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Le développement cancérigène des dépenses publiques
Alain Dumait


L'économie française était en récession au quatrième trimestre 2002. Pour le premier trimestre 2003, on attend l'oracle de l'INSEE. De toute façon, l'année en cours ne sera pas brillante. Et rien ne permet de penser que la suivante sera meilleure.
Dans ce contexte, et compte tenu d'un déficit budgétaire qui dépasse les 50 milliards d'euros pour le budget 2003, lequel s'ajoute à un stock de dettes publiques qui représente près de 70 % du Produit Intérieur Brut, morigéné de plus en plus sévèrement par les autorités de Bruxelles, le nouvel objectif de Jean-Pierre Raffarin de reconduire, en volume, pour 2004, les dépenses de l'État, peut paraître bien modeste, surtout si l'on tient compte d'une petite marge de manœuvre qu'il souhaite conserver, de l'ordre + 0,3 ou voire + 0,5 % d'augmentation. D'ailleurs, à l'Élysée, les Conseillers économiques de Jacques Chirac inciteraient le Premier ministre à ne pas " freiner trop fort ". Pour eux, la colère de Bruxelles passera, tandis que celle des fonctionnaires français et au-delà de tous ceux qui vivent de l'argent de l'État est à considérer avec beaucoup plus de prudence.
On peut s'étonner non seulement de cette absence de flexibilité des dépenses de l'État, mais encore de leur apparente absolue rigidité.
Si l'on regarde les choses avec un peu de recul, tout se passe comme si une sorte de cliquet empêchait les dépenses publiques de diminuer. La part de celles-ci dans le Produit Intérieur Brut reste calée sur le chiffre de 53 %. Et, en contre-partie de ce prélèvement proportionnellement constant, la qualité des services publics est en sensible diminution.
À l'inverse, la sphère privée, malgré tout, grâce à de constants et même efforts de productivité, parvient à en donner toujours plus aux consommateurs, à budget constant ou même en baisse.
Il y a là un apparent mystère qui mériterait d'être davantage étudié.
C'est ce que vient de faire l'Association " Contribuables Actifs du Lyonnais " (CANOL - BP 19 - 69131 Écully Cedex) en se penchant sur la gestion financière d'une quinzaine de collectivités territoriales du département du Rhône. L'une de ses conclusions vaut pour l'ensemble des collectivités publiques françaises : en moyenne, depuis vingt ans, les frais de personnels de l'administration augmentent plus vite que les prix et même plus vite que le Produit Intérieur Brut. Si l'on considère deux personnes embauchées à vingt ans, au même salaire, l'une dans le privé, l'autre dans la fonction publique, cette dernière verra statistiquement son niveau de salaire de fin de carrière se situer 30 ou 40 % au-dessus de celui de la première. Grâce au statut et aux avantages divers et variés accumulés par les fonctionnaires, aussi bien ceux qui sont en activité que ceux qui sont à la retraite. Et il en sera ainsi aussi longtemps que le statut de la fonction publique restera ce qu'il est. La réforme du financement des pensions de retraite des fonctionnaires envisagée par le gouvernement n'étant de ce point de vue qu'une petite partie d'un tout.
Or, si réformer le système de financement des retraites par répartition est déjà difficile, modifier le statut de la fonction publique constituerait une autre paire de manches ! Pourtant, cette réforme de la fonction publique a bel et bien été menée, depuis dix ans, dans une dizaine de pays à développement économique comparable au nôtre. Non seulement en Suisse, où elle a été purement et simplement supprimée à l'issue d'un référendum, mais également en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Unis, en Italie, aux États-Unis, au Canada…
Ce sujet fait l'objet d'un rapport remis le mois dernier au ministre de la Fonction publique par Yves-Thibault de Silguy. Après avoir écarté l'hypothèse d'une suppression de l'ENA - car ce serait " priver le pays d'un atout et d'un capital reconnus hors de l'Hexagone " - puis celle d'un simple aménagement du système actuel, ce document préconise une insertion de l'ENA " dans le système concurrentiel de formation français ". Il serait mis fin à ce que l'auteur appelle un " monopole bilatéral ", où l'ENA est une voie de passage obligée pour accéder à la haute fonction publique, tandis que les élèves de cette école ne peuvent avoir (avant pantouflage) d'autre employeur que l'État.
Comme souvent, ce rapport officiel tombera très probablement dans les oubliettes. En attendant, il démontre que ce n'est pas la lucidité qui fait défaut mais plutôt la volonté politique. Et, incidemment, il nous apprend que nos futurs hauts fonctionnaires sont de plus en plus acquis à une culture d'extrême gauche. La promotion 1999-2001 avait choisi de s'appeler " promotion Nelson Mandela ". 96 élèves sur 103 avaient signé un texte contestant l'ensemble du processus de formation dispensé à l'école. Rien n'indique que les vœux de ces jeunes messieurs-dames allaient dans le sens d'un désengagement de l'État. Bien au contraire !

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

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