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Retraites : je n'arrive pas à applaudir Jean-Pierre Raffarin
Alain Dumait

Le système français de financement des pensions de retraite n'a de répartition que le nom. Car, si nous étions dans un véritable système par répartition, la perspective d'une forte augmentation du nombre des bénéficiaires d'une part, en même temps qu'une stagnation (au mieux) du nombre des cotisants, devrait se traduire inéluctablement et mathématiquement par une forte diminution des pensions. C'est d'ailleurs ce que suggère le Premier ministre, mais à demi-mot seulement, quand on lui reproche d'organiser la baisse des pensions, alors qu'il explique qu'il fait tout pour les sauver.
Ce que défendaient les grévistes du 13 mai, ce n'est donc pas tant la retraite " par répartition ", que leurs " droits " - niveau des pensions, mode de calcul, durée de cotisation, avantages divers et variés - qui sont autant d'inégalités par rapport aux conditions qui président à la détermination des retraites dans le secteur privé.
Sans doute, les modes de calcul actuels des retraites du secteur public sont-ils régis par un statut, des conventions collectives…, bref un ensemble de textes qui, aux yeux des bénéficiaires, peuvent être tenus pour constitutifs d'un contrat, signé entre eux et l'État. Mais ce contrat, pour être légal, n'est pas forcément légitime. Car les retraites du secteur public ne sont que très partiellement financées par les cotisations des fonctionnaires et assimilés, et très
largement par l'ensemble des contribuables, c'est-à-dire majoritairement par les salariés du secteur privé. Or ceux-ci, qui sont les payeurs, n'ont jamais eu leur mot à dire dans ce pseudo contrat, qui s'analyse plutôt comme un
hold-up !
S'attaquer à la réforme du financement des retraites en général et de celles du secteur public en particulier, après quinze ans de tergiversations, peut être mis au crédit du courage de Jean-Pierre Raffarin. Et il est vrai que dans un système politique où une poignée de syndicalistes stipendiés, à la représentativité auto proclamée, font pièce au peuple souverain, c'est toujours courir un risque que d'engager quelque changement que ce soit. J'en donne acte au Premier ministre. Pour autant, je n'arrive pas à trouver admirable son projet de loi. Je le trouve même, en conscience, plutôt détestable.
Dire que notre système de retraite " par répartition " est menacé dans ses fondements financiers à l'horizon des toutes prochaines années est une évidence. À partir de là, deux voies sont possibles : la première est celle qui a été choisie par le gouvernement, qui consiste à bricoler une réforme technocratique en essayant de jouer sur les différents curseurs ; la seconde est celle qui aurait dû être choisie, consistant à ouvrir largement la porte au financement des retraites " par capitalisation ".
Le premier système est d'une logique autoritaire et socialiste. Il ne peut fonctionner que sur une base collective. Il revient à faire payer les pensions d'une génération par les deux générations suivantes. Comme si la nation offrait à ses enfants et petits-enfants un héritage négatif. Le second système est d'une logique inverse, individualisable, libre, et basé sur la responsabilité de chacun.
Bien sûr, de soi-disant économistes nous expliquent que répartition et capitalisation ne sont pas si différentes puisque, en termes de comptabilité nationale au moins, il s'agirait toujours d'un prélèvement sur le revenu national. On a honte pour ces économistes qui feraient bien de retourner en première année de faculté de sciences économiques ! Le système par répartition, un peu comme la cueillette avant le néolithique, est un simple prélèvement sur les revenus d'autrui. Le système par capitalisation est fondé, comme son nom l'indique, sur la supériorité de l'investissement productif, sur la création de richesses résultant d'un détour de production capitalistique. Car, malgré le présent marasme boursier, la supériorité du rendement de l'argent placé dans l'économie productive, sur moyenne ou longue période, est avérée, comparativement à de l'argent simplement redistribué, pris dans la poche de l'un pour être mis dans la poche de l'autre, avec, au passage, les frais de fonctionnement afférents à des structures qui ne sont pas réputées pour leur productivité.
La crise du financement du système français des retraites " par répartition " justifiait non pas un simple ressemelage mais plutôt un changement de base. Pour le moins, comme cela se passe dans la plupart des pays développés, une superposition des deux systèmes : la répartition pour financer un minimum bénéficiant à tous, et la capitalisation pour que chacun puisse librement, proportionnellement à ses efforts, financer un complément.
Jean-Pierre Raffarin s'est lancé dans la réforme du financement des retraites comme Alain Juppé s'était lancé dans la réforme du financement de l'assurance maladie. La même logique socialiste préside à leurs entreprises. Le résultat sera le même : la perspective d'un équilibre financier durable reculera sans cesse, pour l'assurance maladie comme pour le système des retraites. Car, en économie, il n'y a jamais de réformes sérieuses sans liberté, responsabilité et mise en concurrence.

Article du journal Les 4 vérités Hebdo http://www.les4verites.com