflits qui, pour les vaincus, sont tenus aujourd'hui pour des libérations…
À l'évidence, le chef d'État minimise intentionnellement les conséquences pour l'avenir de cette opposition, entre les États-Unis et quelques-uns de leurs alliés d'une part, et les autres, d'autre part, emmenés par le Coq gaulois. Comme l'a dit avec éloquence Alain Madelin, espérons que demain, notre pays, bien ingrat, n'aura pas besoin, pour se défendre, de la protection de l'Amérique. Espérons aussi, si la guerre est déclenchée dans les jours qui viennent, qu'il n'apparaisse pas au grand jour que des armes de destruction massive étaient bel et bien cachées, et prêtes à servir, pour le dictateur de Bagdad.

Le Choc des civilisations est déjà en route

Il est possible que le Président des États-Unis ait eu tort de
masser trop vite quelque 300 000 hommes à la frontière Sud de l'Irak. Nous le saurons très vite.
Au-delà de cet événement, dont personne ne doit sous-estimer l'importance, c'est évidemment le problème du terrorisme international et celui du comportement de tous ceux qui sont visés par lui - en gros l'Occident - qui est posé.
Depuis le 11 septembre 2001, l'Amérique est en guerre. De ce point de vue, Bagdad n'est pas un but mais un détour. Les économistes diraient " un détour productif "…
Si la France, dans un passé récent, avait démontré sa détermination pour lutter contre le terrorisme international, qu'il soit d'État ou non, elle serait aujourd'hui plus crédible pour plaider, sereinement, un point de vue différent dans l'affaire irakienne. Mais notre pays hélas, s'est trop souvent couché devant des dictateurs, y compris quand ceux-ci, libyen ou syrien, faisaient tirer sur nos avions de ligne ou exécutaient nos ambassadeurs.
C'est bien beau de rêver d'un monde multipolaire, sans l'hégémonie de personne. Mais la puissance, qui, pour être durable, doit s'appuyer sur une économie prospère, ne se décrète pas, elle se mérite. Et les États-Unis sont aujourd'hui, et eux seuls, dans cette situation d'hyper-puissance. Seuls ils peuvent protéger, non seulement l'Amérique mais encore leurs alliés, comme ils n'ont cessé de le faire depuis 60 ans.
En attendant que l'Europe soit en mesure d'être un contre-poids crédible à l'Amérique - et qui ne voit qu'elle n'en prend absolument pas le chemin - le monde, comme presque toujours dans son histoire, est plutôt régi par une bipolarité. Hier, c'était la guerre froide entre l'Est et l'Ouest. Aujourd'hui, c'est la sale guerre entre l'Occident et les terroristes du monde entier. Et il ne suffit pas de se dire contre " le Choc des civilisations " - en faisant semblant de croire que l'auteur de la formule, le chercheur américain Samuel P. Huntington, y était favorable, alors que son ouvrage n'est rien d'autre qu'une mise en garde sur un phénomène qui est à l'œuvre, sous nos yeux, avec la montée de l'islamisme, aussi bien au Moyen-Orient que dans nos banlieues - pour répondre efficacement au défi qui nous est posé.
Si la guerre, qui nous a été déclarée le 11 septembre, ne fait que commencer, chacun devra choisir son camp. Ceux qui ne sont pas avec l'Amérique, George Bush ou pas, sont objectivement, ou seront bientôt, c'est à craindre, les complices des terroristes.

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com